Le Si... si... si... : Guillaume Horen de la galerie Achetez de l'Art

4 septembre 2026,  par  2DGalleries

 

Pour cette édition spéciale Guillaume Horen de la Galerie Achetez de l'Art se prête au jeu du "Si... si... si..."

 

 

2DG : Si vous nous parliez de la naissance de votre vocation ?  

 

G.H : Probablement le jour où, à 16 ans, j’ai vidé le peu d’économies que j’avais sur mon Livret A pour acquérir une petite aquarelle d’un artiste français récemment décédé, chaudement recommandé par un ami psychanalyste de mes parents. Ce premier achat d’art m’a procuré une satisfaction inouïe - c’était tellement plus concret et vivant qu’une somme dormant sur un compte ; j’avais l’impression d’avoir désormais avec moi un peu de cet artiste - si bien que je me suis empressé d’acheter de l’art à nouveau, dès que possible. J’ai plus tard voulu partager cette expérience en créant Achetez de l’Art, pour inciter les gens, notamment les jeunes générations, à s’entourer d’art afin d’améliorer leur quotidien, car je reste depuis persuadé qu’on vit mieux entouré d’oeuvres d’art.

 

J’ai créé la marque en 2013 et nous avons ouvert notre première galerie à Paris début 2020.


La bande dessinée, du moins celle que nous proposons - d’artistes vivants avec un fort potentiel -, s’est rapidement imposée comme une évidence avec une production riche et variée, des prix et surtout des artistes accessibles. Nous organisons depuis une trentaine d’expositions par an, lançons de nouveaux artistes… et de nouvelles vocations de collectionneurs. Achetez de l’Art devrait être reconnue d’utilité publique !

 

 

 

 

 

 

Une soirée de vernissage à la galerie parisienne d'Achetez de l'Art, rue de Lappe

 

 

 

 

Mon rêve est de pouvoir aller davantage vers les (futurs) collectionneurs avec des expositions plus proches de chez eux, en ouvrant des galeries partout en France en complément de notre présence en ligne bien établie. Nous expérimentons Bordeaux depuis fin 2023 ; j’espère que nous aurons prochainement de nouveaux espaces à faire découvrir, de nouveaux talents, et de nouveaux partenaires car la tâche est immense, financièrement et humainement.

 

Pour l’anecdote, à propos du livret A à l’origine de ma vocation, j’ai par la suite déposé la marque et les noms de domaine « Livret Art » avec l’idée de proposer l’équivalent du système « Own Art » britannique, où l’État soutient la vente d’oeuvres d’artistes vivants via un crédit à taux zéro, dont il partage le coût avec les galeries. Vous imaginez le bien que cela ferait au marché de planches originales de BD et donc aux artistes ?!

 

D’ailleurs, si quelqu’un lit cette interview et veut nous aider à lancer ce dispositif ou à développer la marque en France, nous restons à son écoute.

 

  
 

2DG : Si vous évoquiez la découverte artistique qui vous a le plus surpris ?  

 

G.H : Sans conteste, la rétrospective de Max Ernst en 1991 au Centre Pompidou. J’ai le souvenir d’être resté totalement scotché devant l'une de ses forêts. Ensuite, la découverte de dessins anciens : Piranèse, Poussin, Dughet, Tiepolo…

 

 

 

 

 

La dernière forêt, Max Ernst,  huile sur toile (1960-1970)

 

 

 

 

 

Puis, pour recentrer sur la BD, à l’ouverture de notre galerie parisienne, la rétrospective de Mathieu Bablet que nous avons organisée avec notre expert Ludovic Monnier, en février 2020. Une rétrospective du travail d’un artiste de 33 ans, cela en disait déjà long sur cet auteur considéré aujourd’hui comme le messie de la BD SF.

 

Depuis notre implantation à Paris, je suis en fait surpris à chaque nouvelle exposition par le talent de nos artistes. Les heures passées dans la galerie au milieu de ces œuvres, à regarder, regarder encore les planches et illustrations, procurent un plaisir unique.

 

 

 

2DG : Qu’est-ce qui qui vous distingue de vos confrères dans votre approche du métier ?   

 

G.H : La prise de risque. Nous n’attendons généralement pas qu’un album rencontre le succès pour présenter ses planches originales ; nous les exposons dès sa sortie, car nous y croyons. Nos expositions apportent d’ailleurs beaucoup aux éditeurs en ce sens, s’intégrant parfaitement dans leur dispositif de communication pour la sortie du titre.

 

Nous prenons également des risques avec certaines expositions, comme celle du Journal d’une bataille de Cyril Pedrosa en juin 2025, présentant des pastels XXL (1 m × 1,50 m) à nos collectionneurs, davantage habitués aux planches de formats A4 ou A3.

 

 

 

 

 

Accrochage de l'exposition dédiée à Cyril Pedrosa (Journal d'une bataille) 

 

 

 

 

À vrai dire, c’est tout ce que j’aime avec Achetez de l’Art : établir des passerelles entre les spécialités, ici entre la BD et l’art contemporain. Ces œuvres monumentales se situaient entre les deux ; nous nous adressions à nos collectionneurs de planches originales habituels, mais également aux amateurs d’art contemporain hors BD. L’exposition a rencontré un joli succès : l'un de nos collectionneurs préférés (qui dispose d’une remarquable collection de planches originales sur 2DG) a même acquis non pas un, mais deux pastels, qu’il a tout de suite fait encadrer, de façon muséale bien entendu.

 

Le risque, je l’ai également assumé presque seul avec les NFT, dès 2021, contre vents et marées. D’aucuns jugeaient alors cette technologie comme purement spéculative et nocive pour l’environnement ; pour ma part, avec l’évolution des pratiques des auteurs de BD qui travaillent de plus en plus en numérique, généralement sur tablette, la planche originale inscrite dans la blockchain reste un axe à développer, auquel je crois, et qui nous permet de continuer à exposer leur travail. J’ai accompagné plusieurs auteurs dans ce nouvel univers, et nous avons même été les premiers au monde, avec Alexis Bacci — qui n’a décidément peur de rien — à proposer les pages originales de deux de ses albums au format NFT.

 

 

2DG : Si vous pouviez réaliser une exposition d’un auteur (vivant ou disparu) en ayant accès à l’intégralité de sa production ?  

 

G.H : Je ne vais pas être original : je choisirais Hergé, évidemment. J’ai pu replonger dans toutes les aventures de Tintin grâce à ma fille, qui participait il y a plusieurs années à un rallye lecture lui demandant de lire l’intégralité des albums : un pur bonheur !

 

Sinon Brüno, pour l’intelligence de l’ensemble de son œuvre, sa manière de travailler, pour l’impact de ses planches, son trait de génie. Chaque page est un régal ! J’ai eu la chance de posséder deux de ses couvertures, que j’ai dû revendre ; je pense que je ne m’en remettrai jamais.

 

 

 

 

 

Couverture originale de Brüno pour Lorna, dans la collection de Hilarius

 

 

 

 

 

2DG: Si vous aviez l’opportunité de réaliser une exposition dans un lieu historique ?  

 

Plutôt qu’historique (quoique), je dirais symbolique avec le Centre Pompidou, car la BD contemporaine n’est autre que de l’art contemporain ! Mais c’est déjà fait, et je m’en réjouis. J’ai été emballé de voir la BD magnifiquement exposée à tous les étages du Centre Pompidou en 2024 ; ce grand rendez-vous lui a certainement apporté de la reconnaissance en tant qu’art majeur. C’est exactement ce que nous essayons de faire à la galerie, vous l’aurez compris.

 

 

 

 

 

Catalogue de l'exposition Bande dessinée (1964-2024) au Centre Pompidou
 

 

 

 

2DG: Si vous aviez pu/dû exercer un autre métier ?  

 

Peut-être commissaire-priseur, avec mon cursus droit et histoire de l’art. Mais à y réfléchir, avec les évolutions de l’IA, je me dis que j’aurais peut-être dû ouvrir un restaurant. Toujours dans l’esprit de faire en sorte que les gens vivent mieux !

 

 

2DG: Si vous deviez nous faire quelques confidences sur une prochaine exposition ?  

  

Nous proposons, du 17 septembre au 3 octobre 2026, une nouvelle exposition « Collectionneurs », après le succès rencontré par celle organisée en ce début d’année. Le principe est simple : les collectionneurs de BD souhaitant faire vivre leur collection peuvent nous confier leurs œuvres à la vente. Après une sélection, nous les mettons en avant en galerie et en ligne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces expositions nous font connaître auprès de nouveaux collectionneurs, tant acheteurs que vendeurs (parfois les deux), et pour ma part cela fait le plus grand bien à ma culture générale, car j’y découvre des planches sensationnelles d’auteurs que je connaissais à peine. Heureusement qu’Arthur Gindro, qui dispose déjà d’une solide expertise — il a la BD dans le sang ; c’est de famille — fait partie de l’équipe et prend parfaitement en charge ces événements.

 

 

 

 

Nous remercions Guillaume pour sa participation !

Rendez-vous très bientôt pour le prochain Si...si...si... !

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