In mariol 's collection
XOCO tome 2 - planche 13 by Olivier Ledroit - Comic Strip
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XOCO tome 2 - planche 13

Comic Strip
1995
Mixed Media
Encre, acrylique, collage et aérographe sur papier
65 x 50 cm (25.59 x 19.69 in.)
Angle de vue sympa avant lettrage
Couverture revue Jade numéro 2 - novembre/décembre 1995
Scène de l'œil du court métrage « Un Chien Andalou » de Luis Buñuel et Salvadore Dali (1929)
Dans son encadrement...

Description

Planche 13 du second tome de Xoco intitulé « Notre Seigneur l’Écorché »

Comment

Une planche au numéro prédestiné pour un album au titre évocateur ! Xipe Totec !

Ahhh qu’il me plait bien ce vieil adage « jamais deux sans trois » car voilà, c’est chose faite et de la plus belle des manières !

Encore une planche pleine d’ambiance… mais macabre cette fois-ci. Et oui, c’est aussi ça Xoco et ça manquait cruellement à mon tableau de chasse. Alors me voici enfin rassasié et d’autant plus que celle-ci est finalement toute en suggestion. La narration graphique d’Olivier Ledroit, renforcée par les textes de Thomas Mosdi, fait que cette planche est à mon sens une des plus abouties et des plus marquantes de cette série. Décidément, 1995 est un très bon cru ! J’adore et sans modération !

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De 1995 à 2015

Xoco et moi, c’est toute une histoire… et c’est avant tout la série que je relis le plus souvent.
Parmi ce diptyque constitué d’une bonne centaine de planches, seules cinq d’entre-elles pouvaient encore me faire complètement chavirer.
Alors, imaginez ma surprise en me baladant de si bon matin sur le site d’une galerie bien connue et en découvrant à la vente une de ces rares planches. Les yeux écarquillés, une fois le prix regardé, analysé, digéré et validé, et la disponibilité constatée, mon cœur s’est d’autant plus emballé. S’en est alors suivie une interminable course effrénée pour créer un compte, le valider et recevoir enfin ce message confirmant la réservation.

Pffffff ! No stress me direz-vous ! Mais que nenni jusqu’au soir avec la boule au ventre de peur que la planche se soit perdue ou finalement vendue à un autre. Avec toutes les histoires que l’on entend de-ci, de-là, un doute subsiste jusqu’à tenir dans ses mains le fameux sésame. Et oui, vous avez raison, complètement frappé le gars car même en partant de la galerie, j’ai eu cette drôle de sensation de repartir à la va-vite comme un voleur bien que délesté ! Pour dire…

Ce 28 avril 2015 est à marquer d’une pierre blanche ou plutôt noire vu le thème de cette planche… une longue journée intense pas comme les autres, fêtée comme il se doit de retour à la maison et qui j’espère en appellera quatre autres… hips !

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XOCO : l’art du découpage cinématographique en bande dessinée et bien plus encore…

Pour le lecteur, Xoco est un polar fantastique. Mais pour le lecteur averti, c’est un polar fantastique qui fera date pour son originalité et son climat sombre et stylisé... et c’est avant tout la découverte d’un jeune auteur démontrant, dès ses débuts et pour la première fois, une appropriation singulière et très aboutie des codes de la bande dessinée, tout en les bouleversant et en ne se conformant pas au standard attendu de l’époque et d’aujourd’hui encore !

Cette planche fait partie de la petite dizaine de planches de Xoco reprises pleine page dans l’artbook d’Olivier Ledroit. Elle semble donc avoir marqué son auteur et probablement parce qu’elle sacralise à merveille la quintessence même de cette série et qu’elle se suffit à elle-même.
Il est également à noter qu'elle a été la source d'inspiration de la couverture de la revue Jade de novembre/décembre 1995 (cf. image additionnelle), démontrant à nouveau l'attachement d'Olivier Ledroit à cette scène. Annonçant la sortie du second tome de Xoco, cette couverture était d’ailleurs à gagner lors d’un concours par tirage au sort en s’abonnant avant fin 1995.

Dans son interview de mai 2005 pour ActuSF, Olivier Ledroit nous dévoile une de ses préoccupations principales d’antan :
« ActuSF : Dans quel domaine pensez vous avoir le plus progressé depuis vos débuts en bande dessinée ?
Olivier Ledroit : C'est-à-dire que quand je travaille beaucoup dans une direction, l'autre baisse un petit peu réciproquement. Pendant longtemps, je me suis vraiment beaucoup concentré sur les expressions du visage. Sur Sha, par exemple, c'est surtout tout ce qui était décors, voitures, vaisseaux… »


Les décors, c'était effectivement sa préoccupation première dans Sha et ça se voit ! Et vous l’aurez compris, s’agissant des expressions du visage, nul doute à avoir, c’est bien de Xoco dont il parle et cette planche en est la parfaite illustration.
Mais ce n’est pas tout. Lorsqu’il évoque Xoco, les mots qui reviennent le plus souvent sont aussi : « composition, découpage et cadrage cinématographique » (lire par exemple l’interview du fanzine Black Out de juin 1996) et cette planche le sacralise à merveille. L’utilisation de caméras subjectives alternées et de plans de plus en plus rapprochés embarque le lecteur, directement au cœur de l’action, en le faisant tournoyer dans cette danse macabre qui se fige sur ce sourire saisissant… annonçant une fin sans équivoque !

En complément, la volupté de cette danse associée au glamour de la rondeur des lettres, du courrier adressé par Mona à son amie Daisy, et de la représentation de cette dernière, notamment très en beauté dans la deuxième case, confère étonnamment à cette planche un soupçon de sensualité insoupçonnable compte tenu des circonstances.

D’ailleurs, revenons quelque peu sur ce début tout en rondeur qui annonce dès ses premiers mots la fin tragique qui se trame. Le prénom Lucie dévoilé dans ce courrier n’est pas là par hasard, de même que Daisy et Santa Luciana cités plus tard par les deux protagonistes. Provenant des mots latins « lux » et « sancta » signifiant lumière et sainte et de l’anglo-saxon « dæġes ēaġe » qui se traduit par « œil du jour », les auteurs nous rappellent à chaque instant le rapport de force qui se déroule sous nos yeux entre le « bien » et le sombre obscur.

Et quoi de mieux que d’utiliser le clair obscur pour que toute cette ambivalence tende vers une forme de dualité harmonieuse et complémentaire telle que le ying et le yang. Le travail sur les couleurs sombres, la richesse d’un éclairage, les reflets, les yeux… cette planche dégage une atmosphère incroyable avec tous ces éléments confondus entre eux. Vraiment prodigieux d’arriver à un tel niveau de maitrise avec « si peu d'expérience » !

Avec ces deux strips constitués de ces fameuses cases étirées, toutes en longueur et en largeur si caractéristiques de cette série, Olivier Ledroit nous livre ici une mise en scène redoutable.
La lecture du courrier par Daisy ouvre ce premier strip de manière non conventionnelle et happe immédiatement le lecteur pour l’emmener ensuite vers cette grande case, pour y découvrir un ingénieux face à face de face(s), avec une incroyable vue subjective et l’apparition du second protagoniste, en arrière-plan, dans le reflet d’un miroir (l’utilisation d’un reflet est d’ailleurs un effet récurrent dans cette série : vitre, verre d’eau, lunette, bouilloire, etc.). Ronald Sandrics, un des membres des « Enfants de l’Aube », surprend ainsi Daisy et apparait immédiatement en position dominante et menaçante de par cette arrivée spectaculaire et de par sa carrure, notamment accentuée par l’effet d’ombre de son chapeau, lui-même contrasté par la luminosité dégagée par la porte en arrière-plan. L’effet est saisissant et cette oppression reste omniprésente dans les deux cases suivantes avec une Daisy maintenue en contre-plongée forcée et serrée face à son agresseur.
Le second strip se focalise quant à lui sur l’œil gauche de Daisy et ce qu’il arrive encore à percevoir, renforçant ainsi encore et encore l’imminence de ce « grave danger » se resserrant sur sa proie. A noter ce regard bleu, glacial, déterminé et sans aucune compassion et cet effet fondu de l’avant dernière case qui nous emmène sur cette fin inéluctable. Daisy Steinberg finit ainsi son périple aux ras des pâquerettes au pied de la montagne de pierre. Il ne pouvait en être autrement...

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XOCO : impact visuel garanti !

Quelle mise en scène effroyable de cruauté ! Mais, sans vouloir choquer, quelle fin classieuse si je puis dire !

Des mots qui résonnent, un graphisme envoûtant, une mise en scène cinématographique époustouflante, des angles de vue incroyables, des expressions plus vraies que nature, du suspens, un rythme soutenu et angoissant… des auteurs inspirés qui livrent ici un début romanesque avec une fin inoubliable… tout est juste sur cette planche... au point d'en faire une des plus marquantes de la série. Alors que demander de plus !

Qu’elle soit plus consensuelle peut-être ? Non justement ! C’est parce qu’elle est habitée et dérangeante qu’elle ne laisse personne indifférent. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, les retours sont unanimes : cette planche est bluffante ! Dommage qu’une simple photo ne puisse pas lui rendre justice ! Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, elle n’est pas parmi les plus dures de la série et celle-ci fait même partie des rares planches qui dégagent un tant soit peu de sensualité. Une vraie expérience sensuelle extrême en quelque sorte !

Les thèmes récurrents de Xoco, si chers à Olivier Ledroit et Thomas Mosdi, sont ainsi omniprésents sur cette planche jusqu’à en devenir une parfaite mise en abysme et jusque dans ses moindres détails… l’utilisation des poupées russes renforçant cette sensation d’emboitage et de parfait condensé. Décidément, rien n’est laissé au hasard ! Et puis, toujours aussi imposant, ce format raisin est clairement le support le plus noble à mes yeux ! Impact visuel garanti !

Du regard, de l’intensité, du regard intense… œil pour œil, dentS pour…

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Petit ajout suite à une information transmise par Hal9000
Je ne connaissais pas, mais le lien apparait évident après un rapide visionnage sur la toile. Cette planche s'inspire ou rend hommage (au choix) au court métrage « Un Chien Andalou » de Luis Buñuel et Salvador Dali

Publications

  • Notre seigneur l'écorché
  • Vents D'ouest
  • 11/1995
  • Page 15
  • Olivier Ledroit
  • Nickel Productions
  • 12/2007
  • Page 140

About Olivier Ledroit

Olivier Ledroit is one of the most notable French artists of fantasy comics, and one of the founding fathers of the "BD Gothique" genre. After studying Applied Arts, Ledroit startted out drawing for some game magazines. Upon meeting the comics writer Froideval, Ledroit was introduced to the comics field. Together with Froideval, he created 'Les Chroniques de la Lune Noire', a series published by Zembla publishers from 1989, and subsequently by Dargaud. While working on this series, he drew 'Xoco' (1994), a fantasy story written by Thomas Mosdi. Between 1996 and 1999, he worked with Pat Mills on 'Sha', a science fiction series that is situated in a religious and fascist America. He contributed to Le Réveil de Golem, and created 'La Porte Écarlate' for Soleil in 1998. Under his own label, Nickel, he created the series 'Requiem Chevalier Vampire', another collaboration with Pat Mills, in 2000. He also illustrated an episode of 'Les Arcandes de la Lune Noire' with a script by Froideval for Dargaud in 2001. A book containing Ledroit's fairytale artwork, 'L'Univers Féerique d'Olivier Ledroit', was published by Daniel Maghen in 2003. Text (c) Lambiek

15 comments
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MT J'adore cette planche de Xoco. Si délicate et violente à la fois
Oct 19, 2019, 7:22 PM
Trystan Superbe
Mar 2, 2017, 3:25 PM
macama Ledroit a montré son immense talent déjà à travers Xoco et cette planche symbolise magnifiquement la qualité de son œuvre !!
Sep 28, 2016, 6:35 AM
Arpagon ..et toi la couleur ! j'apprécie la cohérence de tes choix ! Bravo
Dec 30, 2015, 9:53 AM
blackagar la plus belle et la plus forte série (trop courte) de Olivier LEDROIT
Jul 24, 2015, 11:09 AM
9emeart Une pure merveille! Bravo
Jul 5, 2015, 1:31 PM
flufereaux very scary piece. congrats
Jun 1, 2015, 10:58 AM
gerald81 Le découpage de cette planche est superbe. La dernière case est saisissante de réalisme!!!
May 25, 2015, 3:35 PM
Waline Je l'ai ratée de peu celle là ! :) En tous les cas, très belle acquisition. Une magnifique violence graphique.
May 22, 2015, 3:54 PM
Mentalo Encore une très belle planche! Bravo
May 18, 2015, 5:03 PM
lsu38 Excellent - suis jaloux !
May 18, 2015, 2:17 PM
HAL9000 Vraiment superbe, ta collection de Ledroit s'étoffe de plus en plus. Décidément, je trouve sa première période beaucoup plus passionnante.
May 17, 2015, 8:37 PM
Bradomal superbe planche d'un grande artiste
May 17, 2015, 8:31 PM
fabcollection Avec des planches de cette qualité on n'est jamais rassasié. Et bravo pour la description qui nous fait partager ta passion pour cet auteur hors du commun...
May 17, 2015, 1:17 PM
michael07 Glaciale à souhait!!Content pour toi!! J'espère que tu vas la mettre dans le salon en face de tes invités pour jauger leur réaction!!
May 17, 2015, 12:53 PM