In MV9957 's collection
Oliver - Recueil # 9 by Juan Vilajoana - Original Cover
1089 

Oliver - Recueil # 9

Original Cover
1962
Ink
Gouache
36 x 26 cm (14.17 x 10.24 in.)
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Oliver - Recueil #9
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Comment

Oliver

Cette série d’une exceptionnelle longévité des éditions Imperia - 471 numéros et 80 recueils - fut publiée pendant 29 ans, de 1958 à 1986, et ne disparut qu’avec son éditeur lui-même. Le recueil n° 9 date de 1962.

Le pitch : cette série d’aventures d’origine britannique narrait les aventures d’un Robin des Bois rebaptisé Oliver.

Juan Vilajoana réalisa un très grand nombre des couvertures de cette série.


Juan Vilajoana

Certains des peintres qui réalisaient les couvertures des petits formats, chez Imperia, Lug, Mon Journal ou Artima-Aredit étaient de grands artistes, paradoxalement encore peu reconnus (*1). Nul doute que les amoureux de ces BD et les collectionneurs permettront leur pleine réhabilitation. En ne m’en tenant qu’aux artistes les plus connus qui marquèrent les années 70, les italiens chez Elvifrance (Alessandro Biffignandi, Pino D’Angelico-Daeni, Emmanuelle Taglietti, Averardo Ciriello, etc.), et les espagnols qui révolutionnèrent la BD d’horreur avec les magazines Creepy-Eerie-Vampirella de l’éditeur Warren (Sanjulían, Enrich, José « Pepe » González, Jordi Bosch Penalva, José María Miralles, JAD, Pujolar, Jordi Longarón (*2)), les ont précédés sur cette voie et font aujourd’hui l’objet d’une large reconnaissance, voire d’une adulation, surtout aux USA.

Etant de la génération de ceux qui ont grandi avec, entre autres choses, un petit format entre les mains, je voue un culte particulier à ces grands peintres de l’action et de l’aventure. Je pense en particulier à Pino Dell’Orco, Félix Molinari, Rino Ferrari et Juan Vilajoana. En attendant le jour de leur complète reconnaissance et de la publication de monographies et d’études s’y rapportant, il est très difficile de trouver des renseignements, très particulièrement pour Vilajoana dont on ne sait pratiquement rien.

Je ne connaissais de lui que les quelques bribes d’information usuelles. J’ai essayé de me renseigner en Espagne, mais sans aucun succès. En cherchant je n’ai trouvé que les quelques lignes suivantes dans le passionnant livre Masters of Spanish Comic Book Art de David Roach (*3) :

« La plus grande découverte d’Imperia fut cependant un créateur de décors de théâtre vivant à Paris : Juan Vilajoana, dont les gouaches de couvertures, incroyablement brillantes, incitèrent plusieurs générations de lecteurs à acheter leurs comics. Vilajoana ne travailla que rarement dans son Espagne natale, et sa carrière de près de 30 ans semble s’être déroulée dans un anonymat virtuel chez Imperia, avec pour conséquence un travail loin d’être aussi bien connu qu’il le mériterait ». (*4)

Ces illustrations de couverture étaient effectivement une promesse, une porte ouverte sur le rêve.

Pendant ses 30 ans de carrière chez Imperia, Juan Vilajoana exécuta des illustrations de couverture pour les séries, en ne m’en tenant qu’aux plus connues : Big Bull, Buck John, Canada Jim, Caribou, Cassidy, Kalar, Kit Carson, Ögan, Oliver, Panache, Sandor, Tex Tone, X-13 Agent Secret.


Le style

Ses illustrations étaient d’abord l’œuvre d’un peintre à son chevalet, qui parvenait avec son pinceau à donner une texture particulière à la réalité : volume, densité, épaisseur ; ces gouaches donnaient la sensation de la 3D dans un univers en 2D.

Empruntant les mots de René Leone (*5) : « Dans un style hyperréaliste on touche là au génie ! Rares sont les peintres - dessinateurs ayant une maîtrise totale de leur art. Vous n'avez qu'à regarder les couvertures des reliures Oliver pour vous donner une idée, elles sont tout simplement époustouflantes de beauté et de réalisme, nul doute qu'il s'est inspiré du fantastique film de la Warner Bros de 1938 '' Les aventures de Robin des Bois" avec Errol Flynn. »

Pour moi Juan Vilajoana était le plus « Hollywoodiennement » glamour.


PS : la fréquentation du site de René Leone et des galeries 2DG de RF, heureux possesseur, entre autres, d’une belle collection de Vilajoana, est hautement recommandée et remboursée par la Sécurité Sociale.


Notes

(*1) Cet oubli relatif est le reflet de la mise au ghetto en France de pans entiers de l’histoire de la BD (en vérité les plus gros tirages et les plus lus : les hebdomadaires de BD autres que la trinité franco-belge Spirou-Tintin-Pilote, les petits formats, et la grande presse). On peut utilement lire sur ce sujet l’article-manifeste de Dominique Petitfaux dans le récent numéro 11 de la revue Bananas : « Pour une contre-histoire de la bande dessinée ». Les raisons peuvent en être résumées brièvement par les quelques citations suivantes de Petitfaux :

« Certains des historiens et exégètes de la BD, et souvent les plus talentueux (Thierry Groensteen, Benoît Peeters, Didier Pasamonik, Thierry Smolderen,…) ont passé leur jeunesse en Belgique. Leur perception de ce qui a compté dans la BD est donc différente de celle de quelqu’un vivant alors en France »

« Cette tendance est amplifiée par l’habitude qu’avaient Spirou, Tintin et Pilote de reprendre leurs meilleures histoires en albums… »

« Depuis l’origine et jusque vers 1970, chaque journal de BD publié en France s’adressait prioritairement à une classe sociale précise, à un public spécifique …Ceux qui écrivent aujourd’hui sur la BD sont majoritairement des hommes, issus des classes moyennes ou supérieures ; ils sont naturellement portés à écrire sur ce qu’ils connaissent depuis leur enfance …».


Cet article a suscité l’organisation d’une très intéressante table ronde sur ce thème lors du dernier Salon de la Bande Dessinée de Paris en décembre 2019, à laquelle participaient entre autres l’immense Jean-Pierre Dionnet, ainsi que mon cher Gérard Thomassian (Fantasmak).

(*2) pour les plus connus auteurs de couvertures, auxquels il convient d’ajouter dans l’aventure des éditions Warren : Luis Bermejo, Rafael Auraleón, José Ortiz, Ramón Torrents, Luis Martínez Roca, Enrique Montserrat, Josép María Beá, Esteban Maroto, Luis García, Felix Mas, Fernando Fernandez, Adolfo Usero, Jaime Brocal Remohí, Isidre Mones, Martín Salvador, Vicente Segrelles, Prieto Muriana, Boada, Leopoldo Sánchez, Domingo, etc.
Ainsi que, aux USA, pour les éditions Marvel : Jesús Blasco, Vicente Alcázar, Jordi Bernet, et pour les éditions Skywald : Zesar, Ferran Sostres, Francisco Cueto

(*3) David Roach y dresse un panorama général de la BD espagnole depuis le début du XXème siècle, et en particulier de son organisation en agences et studios pour lesquels travaillaient les dessinateurs (Selecciones Ilustradas, Creaciones Editoriales, Bardon, The Illustrated, Studio Ortega, Interpubli, Art Studium Agency, Nueva Frontera, Norma), ce qui permit à une diaspora de se constituer et à tous les créateurs en général de travailler abondamment aux USA, en GB, en France en Allemagne ou en Suède, faute de pouvoir disposer d’un vaste marché moderne chez eux ; le panorama s’étend ainsi de Pilote jusqu’aux éditions Warren

(*4) Imperia’s greatest discovery however was a Spanish theatre designer living in Paris : Juan Vilajoana, whose incredibly bright, vibrant gouache covers enticed several generations of readers to pick their comics up. Vilajoana rarely worked in his native Spain and his nearly 30 years career seems to have been entirely spent in virtual anonimity at Imperia, making his work far less well known than it deserves.

J'ai appris tout récemment que ce commentaire comportait une erreur : Juan Vilajoana ne s'est jamais installé à Paris, mais résidait à Barcelone où il est mort.

(*5) Voir le très joli site de René Leone : http://r.leone.free.fr
On y trouve, entre autres, nombre d’autres dessinateurs des éditions Imperia.

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