Le Si... si... si... : Pierre-Hugaux Massi

1 février 2026,  par  2DGalleries

 

Nous débutons l'année avec une édition spéciale de notre Si... si... si... réalisée en compagnie de l'artiste para-BD Pierre-Hugaux Massi.

 

Ancien grand reporter dans les années 1980, Pierre développe depuis les années 2000 un travail singulier de bas et hauts-reliefs inspirés du 9ᵉ art. Fondateur de l’Atelier du Rouge-Gorge, il collabore avec de grands auteurs de bande dessinée et explore aujourd’hui des projets mêlant 2D et 3D, notamment autour des héroïnes de la BD.

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Si je devais identifier l’image ou la case de bande dessinée qui a déclenché chez moi le besoin de lui donner du volume et de la matière…

 

Je suis tombé dans la marmite du 9ᵉ Art vers l’âge de 7 ou 8 ans, je crois.

 

Nous habitions alors en Afrique, où j’ai passé mon enfance, et chaque fois que des Français quittaient le pays, ils se délestaient de leur « surplus » — des BD, entre autres — que je rachetais par collections entières avec mon argent de poche. Art considéré alors comme mineur, la bande dessinée ne coûtait pratiquement rien.

 

Je me suis ainsi très tôt immergé dans les univers de Blueberry, Natacha, Gaston, Spirou, du Chevalier Ardent ou d’Alix. Curieusement, assez peu dans celui de Tintin, dont les aventures au Congo se conjuguaient assez mal avec celles, moins exotiques, que nous vivions au Sénégal…

 

Et puis il y avait, à cette époque, tous les « petits formats » : Kiwi, Zembla, Blek le Roc, et surtout le journal Pif Gadget, dans lequel nous nous délections des aventures de Rahan, Taranis ou Docteur Justice, héros aux valeurs morales solidement éprouvées.

Mais il y avait d’abord et surtout un certain… Corto Maltese… !

 

Prétendre rétrospectivement que ses aventures auront marqué mon enfance relève de la gageure. Qui pourrait sérieusement s’enorgueillir d’avoir un jour embrassé ou intégré l’œuvre ésotérique si complexe d’Hugo Pratt ?!

 

Il est pourtant indéniable que son graphisme particulier, ses lumineuses et subtiles aquarelles, ainsi que les magistrales leçons de dessin qu’il déroulait au fil des pages de mon magazine, auront durablement imprégné, en profondeur, mon imagination et ma culture de l’image.

 

C’est ainsi que j’ai commencé à réaliser des bas-, puis des hauts-reliefs en argile, dès 2003, à partir de visuels tirés de l’univers de Pratt.

 

Ces pièces, qui faisaient la part belle au personnage de Corto, constituent mes premières armes dans la para-BD, aux contours hésitants, pour un rendu résolument amateur dont je ne renie aucun trait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À cet égard, du reste, je trouve dommage que si peu de sculpteurs confirmés n’exposent plus volontiers leurs premières esquisses.

Il y aurait là matière à rassurer bien des apprentis du modelage, voire même à les encourager à persévérer dans leurs efforts, sous le sceau d’un peu de bienveillance et d’une certaine humilité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Si je ne devais conserver qu’une seule de mes créations, celle qui me ressemble le plus aujourd’hui…

 

Houlà ! À la question « Qui est ton meilleur ami ? », il est bien hasardeux d’apporter un retour spontané, une réponse figée dans le marbre…

Chaque être qui nous est cher l’est pour une raison particulière : un trait de caractère, une main tendue, un lien qui nous est précieux à un moment donné de notre histoire.

 

D’un ami à l’autre, pourtant, durant les moments que l’on partage, on ne boit jamais la même coupe, qui ne contient jamais le même nectar.

C’est pourquoi je serais bien incapable de désigner une pièce plutôt qu’une autre parmi celles que j’ai déjà réalisées.

 

Le Bois-des-Vierges, par exemple, qui n’a pas nécessairement ma préférence — quand je n’en ai pas choisi le visuel — constitue à mes yeux un véritable CV de sculpteur.

 

Depuis le pelage ou la machoire du loup jusqu’aux plis des vêtements ou à la chevelure de l’héroïne, tout était complexe à réaliser. En outre, le projet était, de surcroît, suivi de très près par Béatrice Tillier et c'est bien légitime. Mais lorsque l’on prend la mesure de la précision de son trait et de la pertinence de ses mises en couleur, on intègre très vite la portée de son degré d’exigence…

 

A la clé, de la haute joaillerie, digne de la place Vendôme, pour une expérience unique en termes de collaboration et de sculpture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des auteurs de renom, Ana Miralles puis Juanjo Guarnido, m’ont accordé leur confiance ainsi qu’une certaine liberté pour la réalisation de mes premières œuvres commerciales.

 

Parmi celles-ci, le haut-relief Djinn – Le Tatouage est sans conteste l’œuvre la plus souvent évoquée lors des rencontres avec des passionnés du 9ᵉ Art.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Travailler derrière le trait d’une autrice aussi talentueuse qu’Ana Miralles aura été — pourquoi le taire ? — un grand honneur. Et un véritable bonheur !

 

Nous avons tout récemment repris contact lors de sa dernière exposition à la Galerie Maghen. À cette occasion, Ana a donné son accord pour l’édition d’une série prestige en bronze de Djinn, qui devrait sortir cette année, accompagnée d’un dessin original de l’autrice avec chaque pièce. Il est possible que nous collaborions à nouveau ensemble.

 

Auparavant, toutefois, il faudra que je termine quelques sculptures en cours…

 

 

 

3. Si je pouvais choisir une œuvre de bande dessinée — toutes époques confondues — que j’aimerais un jour transformer en bas-relief…

 

Envisager une œuvre dans sa globalité, davantage que dans le détail : la question est pertinente et j’y ai déjà songé !

 

Dans mes choix de BD, je suis toujours très attentif à la qualité des dessins, à la mise en page, au scénario et à la mise en couleur, avec une prédilection particulière pour l’aquarelle. Des auteurs prestigieux comme Régis Loisel ou François Bourgeon possèdent, à eux seuls, l’ensemble de ces compétences et de ces talents, auxquels il convient encore d’ajouter une remarquable maîtrise du dialogue.

 

Je travaille en ce moment avec Régis Loisel sur une sculpture de Clochette, inspirée de la couverture du tome VI de Peter Pan. Collaborer avec un tel maître, aussi généreux de son temps que de ses précieux conseils, reste un privilège rare.

 

Mais du coup… puisqu’on peut continuer à rêver… je confesse volontiers qu’un projet inspiré des Passagers du Vent aurait tout pour me séduire… Forcément !

 

J’y songe depuis un certain nombre d’années déjà et, plutôt qu’une simple sculpture d’Isa, j’envisagerais de mettre en valeur, dans un tableau complexe, certains personnages secondaires à la personnalité bien trempée !

 

Une composition dans l’esprit de ce visuel :

 

 

 

Les Passagers du Vent par François Bourgeon

 

 

 

 Mes sculptures sont exposées sur le site de l’Atelier du Rouge-Gorge :

https://latelierdurouge-gorge.com

 


 

2DGalleries : Pierre porte avec une équipe de bénévoles et d'artistes le projet d'un festival BD sous forme de croisière sur le Nil prévu en décembre 2026.

 

 

4. Si je devais raconter la genèse de ce projet — l’instant précis où l’idée est née…

 

Rendre à César… En 2023, au cours d’un festival BD organisé durant une croisière en Méditerranée, j’ai été invité par Sylvie Moretto pour réaliser, en direct, une sculpture de Kriss de Valnor avec Grzegorz Rosinski et pour animer des ateliers de sculpture.

 

Très touché par cette invitation, j’ai trouvé l’idée vraiment originale, mais le format ne me convenait pas complètement. Beaucoup trop de monde à bord… Il y manquait en outre un thème, une toile de fond à même d’y apporter un véritable contenu, de marquer les esprits.

 

**L’**Histoire, comme invitée d’honneur pour habiller un tel évènement, s’est très vite imposée, en lien avec mon cursus universitaire et mon intérêt marqué pour l’Antiquité.

 

Il y avait, par ailleurs, matière à perfectionner de nombreux points de nature à satisfaire les attentes des auteurs invités comme celles des festivaliers. Je songe ici à la durée d’un tel événement, aux activités proposées, à l’organisation des rencontres ou à celle des dédicaces entre autres.

 

Une équipe de passionnés, tous bénévoles, s’est peu à peu constituée pour mettre toutes ces idées en musique, l’intelligence collective restant, à mon sens, le plus sûr moyen de garantir la qualité d’une pareille aventure.

 

Compte tenu de l’ensemble de ces données, il devenait évident d’organiser ce festival au cours d’une croisière sur le Nil. En effet, comment rêver d’un cadre plus somptueux, autant chargé d’histoire que celui constitué par les temples égyptiens, afin d’établir le lien évident et privilégié qui relie cette discipline au 9e Art ?

 

Plusieurs auteurs ayant œuvré sur le thème de l’Antiquité ont ensuite répondu présent et Jérémy a accepté de réaliser l’affiche de notre première édition.

 

 

 

 

 

 

 

 

5. Si je pouvais imaginer ce que le Nil, son histoire et ses paysages peuvent apporter au regard que l’on porte sur la bande dessinée…

 

L’Histoire, toutes périodes confondues, constitue un réservoir, une source inépuisable d’événements ou d’aventures pour élaborer des scénarios d’exception. Dans la BD franco-belge, pour camper une ambiance particulière ou proposer des héros hors normes, plusieurs séries ont l’Histoire pour toile de fond.

 

Initiées par la revue Circus, des séries devenues cultes depuis, comme Les Passagers du vent ou Les 7 Vies de l’Épervier, ont lancé le mouvement dans lequel se sont engagés par la suite d’autres auteurs : ceux d’India Dreams, Il était une fois en France, Les Tours de Bois-Maury ou du Décalogue, chaque série se déroulant durant une période particulière de l’Histoire.

 

C’est toutefois l’Antiquité qui aura le mieux retenu l’attention des scénaristes, tant la période foisonne de personnages hauts en couleur… Du moins, c’est ainsi qu’ils nous sont parvenus sous la plume des auteurs antiques. Astérix, Alix ou Papyrus ont ouvert la voie à des séries désormais bien installées comme Murena, Alix Senator, Les Aigles de Rome ou Les Terres d’Horus.

 

 

 

 

Kheti, fils du Nil par Isabelle Dethan et Mazan

 

 

 

 

Même lorsque l’Égypte n’en est pas le sujet immédiat, ces séries se risquent rarement à en occulter l’histoire. Trois millénaires durant, au fil des rives du Nil, cette civilisation éblouissante aura abrité une succession de dynasties, d’événements fondateurs et de figures d’exception, avant de trouver son épilogue avec la mort de Cléopâtre, en 31 avant notre ère.

 

Par ailleurs, et c’est là tout l’intérêt d’un tel espace pour accueillir notre festival, depuis les pyramides majestueuses jusqu’aux temples d’Abou Simbel, les vestiges de cette civilisation parvenus jusqu’à nous, conservent intacte toute leur splendeur. Ils restent par ailleurs imprégnés d’une âme vibrante, d’une énergie unique, presque palpable.

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6. Si je devais définir ce que j’aimerais que les participants de cette croisière-festival emportent avec eux en rentrant — au-delà des images et des œuvres…

 

Afin d'en faire un moment vraiment à part pour chacun, nous avons tenu à soigner chaque détail de cet événement, avec un accent particulier placé sur :

 

La durée du séjour : une semaine complète pour permettre à chacun de profiter pleinement du patrimoine exceptionnel de l’Égypte ;

 

L'emplacement du festival : un navire de croisière dédié à notre événement, afin de faciliter l'accès direct aux sites à visiter ;

 

L'intérêt général de l’événement : l'Histoire comme toile de fond pour un programme immersif, constitué de onze excursions, afin d'offrir de vrais moments de découverte et de convivialité ;

 

L’intervention d’un archéologue français qui réalise des fouilles sur le plateau de Saqqarah : il nous accompagnera tout au long de la croisière afin de mieux nous faire apprécier les contours de cette civilisation ;

 

La qualité des échanges : des rencontres privilégiées avec des sessions dédiées de 15 à 20 minutes, organisées entre les auteurs et chaque festivalier, afin d'offrir des dédicaces élaborées, de la même eau que celles réalisées sur des tirages de tête.

 

 

 

 

 

 

Quelques surprises, aussi, sont prévues pour placer cette édition sous le sceau de l'inédit, à marquer d'une pierre blanche.

 

Si nous parvenons de surcroît à provoquer parfois un effet « Waouh ! », nous en serons comblés.

 

 

 

Les temples d'Abou Simbel

 

 

 

Nous remercions Pierre pour sa participation.

 

Pour en savoir plus sur la croisière BD en Égypte (il reste encore quelques places) vous pouvez contacter Pierre-Hugaux Massi par mail à festivalbdofildeleau.egypte@gmail.com ou directement sur sa messagerie 2DG (Liloo99).

 

Voir aussi  : Le lien vers le site de la croisière BD

 

 

Rendez-vous très prochainement pour un nouveau Si...si...si.. !

2DGalleries

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2 commentaires
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9A 20 ans que vous officiez et je découvre votre superbe travail seulement maintenant ! Merci pour cette interview.
1 févr. 2026, 11:03
Bdcouv Wouahou ! Quel travail de passion et de patience et que c'est magnifique ! Bravo ! Cette croisière festival sur le Nil le long des pyramides, des temples et des crocodiles sacrés de Cléopâtre est tout simplement extraordinaire. Cela change des festivals habituels. Quelle excellente idée qui donne très très envie d’y participer.
1 févr. 2026, 10:45