Dans la collection de beboun7
Description
Planche de l'épisode "La danse des épées" paru dans Pif 10 du 28/04/1969
Commentaire
Ragnar, le Viking des embruns et des sagas
Né sous le crayon fougueux d’Eduardo Teixeira Coelho et l’imagination ample de Jean Ollivier, Ragnar paraît pour la première fois dans le journal Vaillant en 1955, au numéro 515. Dès ses débuts, la série impose une atmosphère singulière, faite d’embruns, d'acier et de mythes, où les échos des sagas nordiques résonnent à travers chaque planche.
Ragnar est un jeune chef viking, maître du drakkar Le Coursier des Ondes, voguant à travers mers et royaumes. Son univers mêle la rudesse des combats et la splendeur sauvage des terres du Nord. Sa première aventure, La Harpe d’or, annonce déjà la tonalité de la série : sociétés vikings, mondes maritimes, mythologie et héroïsme farouche. Coelho, dans des planches d’un réalisme lumineux, donne aux vagues la violence du vent et aux silhouettes la robustesse des héros de légende.
Au fil des épisodes — trente-cinq publiés dans Vaillant jusqu’en 1969, auxquels s’ajoutent plusieurs récits complets dans Pif Gadget — Ragnar devient davantage qu’un guerrier : une figure de l’aventure perpétuelle. Ollivier, qui prendra progressivement la main sur l’écriture complète au moment de l’apparition des bulles dans les planches, enrichit la saga d’un souffle historique.
L’une des forces de la série réside dans la manière dont ses auteurs lient les mots aux images : les textes d’Ollivier portent la sonorité des chroniques anciennes, tandis que le trait de Coelho — dense, nerveux, parfois épique — donne l’impression d’un récit sculpté dans le bois des navires.
Analyse graphique
Dans cette planche de Ragnar, la mer s’impose d’emblée comme une divinité sombre et capricieuse, saisie dans ses tourments par le trait impétueux d’Eduardo Teixeira Coelho. Chaque case semble sculptée dans un bloc d’encre et de lumière, comme si l’artiste avait voulu capturer la fureur des éléments au moment même où ils se déchaînent. La page entière s’élance ainsi comme un long cri de vent, un chant de tempête, où les silhouettes humaines ne sont que des éclats fugitifs au milieu du tumulte.
Les premières cases ouvrent un paysage où l’eau est reine. Les vagues, massives, écartelées de hachures sombres, bondissent contre les parois de roche et se renversent en jaillissements blancs. Elles semblent rugir dans le silence du papier, et leur mouvement, toujours oblique, toujours tendu, entraîne l’œil d’un cadre à l’autre avec une force irrésistible. Rien n’est fixe, rien n’est calme : la planche entière bat comme un cœur affolé.
Au milieu de cette déferlante, les embarcations se dressent, fragiles arches de bois, heurtées par les masses noires de la mer. Les coques se cabrent, les voiles se tordent sous la poussée des vents invisibles. Coelho rend ces instants avec un sens aigu de la tension musculaire : les navires semblent vivants, presque organiques, comme s’ils respiraient, souffraient, résistaient. Les bandes sombres des voiles deviennent des traits de vitesse, des lames verticales qui fendent l’espace tourbillonnant.
Les personnages, eux, se meuvent avec l’énergie de ceux qui défient l’inévitable. Leurs gestes, larges, précis, heurtés par la violence du monde qui les entoure, portent toute la fatigue et la détermination du combat contre les éléments. Les drapés de leurs vêtements se gonflent, se tordent, rattrapent la lumière dans d'épais jeux de plis. Les bras se tendent, les torses se penchent, les silhouettes se redressent avec une ardeur qui semble vouloir rivaliser avec celle des vagues.
Plus bas dans la planche, le récit visuel s’apaise, sans jamais perdre la présence sourde de la mer. Les rochers se dressent comme des sentinelles, noirs et massifs, découpés dans un silence minéral. Les traits de l’artiste deviennent alors plus larges, plus espacés, laissent davantage respirer le blanc du papier, comme si le monde retrouvait un instant sa mesure. La scène glisse vers le dialogue, mais l’arrière-plan, toujours mouvant, rappelle que rien n’est vraiment terminé : la mer reste là, immense, prête à reprendre son droit.
La dernière case, finale, apporte une note de répit, mais ce répit porte encore l’écho de tout ce qui a précédé. Les lignes sont moins frénétiques, mais la composition demeure tendue vers l’horizon, comme si le regard ne pouvait s’empêcher de scruter la prochaine vague, le prochain signe du destin. Coelho excelle dans cet art du souffle final, ce relâchement qui ne dissipe pas l’orage mais le laisse flotter comme une menace discrète à la surface de l’eau.
Ainsi, cette planche ne raconte pas seulement une péripétie maritime : elle est une invocation. Une évocation de la mer comme force archaïque, de l’homme comme fragment infime qui se dresse contre elle, de la lumière et de l’encre comme seules armes pour saisir la beauté furieuse du monde. Dans cet affrontement silencieux, Coelho fait naître un théâtre visuel où chaque case pulse, vibre et respire. Une véritable ode graphique aux puissances indomptées.
Né sous le crayon fougueux d’Eduardo Teixeira Coelho et l’imagination ample de Jean Ollivier, Ragnar paraît pour la première fois dans le journal Vaillant en 1955, au numéro 515. Dès ses débuts, la série impose une atmosphère singulière, faite d’embruns, d'acier et de mythes, où les échos des sagas nordiques résonnent à travers chaque planche.
Ragnar est un jeune chef viking, maître du drakkar Le Coursier des Ondes, voguant à travers mers et royaumes. Son univers mêle la rudesse des combats et la splendeur sauvage des terres du Nord. Sa première aventure, La Harpe d’or, annonce déjà la tonalité de la série : sociétés vikings, mondes maritimes, mythologie et héroïsme farouche. Coelho, dans des planches d’un réalisme lumineux, donne aux vagues la violence du vent et aux silhouettes la robustesse des héros de légende.
Au fil des épisodes — trente-cinq publiés dans Vaillant jusqu’en 1969, auxquels s’ajoutent plusieurs récits complets dans Pif Gadget — Ragnar devient davantage qu’un guerrier : une figure de l’aventure perpétuelle. Ollivier, qui prendra progressivement la main sur l’écriture complète au moment de l’apparition des bulles dans les planches, enrichit la saga d’un souffle historique.
L’une des forces de la série réside dans la manière dont ses auteurs lient les mots aux images : les textes d’Ollivier portent la sonorité des chroniques anciennes, tandis que le trait de Coelho — dense, nerveux, parfois épique — donne l’impression d’un récit sculpté dans le bois des navires.
Analyse graphique
Dans cette planche de Ragnar, la mer s’impose d’emblée comme une divinité sombre et capricieuse, saisie dans ses tourments par le trait impétueux d’Eduardo Teixeira Coelho. Chaque case semble sculptée dans un bloc d’encre et de lumière, comme si l’artiste avait voulu capturer la fureur des éléments au moment même où ils se déchaînent. La page entière s’élance ainsi comme un long cri de vent, un chant de tempête, où les silhouettes humaines ne sont que des éclats fugitifs au milieu du tumulte.
Les premières cases ouvrent un paysage où l’eau est reine. Les vagues, massives, écartelées de hachures sombres, bondissent contre les parois de roche et se renversent en jaillissements blancs. Elles semblent rugir dans le silence du papier, et leur mouvement, toujours oblique, toujours tendu, entraîne l’œil d’un cadre à l’autre avec une force irrésistible. Rien n’est fixe, rien n’est calme : la planche entière bat comme un cœur affolé.
Au milieu de cette déferlante, les embarcations se dressent, fragiles arches de bois, heurtées par les masses noires de la mer. Les coques se cabrent, les voiles se tordent sous la poussée des vents invisibles. Coelho rend ces instants avec un sens aigu de la tension musculaire : les navires semblent vivants, presque organiques, comme s’ils respiraient, souffraient, résistaient. Les bandes sombres des voiles deviennent des traits de vitesse, des lames verticales qui fendent l’espace tourbillonnant.
Les personnages, eux, se meuvent avec l’énergie de ceux qui défient l’inévitable. Leurs gestes, larges, précis, heurtés par la violence du monde qui les entoure, portent toute la fatigue et la détermination du combat contre les éléments. Les drapés de leurs vêtements se gonflent, se tordent, rattrapent la lumière dans d'épais jeux de plis. Les bras se tendent, les torses se penchent, les silhouettes se redressent avec une ardeur qui semble vouloir rivaliser avec celle des vagues.
Plus bas dans la planche, le récit visuel s’apaise, sans jamais perdre la présence sourde de la mer. Les rochers se dressent comme des sentinelles, noirs et massifs, découpés dans un silence minéral. Les traits de l’artiste deviennent alors plus larges, plus espacés, laissent davantage respirer le blanc du papier, comme si le monde retrouvait un instant sa mesure. La scène glisse vers le dialogue, mais l’arrière-plan, toujours mouvant, rappelle que rien n’est vraiment terminé : la mer reste là, immense, prête à reprendre son droit.
La dernière case, finale, apporte une note de répit, mais ce répit porte encore l’écho de tout ce qui a précédé. Les lignes sont moins frénétiques, mais la composition demeure tendue vers l’horizon, comme si le regard ne pouvait s’empêcher de scruter la prochaine vague, le prochain signe du destin. Coelho excelle dans cet art du souffle final, ce relâchement qui ne dissipe pas l’orage mais le laisse flotter comme une menace discrète à la surface de l’eau.
Ainsi, cette planche ne raconte pas seulement une péripétie maritime : elle est une invocation. Une évocation de la mer comme force archaïque, de l’homme comme fragment infime qui se dresse contre elle, de la lumière et de l’encre comme seules armes pour saisir la beauté furieuse du monde. Dans cet affrontement silencieux, Coelho fait naître un théâtre visuel où chaque case pulse, vibre et respire. Une véritable ode graphique aux puissances indomptées.
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A propos de Eduardo Coelho
Eduardo Teixeira Coelho, alias ETC, Etcheverry (ou Etcheveri) et surtout Martin Sièvre est né à Angra do Heroísmo aux Açores est un auteur de bande dessinée portugais qui a notamment travaillé en France pour Vaillant puis Pif gadget. Il est considéré comme le plus grand dessinateur réaliste portugais de l'après-guerre.