In MV9957 's collection
Santa Muerte # 28 by Oscar Bazaldúa Nava, Iván Santillán - Original Cover
831 

Santa Muerte # 28

Original Cover
Gouache
27.5 x 21 cm (10.83 x 8.27 in.)
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Interview Bazaldúa 2007
La Ley del Revolver # 551 - Bazaldúa & Santillán
Místico # 66
Pelea en la Selva - Bazaldúa

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Sensacionales – SANTA MUERTE - Le jour des morts et la Sainte Mort

Voici ma contribution à la célébration d’Halloween et Fête des Morts, c’est de circonstance.

Santa Muerte (Sainte Mort) est une série tout à fait marginale des années 2000.

Tout le monde sait que les mexicains accordent une grande importance à la vénération des morts, et pour le cas où quelques-uns auraient traîné au fond de la classe près du radiateur, Walt Disney s’est chargé de faire une session de rattrapage avec le récent Coco.

J’ai pu parfois lire qu’une civilisation ne naissait qu’avec la conscience de la mort et les cultes rendus aux morts. Toutes les civilisations ont développé des rites pour accompagner les défunts et tenter ainsi de maîtriser l’angoisse de la mort. S’appuyant sur les héritages aztèques et mayas, ces rites occupent une place singulière dans la culture mexicaine ; la fête des morts y est festive (« fête festive », je sais ça a l’air redondant, mais la fête des morts chez nous est plutôt triste ou sinistre, et ça peut paraître surprenant que d’autres le célèbrent de façon différente) (1).

Ce qui est moins traditionnel et beaucoup plus récent, c’est l’expansion continue du culte à la Santa Muerte qui réunit aujourd’hui des millions de fidèles, recrutés dans toutes les couches sociales, malgré la lutte que lui livre l’église catholique qui ne voit en elle qu’un culte païen puisque Jésus Christ est le Sauveur qui a triomphé de la mort. Elle s’est plus particulièrement enracinée chez les fidèles de l’Eglise Santa Católica Apostólica Tradicional Mex-USA (ISCAT Mex-USA), qui, quoique non reconnue est en expansion. En Amérique Latine comme partout ailleurs, en temps de crise grave, les populations cherchent des réconforts dans les religions (*1).

A noter : la représentation de la mort en faucheuse est d’origine européenne.

L’Influence de Frazetta & Wrightson : lors d’une longue interview donnée en 2007 à La Jornada de Oriente, journal de référence mexicain (voir photo jointe), à une époque où Oscar Bazaldúa n’avait pas encore intégré les franchises US, il revenait sur les influences qui l’avaient marqué et sur l’évolution de son style. Il racontait comment, alors qu’il n’était que le jeune apprenti de son maître Sixto Valencia, ce dernier lui avait appris à travailler sur des maîtres et les copier pour progresser ; il cite d’ailleurs Rafael Gallur comme l’un de ses maîtres. Puis il fit la connaissance de Frank Frazetta et Bernie Wrightson. Même si d’autres auteurs comme John Buscema, Gil Kane, Adam Hughes, Simon Bisley ou Mike Mignola l’ont également marqué, ce sont bien Frank Frazetta et Bernie Wrightson à qui il s’identifia et qui influencèrent le plus son style, dit-il. Parmi les auteurs qu’il admirait, la quasi-totalité étaient mexicains et américains, et les seuls européens qu’il mentionnait étaient Carlos Gimenez, Moebius, Liberatore et San Julian.

Dans cet entretien il racontait également sa trajectoire, sa rencontre avec Daniel Raeburn (voir ma planche Almas Perversas), son travail de stakhanoviste mal payé à l’époque des Ghetto Librettos des éditeurs Toukan et Mango (en moyenne une vingtaine de couvertures par mois) qui lui offraient peu d’espace pour pouvoir donner sa pleine mesure ; à l’époque de l’entretien, son travail en cours sur Místico, une série sur des super-héros du catch (spécificité mexicaine) pour laquelle on lui avait donné plus de liberté et d’argent, lui avait permis d’aller un peu plus loin. Il disait enfin son rêve de pouvoir travailler pour le marché US (ce qu’il fit plus tard).

J’avoue que j’ai beau chercher, je ne retrouve vraiment pas le trait de Wrightson dans le travail de Bazaldúa pour les couvertures des Ghetto Librettos. Suite au commentaire pertinent de BunoPLZ, il semble bien qu’elle soit par contre flagrante dans son travail pour la série Místico.

L’influence de Frazetta est, quant à elle, évidente et tangible sur cette illustration de couverture. On y retrouve l’impalpable hésitation entre ces corps statufiés par la masse des muscles qu’on voit rouler sous la peau et cette énergie qui les pousse en avant ; on y retrouve aussi le jeu des noirs, des ombres et des lumières qui donnent toute la densité et le volume des corps. Son acolyte Iván Santillán y retrouve des couleurs très frazettiennes également, ces ciels déchirés, irréels, sombres et somptueux. Quant aux chiens de l’enfer (ou panthères, je ne sais pas trop) qui accompagnent la camarde, eh bien comme je disais dans la planche Relatos de Presidio #22, il réussit à leur donner le même regard satanique qu’à ses chevaux.

Il est bien évident qu’il est inutile de chercher toute cette sombre luxuriance sur les productions à la chaîne et mal rémunérées pour les séries érotiques, où ne règnent que les traits simples et les aplats de couleurs presque basiques ; Bazaldúa n’a véritablement donné libre cours à sa veine frazettienne que sur ces quelques séries ou thématiques qui s’y prêtaient et qui lui tenaient à cœur, telles que La Ley del Revolver (compétition-émulation avec Gallur), les séries horrifiques (Santa Muerte, El Carruaje Diabólico, El Libro Siniestro, sur lequel je reviendrai bientôt), et sur cette série Místico (voir photos jointes).

(*1) Tout le monde pourra trouver sur le net sans aucune difficulté les magnifiques photos des processions au Mexique à l’occasion de la Fête des Morts et de la Santa Muerte.

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About Oscar Bazaldúa Nava

Oscar Bazaldúa Nava has been working in Mexico comics since the 1980s. He studied for a year and a half at a commercial art school, but had to quit when the school collapsed in the 1985 earthquake. He then assisted Sixto Valencia on the libretto 'La Serpiente Desplumada' for a couple of years. He is a regular artist on so-called Ghetto Librettos of the publishing houses Toukán and Mango (cheap pulp comic books full of sex and violence such as Almas Perversas and Relatos de Presidio). Text (c) Lambiek