Et la bande dessinée devint adulte (partie X : Serge Dutfoy)

16 août 2026,  par  Archéobd / Pascal Hanrion

Raconté par celles et ceux qui l'ont créée : Serge Dutfoy 

Les seventies

 

et la bande dessinée devint adulte,

 

raconté par celles et ceux qui l'ont créée

 

 

 

Serge Dutfoy

 

Serge Dutfoy, dessin Music Maestro Please, 1966
écoute audio-visuelle : Serge Dutfoy en concert, festival aux Champs Élysées (extrait), Saint-
Quentin (Hauts-de-France), 2021 , https://www.youtube.com/watch?v=59h50DfluVs

 

 

 

Serge Dutfoy : J'ai beaucoup appris des maîtres de la bande dessinée, je pense que la révolution commence tout doucement dans Spirou. Si je prends la revue Tintin à la même époque, il n'y a quasiment jamais d'héroïne. Il y a bien quelques personnages féminins qui passent dans le paysage, comme la Castafiore par exemple, mais elles n'ont pas un grand rôle sur le long terme.

Par contre, dans Spirou en 1956, André Franquin crée Le Nid du Marsupilami, album dans lequel il y a une grande histoire d'amour entre Monsieur Marsupilami et un autre personnage, féminin, très significatif : Madame Marsupilami. Ils ont des enfants et vivent une aventure où Madame Marsupilami tient un rôle non négligeable.

 

 

 

 

André Franquin, Le Nid des Marsupilamis, Les Aventures de Spirou et Fantasio, Éditions Dupuis, 1956

 

 

 

 

Mais surtout, il apparaît dans cette histoire Seccotine. Pour moi, c'est une des premières héroïnes vraiment féministes et très marquée. Elle pourrait être comparée plus tard à Laureline, la compagne de Valérian dans la série de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin. Ce sont deux jeunes femmes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds : je dois l'avouer, je fus amoureux de Seccotine quand j'étais gamin.

 

 

 

 

 

 

 

André Franquin, Le Nid des Marsupilamis, Les Aventures de Spirou et Fantasio, tome 12, Éditions Dupuis, 1956

 

 

 

 

Pascal Hanrion : Pour vous, avec le recul, des personnages féminins marquants sont donc apparus dans des magasines destinés à la jeunesse, avant même leur apparition dans les revues révolutionnaires pour adultes dans les années 1970 ?

 

SD : Oui, je peux citer Maurice Tilleux, également dessinateur et scénariste du Journal de Spirou. Dans sa série Gil Jourdan, jeune avocat qui s'installe comme détective, il y a le personnage de Queue-de-Cerise, une jeune femme indépendante, habillée d'un pantalon, dont on ne sait pas très bien quelle est la relation exacte avec le héros. Manifestement, elle a son rôle dans l'entreprise de détective, une place pour une femme inimaginable dans le journal de Tintin à la même époque : on n'a jamais vu Tintin s'associer avec une femme dans ses enquêtes. Maurice Tilleux a d'ailleurs couvert des thèmes qui sortaient radicalement des histoires pour enfants.

 

 

 

 

 

Maurice Tilleux, Gil Jourdan – Popaïne et vieux tableaux, première apparition de Queue-de-Cerise, Journal de Spirou n° 990, 1957

 

 

 

 

 

Déjà, dans ses premières années, il avait introduit des histoires non conventionnelles. En 1959, dans Popaïne et vieux tableaux (deuxième album de la série Gil Jourdan), il décrit un trafic de drogue dans le milieu de l'art contemporain. J'avais 17 ans quand je lisais ça, je trouvais que Franquin et Tilleux étaient des pionniers dans l'évolution des personnages et la maturité des scenarios. J'imagine que leur patron, « Monsieur Dupuis », qui est souvent caricaturé chez Franquin, devait avoir quelques inquiétudes quand ils introduisaient des héroïnes et des histoires non politiquement correctes dans son journal.

 

 

 

 

 

Maurice Tilleux, Gil Jourdan – Popaïne et vieux tableaux, Journal de Spirou n° 991, 1957

 

 

 

PH : Une évolution insidieuse serait ainsi passée dans Spirou, sans faire de vagues, mettant en valeur des caractères féminins dans un monde quasi exclusivement masculin, des thèmes plus matures qui annonçaient l'émancipation à venir ?

 

SD : Oui, parfaitement. À l'époque, il y avait une différenciation très nette entre la littérature pour les filles et celle pour les garçons : la Bibliothèque Rose, la Bibliothèque Verte, des revues comme Lisette qui s'adressaient à un lectorat de petites filles. L'évolution a fait que ces nouvelles héroïnes ont pu intéresser puis fidéliser un lectorat plus âgé.

 

 

 

 

Journal Lisette n° 10, 1955

(source : bdmagexhumator.blogspot.com)

 

 

 

Livres de la Bibliothèque Rose et Verte, collections de livres pour la jeunesse créées en 1856 par les éditions Hachette, destinées aux enfants de six à douze ans (source : artcession.com)

 

 

 

Et pour remonter encore plus loin, dans Coq hardi, fondé en 1944, il y avait un rédacteur en chef nommé Marijac, ancien résistant, qui était le scénariste de la majeure partie des histoires. Il travaillait régulièrement autour de thèmes historiques comme la Révolution française et introduisait souvent des personnages féminins qui avaient des rôles assez importants.

 

Il y en avait une en particulier, dans Le Fantôme à l'églantine, où s'affrontaient des révolutionnaires et des nobles : Marijac avait traversé la Seconde Guerre mondiale, il était pour une paix générale, il essayait de démontrer qu'il y avait moyen de rassembler : même chose avec des histoires entre Indiens et cow-boys autour de la bataille de Little Big Horn. Il aspirait toujours à un monde dans lequel on pouvait espérer que des personnages, un peu au-dessus du lot, arrivaient à créer une société plus humaniste.

 

 

 

 

Le Fantôme à l'églantine, dessins de Le Rallic, scénario de Marijac, paru dans le journal Coq hardi en 1951 et 1952 (source : passion-collections.superforum.fr)

 

 

 

 

Marijac, comme quelques autres, l'air de rien, a amorcé non pas une révolution mais une évolution dans laquelle était abordée la littérature pour enfants avec un certain recul, je parle ici des années 1950.

 

 

PH : Années 1950, les prémices que vous décrivez apparaissent bien en amont de la bande dessinée dite « pour adultes » dont les revues Hara-Kiri et Charlie mensuel sont habituellement considérées comme précurseuses ?

 

SD : Avant Hara-Kiri, il y a eu un journal qui s'est appelé Zéro puis Cordée dans lequel François Cavanna et le Professeur Choron ont officié. J'ai eu un de ces numéros entre les mains, je me souviens aussi très bien des premiers numéros d'Hara-Kiri, c'était au début des années 1960 : on n'est pas encore face à un journal de bandes dessinées, ce sont des dessins d'humour, des articles incendiaires sur à peu près tout...

 

 

 

 

Revue Zéro, direction Jean Novi, publication entre 1953 et 1958 (source : caricaturesetcaricature.com)

 

 

 

 

J'étais à l'époque pensionnaire, j'ai passé des dimanches entiers à les lire. Ça me donnait presque le tournis tellement c'était nouveau. Et puis, avec le recul, c'était un peu comme la révolution surréaliste. Je sentais des gens qui abordaient le monde avec un regard neuf et provocateur.

 

 

 

 

 

Fred, dessin de couverture, Journal Hara-Kiri n° 7, 1961

 

 

 

 

Je n'oublie pas non plus Paris Match, dans lequel j'ai découvert les dessins d'humour de Chaval, Mose, Sempé, Bosc... En même temps, on ne le trouvait pas partout, il y avait aussi l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Il avait publié Siné qui dessinait dans L'Express, autour de la guerre d'Algérie, mais aussi des dessins anti-militaristes et anti-cléricaux qui faisaient réagir les lecteurs et inquiétaient le journal.

 

 

 

 

 

Siné, Siné Massacre n° 4, janvier 1963

 

 

 

 

Il faut apprécier à sa juste valeur l'importance de Jean-Jacques Pauvert qui a édité des dessinateurs dans les numéros de la revue Bizarre : j'ai lorgné pendant longtemps les Vies parallèles de Boris Vian que j'avais trouvées dans une librairie parisienne, Le Minotaure, rue des Beaux-Arts. Il fut inquiété par la censure pour certains de ses ouvrages comme J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian. Il a également publié l’œuvre complète du marquis de Sade, Histoire d'O de Pauline Réage. Il est probable que le développement du thème de la sexualité, un des piliers de l'émancipation de la bande dessinée vers un public adulte, fut directement influencé par les éditions de Jean-Jacques Pauvert.

 

 

 

 

 

Jean-Jacques Pauvert, revue Bizarre n° 39-40, 1966

 

 

 

 

Donc, dans toute cette longue période, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les seventies, il y a tout un climat engendré à la fois par une certaine bande dessinée qui amorça gentiment un nouveau virage, avec un regard un peu plus adulte, une littérature proche des artistes Dada et du surréalisme qui venaient essentiellement du mouvement Panique créé par Roland Topor, Fernando Arrabal et Alejandro Jodorowsky. Topor et Siné étaient des artistes en révolte permanente mais qui avaient droit de cité et dont on connaissait les dessins : Siné a continué longuement dans cette voie.

 

 

 

 

 

Roland Topor, mouvement Panique, L'Âge d'or, documents d'époque, édition du Stedelijk Museum, 1975 (source : archaicinventions.blogspot.com)

 

 

 

 

PH : En parallèle à la bande dessinée et aux arts graphiques, vous vous êtes intéressé très jeune à la musique ?

 

SD : La musique, disons que je m'y suis intéressé grâce à mon frère aîné qui avait quelques disques de jazz. Il y a eu aussi, pour les gens de ma génération, l'importance de la Guilde internationale du disque qui, sous forme d'abonnement, proposait des disques qui étaient des reprises d'enregistrements qui avaient déjà fait leur temps. Quand on achetait l'électrophone de la Guilde du disque, ils offraient un « 25 cm » dans lequel il y avait un large éventail de musiciens. J'étais incapable d'analyser les styles, mais ça me plaisait bien : il y avait du Erroll Garner, du Charlie Parker, du Sidney Bechet... Je pense que c'est un des disques que j'ai le plus écoutés.

 

 

 

 

 

Exemple de pochette de la série Guilde du Jazz, probablement fin des années 1950, début des années 1960.

 

 

 

 

PH : C'étaient des disques destinés au grand public ?

 

SD : Je ne sais pas si le jazz a été vraiment grand public, mais à l'époque il l'était beaucoup plus : là je vous parle de la fin des années 1950. J'ai commencé à m'intéresser à ça, j'ai même eu une carte du Club des amis du jazz. J'ai appris plus tard qu'il était lié à Jazz Magazine. Un autre courant était à l'époque sur la ligne « Panassié », il lisait le bulletin du Hot Club de France... (Hugues Panassié : critique et producteur de jazz français, admirateur du style dit « hot » joué par Louis Armstrong dans les années 1930 / N.D.L.R.).

Bref, tout ça c'était une querelle d'anciens et de modernes que j'ai mis un certain temps à comprendre. Elle n'existe plus aujourd'hui.

 

 

 

 

 

Bulletin du Hot Club de France n° 1, 1945

 

 

 

Revue Jazz Magazine n° 1, couverture, 1954

 

 

 

PH : Pouvez-vous nous expliquer la différence entre les « anciens » et les « modernes » en jazz ?

 

SD : Hugues Panassié s'était brouillé avec Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, parce qu'il n'était pas d'accord sur l'importance du bebop qu'il ne considérait pas comme de la musique de jazz.

 

 

 

 

 

© Denis Stock / agence Magnum, Earl Hines au Hangover, San Francisco, 1958 (source : centrepompidou.fr)

Écoute audio : Earl Hines, Memories of You, 1965 (Memories of You - Earl Hines, 1965)

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour le magazine Jazz Hot, 1965

 

 

 

 

PH : Le bebop a été une véritable révolution dans la musique jazz ?

 

SD : Oui, parce que d'un seul coup on ne jouait plus le jazz comme avant. C'est venu en France durant l'après-guerre : le swing s'est essoufflé, il est devenu difficile d'engager de grands orchestres, les petites formations jouaient leurs propres compositions, elles avaient un aspect beaucoup plus véloce, beaucoup plus intellectuel.

 

 

 

 

 

The Bennie Moten Band, 1929 (Count Basie assis à gauche), in A Pictorial History of Jazz, Orrin Keepnews et Bill Grauer, Jr., Crown Publishers, New York, 1955

Écoute audio : Moten Swing - Bennie Moten, Hot Lips Page, Count Basie, 1932 (Moten Swing - Bennie Moten, Hot Lips Page, Count Basie, 1932)

 

 

 

 

 

Cabu, in Carnets de jazz - Cabu in jazz, Éditions du Layeur, 2010

 

 

 

Aujourd'hui, dans les écoles de jazz, on apprend le style bebop, on peut analyser les chorus de Charlie Parker, la façon dont il travaille les accords, ce que je trouve toujours fantastique d'ailleurs. Moi, j'aime bien aussi les autres styles, tout du moins jusqu'aux années 1960.

 

 

 

 

 

Herman Léonard photographe, New York RCA Victor Studio – 1947, in L'Œil du jazz, Éditions Filipacchi, 1985

Écoute audio : Charlie Parker & Coleman Hawkins, enregistrement 1950 (sans source) : Vidéos Bing

 

 

 

 

 

Cabu, in Carnets de jazz - Cabu in jazz, Éditions du Layeur, 2010

 

 

 

 

PH : Pourquoi cette cassure dans les années 1960 ?

 

SD : Parce que c'est l'arrivée du free jazz, et là j'ai vraiment eu du mal à suivre.

 

 

 

 

The Ornette Coleman Quartet's November 1959 residency at the Five Spot in Manhattan's East Village, New York.

Écoute audio et article : Spotlight: Ornette Coleman | The Pulitzer Prizes

 

 

 

 

PH : Alors, question... Elle vient comme ça, absolument pas préparée. Avec votre expérience, avec votre connaissance de l'époque où vous avez vu naître ces courants, est-ce qu'on pourrait considérer que le free jazz fut au jazz hot et au bebop, ce que la bande dessinée d'underground fut à la bande dessinée classique ?

 

 

SD : Oui, je pense qu'il y a de ça. C'est-à-dire qu'il y a dans le free jazz, tout comme dans la bande dessinée underground, un côté très anarchiste, ce qui correspond aussi à des faits sociaux : la guerre du Viêt Nam, le mouvement des droits civiques aux États-Unis... Si on regarde des photos de l'histoire du jazz, on voit de grands orchestres, ceux de Duke Ellington et Glenn Miller par exemple, des personnages bien propres, avec nœuds papillon, des cravates, tous habillés pareil : blancs ou noirs, ils portent les mêmes costumes.

 

 

 

 

 

Glenn Miller Orchestra (s.d. probablement années 1940, photographe non crédité), in A Pictorial History of Jazz, Orrin Keepnews et Bill Grauer, Jr., Crown Publishers, New York, 1955

Écoute audio : Glenn Miller and his Orchestra - "Live & Swinging" in 1939

Vidéos Bing

 

 

 

Ensuite arrive le bebop, Charlie Parker, Thelonious Monk, Dizzy Gillespie, Charlie Christian... ça devient un peu plus débridé. Ils jouent en petites formations, il n'y a plus nécessairement de costumes de scène : ce n'est pas cela qui fait la qualité de la musique.

 

 

 

 

 

Herman Leonard photographe, Dizzy Gillespie, New York Royal Roots, 1948, in L'Œil du jazz, Éditions Filipacchi, 1985

Écoute audio : Charlie Parker, Dizzy Gillespie - Hot House

Vidéos Bing

 

 

 

 

 

Cabu, in Carnets de jazz - Cabu in jazz, Éditions du Layeur, 2010

 

 

 

 

Enfin, le free jazz, rappelons-le une nouvelle fois, c'est une approche qui correspond à un mouvement de revendication noire : on s'affirme, on ne veut pas faire de la musique de restaurant pour les riches blancs, on veut exprimer une culture et des racines noires. On a compris qu'on est arrivé aux États-Unis par l'esclavage. Il y a des gens très intéressants dans ce courant comme Charlie Mingus et John Coltrane. C'est moins facile d'approche, c'est moins facile à jouer aussi, ça correspond à une époque bien précise.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour Rock & Folk n° 19bis, 1966

 

 

 

 

 

Pour ce qui est de ma pratique musicale, elle n'a rien à voir avec le free jazz. C'est une pratique de détente, j'ai envie de faire une musique en hommage aux grands créateurs des années 1930-1940. Je ne dis pas que c'est la seule musique intéressante, disons que j'ai un peu l'attitude des musiciens classiques qui jouent du Mozart ou du Beethoven.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour le magazine Jazz Hot, 1966

 

 

 

 

Je me considère comme un amateur, je n'ai pas le niveau musical de certains musiciens que nous avons invités parfois dans notre jazz club, ou que j'ai entendus dans d'autres contextes. Il y a eu tout un renouvellement des professionnels du jazz qui s'est fait, entre autres, par l'enseignement dans les conservatoires où le jazz s'enseigne, ce qui n'était pas le cas précédemment. Ce fut la même chose pour la bande dessinée : quand j'étais étudiant en art, au début des années 1960, on savait qu'il n'y avait qu'à l’École des arts déco qu'on pouvait trouver un enseignement de la bande dessinée : le prof s'appelait Georges Pichard... Depuis, les sections bandes dessinées et illustrations se sont multipliées, elles existent dans pratiquement toutes les écoles d'art en France.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, revue Le Métier, janvier 1969

 

 

 

 

PH : On bascule à nouveau sur la bande dessinée. Ça me paraît passionnant parce que, d'un côté, il y a le free jazz, dont vous venez d'énumérer un certain nombre de caractéristiques, et de l'autre on a ce fameux style « underground ». Il n'était pas nommé de cette façon à l'époque avec, aux États-Unis, des gens comme Robert Crumb et Gilbert Shelton qui émergent. Ils furent des locomotives pour un grand nombre de dessinateurs nord-américains, mais aussi français.

 

SD : Ah oui, en particulier grâce au magasine Actuel. On a passé Mai 68. J'étais au festival de jazz d'Antibes pour la revue Rock & Folk. Étaient aussi présents des journalistes d'Actuel pour couvrir l’événement. Actuel, qu'on a un peu oublié aujourd'hui, fut un magazine important pour la popularisation de la bande dessinée underground.

 

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, revue Rock & Folk n° 54, 1971

 

 

 

 

 

Moi ça m'intéressait parce qu'à l'époque, j'étais jeune, je voulais « être moderne », je voulais comprendre les idées qui étaient en route. J'étais déjà enseignant en arts plastiques, je voulais essayer de faire passer des choses « actuelles », pas seulement enseigner la perspective. J'ai essayé de trouver un moyen d'être dans le coup, pour moi comme dessinateur, pour mon métier d'enseignant.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, revue Rock & Folk n° 37, 1966

 

 

 

 

Parallèlement au style purement underground, dans des choses plus soft, il y a eu le passage progressif d'un style pour enfants à un style pour jeunes adultes dans la revue Pilote. Au départ, en 1959, Pilote était une sorte de mélange de Spirou et de Tintin, avec quelques dessinateurs qui venaient de là, comme Uderzo et Mitacq par exemple.

 

 

 

 

 

Albert Uderzo, dessin de couverture, Jehan Soupolet et Rosine, revue Pilote n° 14, janvier 1960

 

 

 

 

 

Puis, sur une période de 5-6 ans, l'ensemble de ses bandes dessinées est devenu nettement plus adulte, avec un regard humoristique qui était proche, d'une certaine façon, de ce que faisait Hara-Kiri. Ayant eu des problèmes avec la censure, ses dessinateurs ont essayé d'investir Pilote, entre autres Fred et Cabu qui ont amené une sorte de modernité, qui ont essayé de trouver une nouvelle façon de raconter l'actualité.

 

 

 

 

 

Jean Giraud, dessin de couverture, Les Aventures du lieutenant Blueberry, Fort Navaro, revue Pilote n° 262, octobre 1964

 

 

 

 

Pilote est devenu un journal qui « s'amusait à réfléchir » sur l'actualité, ce fut un de ses moteurs : il y eut en particulier les fameux Dingodossiers avec Gotlib sur des scénarios de René Goscinny. Dans Pilote, on regardait le monde d'une façon venant du bizarre, du burlesque, du cinéma, Goscinny laissant une grande liberté à ses auteurs avec une certaine limite : pas de sexe, pas de vulgarité. Et puis, dans le contexte de l'après-1968, Goscinny a été lui-même remis en cause. Une partie des dessinateurs de Pilote, ce n'était pas très sympathique de leur part, d'un seul coup comme Œdipe, ont tué leur père.

 

 

 

 

 

 

Scénario de René Goscinny, dessins de Gotlib, Le Play-back – Les Dingodossiers, revue Pilote n° 292, mai 1965

 

 

 

 

PH : Pour vous, est-ce que cela n'a pas été le point de bascule d'un mouvement d'émancipation qui avait commencé de façon éparse ? Certains artistes n'ont-ils pas voulu aller au-delà des prémices en provoquant Goscinny qui, lui, peut-être ne les a pas compris, ou qui n'a pas pu ou pas voulu évoluer aussi vite que ses dessinateurs ?

 

 

SD : Oui, disons qu'ils ont fait ce qui était dans leur propre logique, c'est-à-dire qu'ils ont rompu avec Pilote pour créer leur propre presse : L'Écho des savanes, puis Métal hurlant et Fluide glacial.

 

 

 

 

Cabu, Le Grand Duduche, revue Pilote n° 451, juin 1968

 

 

 

 

PH : Donc là, on est vraiment dans la déflagration des années 1970. Comment l'avez-vous vécue ?

 

SD : J'ai vécu ça surtout en tant que lecteur parce qu'il ne m'a pas été possible d'entrer dans le monde de la BD adulte. J'avais rencontré Cabu dans un festival de jazz, il m'avait dit que Pilote recherchait des dessinateurs pour des histoires de 16 pages. J'ai donc créé une histoire de pirates au second degré, Rouquignol, inspirée du Mad de Harvey Kurtzman, dans laquelle il y avait une sorte de Groucho Marx qui apparaissait de temps en temps. Je suis allé la présenter à Pilote, en espérant tomber sur Goscinny, mais c'est un autre rédacteur en chef qui s'appelait Pradal qui m'a reçu : il n'a pas retenu mon travail.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, Échec à Rouquignol, planche originale inédite, 1970

 

 

 

 

PH : Néanmoins, à la même période vous présentez des dessins chez Rock & Folk et vous êtes publié ?

 

SD : J'ai toujours passé beaucoup de temps dans les librairies et dans les maisons de la presse, je connaissais depuis longtemps Jazz Magazine, Jazz Hot. À l'époque c'était très simple, on prenait le bottin, on regardait l'adresse de la maison d'édition ou du journal, et puis on essayait d'aller voir avec son carton à dessins. Bon, alors je suis allé directement chez Jazz Hot...

 

 

 

 

Serge Dutfoy, illustrations pour la revue Jazz Hot n° 220, mai 1966

 

 

 

 

C'était pas de la bande dessinée, j'avais fait des dessins sur le jazz, ça me venait assez spontanément. Ça s'est passé directement dans les locaux de Jazz Hot, créé par le fils des peintres Delaunay : Charles Delaunay fut le premier rédacteur en chef, je ne l'ai pas connu. Par contre, j'ai été reçu par le rédacteur en chef de l'époque qui était Philippe Koechlin (futur fondateur de Rock & Folk), personnage fort sympathique, très ouvert. Il a regardé mes dessins, il m'a dit « ouais, c'est pas mal, on te les garde, et puis on te les passera. »

 

 

 

 

Serge Dutfoy, illustrations pour la revue Jazz Hot n° 223, septembre 1966

 

 

 

 

 

PH : C'est comme cela que ça a commencé pour vous ?

 

SD : Effectivement, à partir du numéro suivant, de temps en temps, je voyais dans une page, ou plutôt sur un huitième de page, un de mes dessins : j'étais déjà prof à ce moment-là, je nageais dans le bonheur.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin inédit pour la revue Jazz Hot, 1966

 

 

 

 

Par la suite, un des dessins que j'avais faits pour Jazz Hot a été publié dans le numéro zéro de Rock & Folk qui s'est appelé « numéro spécial de la revue Jazz Hot ». On y voyait des amateurs qui s'exprimaient librement sur leur façon d'appréhender le jazz : les modernes ne parlaient que de free, de bebop ; les classiques parlaient de swing ; un type dans un fauteuil parlait de ragtime ; un jeune parlait de rock de façon passionnée. J'étais très fier d'être publié entre Cabu et Siné. Quelques mois plus tard, Rock & Folk est devenu mensuel.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour la revue Rock & Folk n° 0, juillet 1966

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour la revue Rock & Folk n° 1, novembre 1966

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour la revue Rock & Folk n° 2, décembre 1966

 

 

 

 

PH : Comment a évolué votre collaboration ?

 

SD : Elle a duré un certain temps. Au départ, j'ai publié plutôt des dessins d'humour, des pages sur la vie du musicien de rock telle que je l'imaginais. J'ai eu plusieurs pleines pages dont je suis assez fier avec le recul. Alors ensuite, il y a eu Gotlib qui a eu une page régulière : Hamster Jovial.

 

 

 

 

 

Marcel Gotlib, Hamster Jovial et ses louveteaux, les albums Fluide glacial, Éditions Audie, 1980

 

 

 

 

Et puis, je n'ai plus rien publié dans Rock & Folk avant une période plus pop. J'ai dessiné certains titres de la revue comme par exemple pour la rubrique Érudit-Rock. J'avais fait des titres avec des lettres dessinées, en couleurs, il y en a pas mal qui sont passées.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, lettrage, Érudit Rock, revue Rock & Folk, années 1970

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, lettrage, Fous du Folk, revue Rock & Folk, années 1970

 

 

 

Serge Dutfoy, lettrage, Mekanik Pop, revue Rock & Folk, années 1970

 

 

 

 

Serge Dutfoy, lettrage, Singlé, revue Rock & Folk, années 1970

 

 

 

 

À ce moment-là est apparu au journal un nouveau rédacteur en chef qui s'appelait Philippe Paringaux. Il m'a proposé plusieurs scénarios de BD, des histoires courtes, en couleurs, qui sont passées dans Rock & Folk, comme celle sur le groupe Genesis.

 

 

 

 

 

L'Homme qui dort, scénario de Philippe Paringaux, dessins de Serge Dutfoy, planches originales 4/4, revue Rock & Folk n° 126 – spécial Genesis, 1977

 

 

 

 

Ensuite, je lui ai suggéré des idées autour de l'univers du cinéma à partir desquelles il m'a proposé des scenarios sur mesure avec Laurel et Hardy, Marilyn Monroe, Elvis Presley... On a même fait une histoire sur Erroll Flynn, alcoolique qui repensait sa carrière passée, ses amours qui n'ont jamais existé avec Olivia de Havilland...

 

 

 

 

Scénario de Philippe Paringaux, dessins de Serge Dutfoy, Happy End, Rock & Folk, 1980

 

 

 

 

Scénario de Philippe Paringaux, dessins de Serge Dutfoy, Voix off, revue Rock & Folk, 1979

 

 

 

 

PH : Rock & Folk ne se concentrait pas exclusivement sur la musique. Ils avaient un rédactionnel plus éclectique ?

 

SD : Oui, il se voulait une sorte de journal très ouvert dans lequel on pouvait s'offrir des pages de pure création, par exemple des nouvelles littéraires et de la bande dessinée loin de l’univers du rock. Philippe Paringaux m'envoyait ses scenarios, on discutait au téléphone.

 

 

 

 

Scénario de Philippe Paringaux, dessins de Serge Dutfoy, Restez allongée Mrs. Jones, Rock & Folk, 1978

 

 

 

 

J'étais prof à Saint-Quentin dans l'Aisne, alors de temps en temps je prenais le train pour essayer de négocier avec les maisons d'édition. Rock & Folk n'était pas loin de la gare du Nord. Souvent le midi, je déjeunais avec Philippe Koechlin et Philippe Paringaux, j'en ai d'excellents souvenirs. Mais enfin, la publication de mes dessins dans leur journal fut très irrégulière.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, Blue Star and Black Flower, planches 4/6, revue Rock & Folk n° 95, 1974

 

 

 

PH : Je crois que votre collaboration avec Rock & Folk vous a ouvert une porte pour la réalisation d'un album important ?

 

SD : J'ai toujours essayé de regarder ce qui se passait autour de moi dans le monde musical. Ma collaboration avec Rock & Folk, c'est ce qui m'a permis d'avoir cette commande de L'Histoire du rock chez Van de Velde - Hachette en 1984. J'ai mis deux ans pour faire l'album. Avant cela, j'avais fait différentes choses, un peu éparses, j'avais eu différentes approches, du dessin d'humour à la bande dessinée, j'avais eu des commandes par-ci par-là, mais jamais un travail régulier sauf avec les Éditions Fleurus pour des magazines pour la jeunesse.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, Les Rolling Stones, revue Triolo n° 2, Éditions Fleurus, 1982

 

 

 

 

PH : Toute proportion gardée, votre expérience rappelle celle de Serge Clerc et de Jean Solé. Ils ont été de sacrés dessinateurs du monde pop et rock. Ce qu'a fait par exemple Jean Solé dans Pilote puis dans Fluide glacial, ce qu'a dessiné Serge Clerc dans Métal hurlant et dans Rock & Folk, s'inscrit très fortement dans un rapport intime avec la musique populaire de leur temps.

 

SD : Moi je ne me sentais pas du tout le chantre du rock, les pages que j'ai faites qui sont parues dans Rock & Folk, c'était plutôt un regard ironique sur la vie d'artistes qui étaient plutôt proches du rock, mais le jazz était véritablement mon style musical.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, planche pour la revue Rock & Folk n° 43, 1966

 

 

 

 

Lorsqu'on m'a proposé cette Histoire du rock, j'ai découvert qu'il y avait 100 pages à dessiner, qu'il y avait déjà une date prévue pour la sortie de l'album. À partir du moment où j'ai été définitivement choisi, où j'avais rencontré les scénaristes avec qui j'allais travailler, j'ai abandonné tout ce que je faisais avec Rock & Folk et avec les Éditions Fleurus : je n'ai fait que cette BD pendant deux ans.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, planche-test inédite, Histoire du rock – Jimi Hendrix, 1983

 

 

 

 

Serge Dutfoy, L'Histoire du rock (détail) – Frank Zappa, 1986

 

 

 

 

J'étais déjà enseignant mais cela m'a presque donné l'idée de tout arrêter pour ne me consacrer qu'à la bande dessinée : j'étais payé régulièrement, je recevais un chèque toutes les dix planches. Le livre est sorti d'une façon grandiose avec une présentation à l'Élysée Matignon. Mais j'ai vite vu que ce n'était pas moi qui étais la vedette, ce n'était pas le dessinateur qu'on mettait en avant : la vedette c'était le rock, et le co-scénariste Dominique Farran qui travaillait pour RTL...

 

 

 

 

Serge Dutfoy, planche originale, Histoire du rock – Les années 70, nouvelles directions du rock, 1986

 

 

 

 

PH : Quel souvenir vous laisse la création de cet album ?

 

SD : Il faut parler des éditions Van de Velde. Ce sont des éditions musicales dont la fortune a été assurée par la Méthode rose de piano qui existe depuis plus de cent ans. C'est une méthode d'une approche agréable, pas trop difficile techniquement, mais qui a toujours été très contestée par les professeurs institutionnels de conservatoire_. Néanmoins, elle s'est très bien vendue et se vend toujours très bien aujourd'hui, dans le monde entier. Francis Van de Velde, qui était le petit-fils du créateur, un jeune homme cultivé, essayait de trouver de nouvelles orientations pour sa maison d'édition. Il venait de créer, avec un scénariste que j'ai beaucoup apprécié qui s'appelle Michael Sadler, et le dessinateur Bernard Deyriès, L'histoire de la musique classique en bande dessinée.

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin pour Cat Rock News ou l'ambiance d'une rédaction, pour l'édition de L'Histoire du rock, 1986

 

 

 

 

C'était une première approche en bande dessinée, ce que n'avait jamais fait Van de Velde auparavant, qui n'avait édité que des méthodes de musique, des livres d'analyse musicale sur les styles, des biographies... Cette Histoire de la musique classique en bande dessinée était sortie en trois tomes. Comme ça n'avait pas si mal marché, Francis Van de Velde a cherché un dessinateur pour réaliser le projet qui était une suite, une histoire du rock.

 

C'est tombé sur moi grâce, ou à cause, de ce que j'avais fait pour Rock & Folk où je suis d'ailleurs allé rechercher le principal de la documentation dont je me suis servie pour mes dessins.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, Histoire du rock, les Rolling Stones, 1986

 

 

 

 

PH : Vous avez eu un riche parcours de dessinateur tout en ayant choisi assez tôt une carrière dans l'enseignement, après avoir étudié dans une école qui n'était pas celle des Beaux-Arts ?

 

SD : Oui, quand j'étais élève au lycée Henri-Martin de Saint-Quentin, en classe terminale dans laquelle j'avais pris l'option dessin, mon prof Serge Lenglet m'avait dit « si tu veux être prof, il faut faire le lycée Claude-Bernard ».

 

Ce lycée existe toujours, tout près du Parc des Princes. À cette époque, il proposait justement sur 3 ans, à 30 garçons et 30 filles qui avaient eu le bac et qui avaient passé un concours d'entrée, de faire une formation qui les mènerait au_ professorat de dessin dans les lycées et les collèges. C'était une formation académique, on travaillait l'anatomie, on faisait des croquis, des dessins d'après nature, on fabriquait des pièces en plâtre, on s'intéressait aux Antiques, on étudiait la perspective, l'histoire de l'art : c'était une formation sérieuse.

 

 

 

 

Cabu, Le Grand Duduche, Éditions Dargaud, 1967

 

 

 

 

Mon objectif, que j'ai rempli, c'était d'avoir les diplômes pour être prof et puis de pouvoir faire en dehors ce que je voulais. Sont sortis de cette école des noms connus dans le monde de la BD : Claire Bretécher, Roger Blachon, dessinateur du sport, Jean-Claude Fournier qui a succédé à Franquin pour dessiner les aventures de Spirou et Fantasio, les frères Varenne qu'on connaît bien pour leurs BD au style érotique.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, dessin d'étudiant au lycée Claude-Bernard pour la promotion d'un concert de jazz par sa formation, 1964

 

 

 

 

PH : Quelle a été la ligne directrice de votre enseignement, qu'avez-vous transmis à vos élèves ?

 

SD : La ligne directrice générale était donnée par le ministère. Je veux dire par là qu'on ne faisait pas tout à fait ce qu'on voulait. Le rôle du prof d'arts plastiques, il faut bien le comprendre, ce n'est pas de former de futurs artistes, c'est de donner une culture artistique. C'est comme les profs de français qui, de leur côté, ne sont pas censés former des écrivains. Ils forment des gens qui sauront rédiger, qui auront du plaisir à lire et comprendre un texte.

 

 

 

 

 

Cabu, Le Grand Duduche, Éditions Dargaud, 1967

 

 

 

 

 

Pour ce qui est de l'enseignement du dessin, c'est un peu une initiation à l'art, une approche de tout ce qu'on peut faire avec les outils du dessinateur et du peintre. Mais c'est aussi une façon de se rapprocher de l'art contemporain, sans papier, sans crayon, d'envisager des concepts. Parce que j'étais un peu connu comme dessinateur de BD, j'ai eu la chance, hors du programme académique, de monter des ateliers de bande**** dessinée**** en dehors des cours du collège.

 

 

 

 

 

 

Cabu, in L'Enfer de Cabu, Frédéric Pagès & Jacques Lamalle, Éditions Les Arènes, 2010

 

 

 

 

En tant qu'enseignant, mon objectif personnel a toujours été que les élèves se rendent compte que la création, c'est pas seulement « bien dessiner ». C'est aussi et surtout avoir des idées, partir de quelque chose qui peut être très simple, regarder le monde autour d'eux, le transcrire dans une expression qui leur est personnelle. Être « doué pour le dessin », c'est pas essentiel, c'est un truc qui ne veut rien dire quand on a face à soi des enfants ou des adolescents qui ne veulent pas devenir des dessinateurs professionnels.

 

 

 

 

 

 

Cabu, in Tout Cabu, Frédéric Pagès & Jacques Lamalle, Éditions Les Arènes, 2010

 

 

 

 

PH : C'est avant tout le fait de pouvoir s'exprimer ?

 

 

SD : Oui, voilà, exactement, tout simplement. Et justement, le fait de ne pas « être doué pour le dessin » ne doit pas être une entrave à l'expression : une représentation éblouissante qu'on fait sous les yeux de quelqu'un et être capable de dessiner quelque chose de très « ressemblant » ne sont vraiment pas les buts que je me suis donnés.

 

 

 

 

 

Cabu, Le Grand Duduche, Éditions Dargaud, 1967

 

 

 

 

PH : Votre vision semble renvoyer directement à la bande dessinée underground, à des auteurs qui n'ont pas nécessairement pignon sur rue, qui n'ont pas forcément un grand niveau technique de dessin, mais qui s'expriment, le plus souvent avec force, avec détermination, avec conviction.

 

SD : Lorsque je passais voir mes élèves un par un sur ce qu'ils faisaient par rapport à une proposition qu'ils devaient transcrire, je pense qu'en tant que prof, j'essayais toujours de montrer qu'ils avaient un talent dont ils n'avaient pas conscience ; que ce qu'ils avaient exprimé, qu'ils qualifiaient souvent de « oh, c'est moche, c'est nul », ne devait pas être comparé à ce qu'ils voyaient dans les revues ou dans les musées. J'essayais de les convaincre que c'était « bien » parce que justement c'était personnel, sans idée de rendre quelque chose d'esthétique ou de « ressemblant ».

 

 

 

 

 

Jean-Jacques Sempé, Multiples Intentions, Sempé & Éditions Denoël, 2003

 

 

 

 

 

Jean-Jacques Sempé, Des hauts et des bas, Éditions Denoël, 1970

 

 

 

 

Je voulais leur montrer que, par exemple, un trait brut qu'ils trouvaient « moche », c'était justement là qu'ils devaient insister. Eux trouvaient que ce n'était pas élégant, moi au contraire, je leur disais qu'ils avaient un « regard » unique.

 

 

 

 

 

Alexis, dessin de couverture, revue Pilote n° 515, 1969

 

 

 

 

On pouvait parler de l'art préhistorique, des artistes qui dessinaient ce qu'ils connaissaient : c'est-à-dire que si on a chassé des animaux, on connaît leurs postures, leurs physionomies, on a appris à observer leurs comportements. Alors, on sait les dessiner parce que les représenter, ça veut dire quelque chose pour soi.

 

 

 

 

 

Tom Joseph, sans titres, 2021, in Traits Historiques / Marcher depuis la nuit des temps, Éditions Monik Lézart, 2026

 

 

 

 

 

J'ai eu un élève qui était fils d'agriculteur, il avait une connaissance des machines agricoles étonnante. Je lui disais qu'il pouvait dessiner des tracteurs et des moissonneuses-batteuses s'il le voulait : les engins agricoles, il les connaissait parfaitement, il découvrait la perspective grâce aux machines avec lesquelles il voyait travailler ses parents. Parfois, en tant qu'enseignant, on est surpris par des choses comme celles-là.

 

 

 

 

 

Jean-Jacques Sempé, Multiples Intentions, Sempé & Éditions Denoël, 2003

 

 

 

 

PH : La pédagogie a été un moteur essentiel dans votre carrière. Vous avez été également directeur artistique d'un festival de bandes dessinées à Saint-Quentin, pendant une bonne vingtaine d'années ?

 

SD : Avec L'Histoire du rock qui était sortie en 1986, j'avais eu l'occasion de participer à quelques festivals, j'avais un peu vu comment ça se passait. La ville de Saint-Quentin avait créé un premier festival en 1987 qui avait duré 2 ou 3 ans, pour lequel je n'avais pas du tout été l'initiateur. Par contre, on m'avait demandé d'animer des ateliers de bande dessinée.

 

En fait, ce festival avait été créé avec une société qui proposait des événements clés en main. Un des organisateurs, avec qui j'avais discuté, m'avait dit que je pourrais faire aussi bien que lui pour la direction artistique, mais j'étais conscient qu'il fallait quand même avoir un certain nombre de contacts pour cela.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, affiche pour les premières Journées de la BD de Saint-Quentin, 1990

 

 

 

 

Monique Ryo, le maire-adjoint de l'époque, avait lancé l'opération. Puis dans la municipalité suivante, le maire-adjoint à la culture, Yves Menson, était un de mes copains de lycée. Quand je lui ai demandé si on continuait ce festival de BD, il m'a dit « ben écoute, si tu veux, tu t'en occupes. » C'est arrivé comme ça. La ville a donné quelques moyens, mais pour faire vivre le festival, il a fallu que je fasse venir les auteurs.

 

 

 

 

Ted Benoit, affiche pour les Journées de la BD de Saint-Quentin, 2007

 

 

 

 

J'ai fait appel à mes copains d'études du lycée Claude-Bernard, en particulier à Jean-Claude Fournier qui a accepté de venir tout de suite. Il m'a pas mal guidé sur la façon de procéder pour accueillir des dessinateurs qu'il connaissait.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, affiche pour Le Tour de la BD en 80 diapos, invité : Claude Moliterni, 1994

 

 

 

 

PH : Comment avez-vous dirigé ce festival ?

 

SD : L'axe a correspondu à ce que souhaitait la municipalité : amener les enfants à la lecture, les amener à côtoyer la création artistique. Pour l'organisation du festival, il y a eu des moments forts qui ont correspondu à la venue des auteurs dans la ville, avec des expositions pour certains. Mais auparavant, on les a fait venir dans des classes pour participer à un concours de création d'une bande dessinée, pour lequel il y avait un thème fédérateur. On a travaillé avec la bibliothèque municipale, avec des associations, avec des écoles de dessin...

 

 

 

 

Concours BD pour les jeunes, exemple de réalisation, années 1990

 

 

 

 

Mon travail, c'était de trouver un thème de concours, de le diffuser du mieux possible, de faire participer un maximum d'élèves de telle façon que ça leur donne envie de venir après au festival, aussi de faire venir leurs parents. Il y avait aussi le résultat du concours : si un élève était primé, les parents venaient au festival, avec les élèves de sa classe et leurs parents. C'était tout un contexte.

 

 

 

 

Ateliers avec les élèves, exemple de réalisation, 1993

 

 

 

 

PH : Avec votre double expérience dans les domaines du dessin et de la musique, depuis les années 1970, avez-vous vu une évolution parallèle entre ces deux modes de création artistique ?

 

SD : Dans ces deux modes d'expression, on peut encore observer une part militante puissante. Il y a nombre de bandes dessinées qui sont créées sur des sujets qu'on ne traitait pas auparavant : je pense par exemple au féminisme, à l'esclavage, aux grandes figures politiques, aux conflits internationaux... La musique rap et la musique techno véhiculent également des revendications que mettent en avant de jeunes artistes engagés.

 

 

 

 

Serge Dutfoy, revue Le Métier, avril 1969

 

 

 

Pour ce qui est de mes propres disciplines, la bande dessinée et la musique jazz, je pense que le fait qu'elles soient maintenant enseignées officiellement les a_ converties en disciplines reconnues par l'État : on peut apprendre le jazz et les musiques improvisées en conservatoire, ce qui n'existait pas quand j'ai fait mes études.

 

Pour la bande dessinée et l'illustration, c'est pareil. Il y a plein d'écoles qui proposent des formations. Arrivent sur le marché un tas de jeunes qui ont un super niveau que n'avaient pas les dessinateurs débutants à mon époque. Sortent chaque année plus de 5 000 titres qui proviennent en partie de ces jeunes auteurs. Je me demande combien en vivent vraiment ?

 

 

 

 

Serge Dutfoy, comment réaliser son CV quand on est dessinateur (extraits), 1973

 

 

 

 

Même chose en musique : de très nombreux jeunes musiciens sortent des conservatoires. J'en ai rencontré un certain nombre qui ont un grand talent. Est-ce qu'ils en vivent ? Est-ce qu'ils ont fait le bon choix ? C'est le monde actuel, les possibilités se sont démultipliées mais il y a une telle profusion qu'il n'est pas certain qu'une part importante des jeunes artistes puisse vivre de leur métier.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, planche pour la revue Rock & Folk n° 46, novembre 1970

 

 

 

 

Néanmoins, il y a d'innombrables albums de bande dessinée qui sont fort bien conçus, avec une mise en couleurs superbe, avec des scenarios qui ont l'air d'être faits par des gens compétents. Il y a de plus en plus de scénaristes qui sont capables d'inventer des histoires cohérentes et bien construites.

 

Et pourtant, partent au pilon tous les ans des milliers d'ouvrages, c'est bien dommage. Le fait que ne sortent du lot que quelques auteurs qui en vivent n'est pas une nouveauté. Ce qui a augmenté, c'est le nombre qui n'en vit pas. Je ne suis plus responsable des Journées de la bande dessinée de Saint-Quentin depuis plus de dix ans, mais je regarde tout ce qui sort. Je suis toujours étonné du nombre d'albums qui sont édités.

 

 

 

 

 

Serge Dutfoy, revue Rock & Folk n° 8, 1967

 

 

 

 

Le festival de BD d'Amiens, qui a débuté en 1996, en est à sa 30e édition. C'est un excellent exemple de réussite qui perdure. En voyant le public de sa dernière édition de ce mois de juin 2026, on se dit que ça intéresse toujours du monde. Les files d'attente pour avoir une dédicace devant certains auteurs étaient impressionnantes, tout comme le nombre de visiteurs dans les allées et les expositions. Mais si on demande dans la rue à des passants lambda de citer des noms, presque personne ne les connaît. La bande dessinée, ce n'est pas comme le football, ce n'est pas un fait social à l'échelle d'une population tout entière. Mais j'ai quand même l'impression que le phénomène BD peut encore durer un bon moment.

 

 

 

Serge Dutfoy, Rock & Folk n° 7, 1967

 

 

 

 

Écoute audio-visuelle : Serge Dutfoy en concert, festival aux Champs-Élysées (concert complet), Saint-Quentin, 2021 : https://www.youtube.com/watch?v=UbnT_sXjOW4

 

 

 

Et maintenant un quiz !

 

PH : Serge, mettant à profit votre fine connaissance du monde de la bande dessinée et de celui de la musique, si vous en êtes d'accord, j'aimerais vous proposer d'associer des personnages ou des auteurs de bande dessinée avec des compositeurs.

 

 

Si je vous dis Tintin, à quelle musique cela vous fait-il penser ?

 

 

SD : Je pense à la musique de Gérard Calvi dans Les Branquignoles, ou quelque chose comme ça. C'est joyeux, ça remue, on a l'impression que les gens courent, tout le temps.

 

Mode opératoire : ouvrez le lien, lancez la vidéo ou l'audio, puis revenez sur les dessins correspondants. Lisez les pages en écoutant les morceaux musicaux sans hésiter à vous attarder longtemps sur une case ou sur une autre, laissez-vous envahir à la fois par la musique et par les images.

 

Écoute audio : Ah ! Les belles bacchantes, bande originale, 1953 : Ah ! les belles bacchantes (Le bal de Madame de Mortemouille) Gérard Calvi 1954

 

 

 

 

Hergé, Les Aventures de Tintin, L’Île Noire, Éditions Casterman, 1947

 

 

 

 

Astérix ?

 

Ça pourrait être la même chose, mais à un degré au-dessus... ou alors de la musique de parodies de péplums, je pense par exemple à Les Trois Stooges contre Hercule, avec un trio humoristique à la Marx Brothers. Une musique de péplum au second degré.

 

Pour voir le film, avec sa bande-son originale et musicale d'origine : The Three Stooges Meet Hercules (1962) - FREE MOVIE

 

 

 

 

Albert Uderzo, René Goscinny, Les Aventures d'Astérix le Gaulois, Astérix et les Normands, Dargaud Éditeur, 1971

 

 

 

 

Spirou ?

 

Je dirais George Gershwin pour ses comédies musicales adaptées au cinéma où le monde est joyeux, dynamique, avec du swing dedans et des big bands.

Artie Shaw and his Orchestra 1939 "Lady Be Good" | Buddy Rich

 

 

 

 

André Franquin, dessin de couverture, reliure de la revue Spirou n° 88, Éditions Dupuis, 1963

 

 

 

Lucky Luke ?

 

Eh bien, puisqu'on a la chance de travailler avec Claude Tissandier dans mon orchestre, je dirais Claude Bolling qui a déjà composé pour Lucky Luke. : LUCKY LUKE Daisy Town Soundtrack Album 1971

 

 

 

 

Morris, Lucky Luke, Western Circus, revue Pilote n° 565, 1970

 

 

 

 

Moebius (Jean Giraud) ?

 

C'est un artiste qui a des registres très ouverts, je sais qu'il aimait bien le jazz, il était aussi dans des musiques planantes, peut-être allait-il du côté des Pink Floyd... J'irais plutôt vers des compositeurs de musique concrète, inattendue : Pierre Henry par exemple. Pierre Henry, Michel Colombier, Messe pour le temps présent et musiques concrètes pour Maurice Béjart, 1967 : Messe pour le temps présent: 2. Psyché rock - YouTube

 

 

 

 

Moebius (Jean Giraud), L'homme est-il bon ?, 1977, réédition grand format, Les Humanoïdes associés, 2006

 

 

 

Philippe Druillet ?

 

Quelque chose qui a un côté un peu terrible, vraiment très contemporain... Les Tambours du Bronx : Sepultura & Les Tambours du Bronx - Roots Bloody Roots - Live at Wacken Open Air 2012

 

 

 

 

Philippe Druillet - dessin, Michel Demuth - texte, Intérieur Dom - lettrage, Yragaël, Dargaud Éditeur, 1974

 

 

 

 

François Schuiten ?

 

Ah oui, il mérite aussi une musique très soignée, avec des envolées : les concertos de Ravel. Maurice Ravel, Concerto in G Major, Arturo Benedetti Michelangeli, Philharmonia Orchestra, Ettore Gracis : Piano Concerto in G Major, M. 83: II. Adagio assai

 

 

 

Luc et François Schuiten, La Débandade, Carapaces, Les Humanoïdes associés, 1981

 

 

 

 

Enki Bilal ?

 

Je pense à Gérard Manset, compositeur plutôt du domaine de la chanson. Gérard Manset - Il voyage en solitaire (1975)

 

 

 

 

Enki Bilal, La Planète du non-retour, Mémoires d'outre-espace, Dargaud Éditeur, 1983

 

 

 

 

Jean-Claude Mézières ?

 

Mézières, sans oublier Christin... Je dirais un compositeur américain, de film américain, non... Ou plutôt dans le domaine du jazz : Sun Ra, passé d'un univers des débuts du jazz à des choses plus délirantes. Sun Ra, When There Is No Sun, 1978 : When There Is No Sun by. Sun Ra

 

 

 

Jean Claude Mézières, Valérian agent temporel, Bienvenue sur Alflolol, Dargaud Éditeur, 1972

 

 

 

 

Mandryka ?

 

Ah oui, Mandryka... Quelque chose de complètement loufoque, une musique jazz de dessins animés ou de film burlesque : Spike Jones. Vidéo : Spike Jones & His City Slickers, Cocktails for Two, 1945 : SPIKE JONES & CITY SLICKERS - COCKTAILS FOR TWO - 1945

 

 

 

 

Nikita Mandryka, dessin de couverture, revue Pilote n° 646, 1972

 

 

 

 

Gotlib ?

 

C'est un peu pareil, une musique des dessins animés de Tex Avery : musique de Scott Bradley, Tex Avery director, 1951 : Daredevil Droopy | Tex Avery Screwball | Warner Archive

 

 

 

 

 

Marcel Gotlib, dessin de couverture, revue Pilote n° 601, 1971

 

 

 

 

Claire Bretécher ?

 

Je vais l'associer à une compositrice de jazz, Carla Bley : Carla Bley - Dining Alone

 

 

 

 

Claire Bretécher, dessin de couverture, revue Pilote n° 614, 1971

 

 

 

 

Fred ?

 

Il y a toutes sortes de climats dans ses histoires... Je choisirais Nino Rota, entre autres pour Le Petit Cirque : Nino Rota 映画「道」 La Strada ~ Gelsomina

 

 

 

 

Fred, Le petit cirque, Histoires fantastiques, Dargaud Éditeur, 1973

 

 

 

Richard Corben ?

 

Philip Glass : Violin Concerto No. 1, Movement II, Leonard Bernstein conductor, Gidon Kremer violin - Vidéos Bing

 

 

 

 

Richard Corben, scénario Bruce Jones, Comme te voilà grande / You're a Big Girl Now, revue Eerie n° 81, 1977

 

 

 

 

Georges Herriman ?

 

Tout comme pour Nikita Mandryka, une musique complètement loufoque de dessin animé ou de film burlesque. Délirant : le même Spike Jones.

 

Vidéo : Spike Jones Show, All Stars Review, Tchaikovsky Medley, 1952 : SPIKE JONES: Tchaikovsky Medley - YouTube

 

 

 

 

Georges Herriman, dessin publié en mai 1919, in Krazy & Ignatz, He Woos in Quiescent Siesta, Bill Blackbeard editor, 2008

 

 

 

 

Winsor McCay ?

 

Le grand maître américain... Johann Sebastian Bach parce qu'il a tout fait, c'est gigantesque, c'est l'espace grandiose et infini du rêve.

 

J.S. Bach: Partita No. 3 for Solo Violin in E Major, BWV 1006: I. Prelude (Arr. Rachmaninoff for Piano), Hélène Grimaud, Deutsche Grammophon GmbH, Berlin : J.S. Bach: Partita No. 3 for Solo Violin in E Major, BWV 1006: I. Prelude (Arr. Rachmaninoff... - YouTube

 

 

 

 

Winsor McCay, Little Nemo in Slumberland, New York Herald, avril 1906

 

 

 

 

Qui(z) sait ?

 

Sait-on jamais ce que la vie réserve, les tours et les détours qu'elle fait prendre, les méandres dans lesquelles elle donne le tournis, son influence dans une décision qui déterminera une direction qu'il faudra suivre, quelques fois durant une existence entière ?

 

Qu'aurait-il pu arriver si Serge Dutfoy avait rencontré René Goscinny ? Il ne peut le savoir, il ne le saura jamais.

 

Par contre, ce qui est certain, c'est qu'à l'âge de 16 ans, à partir d'un scénario imposé par le quotidien, il envoya une planche pour un concours du journal de Spirou : il en sortit avec un prix et sa bande publiée.

 

Vous pouvez foncer dans vos archives : journal de Spirou, 21e année, n° 1045 du 24 avril 1958, page 7 :

 

 

 

 

 

 

Archéobd / Pascal Hanrion
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