In beboun7 's collection
Nanar et Jujube
Mixed Media
27.5 x 28.5 cm (10.83 x 11.22 in.)
Added on 3/24/26
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Description
Couverture de Vaillant 986 du 5/04/1964
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Les débuts de Gotlib dans Vaillant et la naissance de Nanar, Jujube et Piette
C’est dans les pages du journal Vaillant que Marcel Gotlib fait ses véritables débuts de dessinateur professionnel en 1962, signant alors ses planches sous un pseudonyme encore incertain Garmo (Gottlieb Marcel). Son entrée dans l’hebdomadaire se produit dans le numéro 907 du 30 septembre 1962, où apparaissent pour la première fois les personnages de Nanar et Jujube. Ces deux héros inaugurent l’une des séries humoristiques les plus caractéristiques des premières années de Gotlib, et marquent le début d’une collaboration qui contribuera à renouveler en profondeur le ton et le style du journal Vaillant
.
Autour de Nanar, le garçon facétieux, et de Jujube, le renard malicieux, gravite au départ un petit groupe de personnages secondaires. Dès 1963, la série s’enrichit d’un nouveau personnage, Piette, une petite chipie dont la présence devient si importante que la série adopte alors un nouveau titre : Nanar, Jujube et Piette. En quelques semaines, les progrès du jeune dessinateur sont stupéfiants « De 62 à 64, je n’avais qu’un souci : apprendre à découper un gag, le rendre efficace, savoir promener ma plume sans trop de problème… »
Très vite, le ton particulier choisi par Gotlib s’impose auprès des lecteurs. Son humour, d’une inventivité débridée, dépasse la tradition franco-belge qui dominait encore le journal. Il abandonne le style sage au profit d’une véritable « déconnade » qui deviendra sa marque de fabrique. Vaillant lui commande alors une planche par semaine, et Gotlib s’acquitte de ce rythme avec une aisance étonnante. C’est également au sein de cette série fondatrice que Gotlib introduit en juillet 1964 un personnage qui deviendra l’un de ses emblèmes : Gai Luron, un chien apathique et impassible, inspiré du personnage de Droopy.
Gotlib raconte à Numa Sadoul la relation qu’il entretenait avec Jujube et Gai-Luron : « Jujube était tel que j’étais et Gai-Luron tel que j’aurai aimé être. (…). Gai-Luron est sans complexe, jamais énervé, jamais pris de court. (…) c’est un fort calme. Quant à Jujube, c’était l’être faible, le pauvre mec vulnérable. (…) Il est vrai que j’ai toujours été assez dépressif et ai toujours éprouvé du plaisir à parler, à me raconter. Une chose est certaine, donc : déjà à cette époque-là, il commençait à y avoir un peu de moi dans mes histoires, dans Gai-Luron et dans Jujube. »
Entre 1962 et 1965, Nanar, Jujube et Piette totalise 132 planches publiées dans Vaillant (le 12 décembre 1965, la série est renommée Jujube et Gai-Luron, Nanar et Piette disparaissent progressivement…). Ces pages représentent un véritable laboratoire graphique et narratif pour Gotlib. On y retrouve déjà toutes les qualités qui feront plus tard le succès des Dingodossiers et de La Rubrique à Brac : un sens du gag basé sur l’absurde, un usage instinctif du mouvement et de la gestuelle comique, une propension à détourner les codes narratifs, et une liberté d’invention totale dans la construction des situations. Ainsi, cette période inaugurale dans Vaillant ne représente pas seulement les débuts d’un jeune dessinateur : elle marque la naissance d’une voix nouvelle dans la bande dessinée française.
Jujube et le carnaval des grenouilles aux pots de peinture
Cette illustration, qui fait directement référence au dossier pédagogique du journal : « Il en sautille de toutes les couleurs » consacré aux grenouilles, est réalisée par Gotlib en avril 1964. C’est la première des six couvertures en couleurs directes qu’il dessine pour Vaillant.
Elle présente une scène en plein air où Jujube, assis au centre d’un pré, forme le pivot visuel de la composition. L’espace est très dépouillé. Cette simplicité du décor est typique du Gotlib : elle laisse toute la place à l’énergie comique des personnages et permet une lisibilité immédiate.
Les proportions de Jujube relèvent d’un langage graphique totalement cartoon : tête ronde aux contours vibrants, museau proéminent, longues moustaches dressées, membres étirés, queue immense en forme de virgule. La ligne noire de Gotlib, souple et nerveuse, souligne cette tension comique par de petites irrégularités, des pointes de trait et des contours élastiques qui rappellent les traditions du cartoon américain dont il s’inspire à cette époque. Autour de lui s’agite un groupe de petites grenouilles colorées, disposées sur un arc devant lui, et sautant dans des pots de peinture : violet, rouge, jaune, vert, bleu, blanc. L’effet produit est celui d’une explosion de couleurs vivantes : chaque pot déborde ou éclabousse, chaque grenouille bondit ou se contorsionne dans un geste imprévisible. Le contraste entre la grande silhouette monochrome du personnage central et la ronde bariolée de ces petites figures crée une dynamique visuelle immédiatement comique : le calme relatif du décor est brisé par une animation foisonnante, presque chorégraphique.
La mise en couleur participe étroitement à cette construction. Les tons du décor — verts doux, bleu dégradé, blanc crème de la barrière — sont volontairement paisibles et mats. À l’inverse, les pots de peinture et les petites créatures sont traités avec des couleurs pures, lumineuses, qui attirent l’œil et construisent le gag par leur simple présence. Pour la composition, le placement des pots de peinture forme une base solide qui ferme la scène en bas, tandis que la ronde grenouilles compose une sorte de halo animé autour de Jujube. Le vide du haut de l'image agit comme un espace respirant, renforçant le contraste entre le calme du décor et le tumulte chromatique du premier plan.
Le style graphique présenté ici est celui d’un Gotlib en pleine ascension, encore marqué par l’école du cartoon mais déjà identifiable comme un auteur à la ligne personnelle affirmée. Le trait épuré, l’humour basé sur la déformation des corps, le goût pour le gag visuel immédiat et la composition limpide annoncent déjà son évolution vers une expressivité toujours plus inventive.
Une couverture qui offre un condensé de ce qui fera bientôt sa marque dans le paysage de la bande dessinée française : un humour visuel qui vit, bondit, déborde littéralement de la page.
C’est dans les pages du journal Vaillant que Marcel Gotlib fait ses véritables débuts de dessinateur professionnel en 1962, signant alors ses planches sous un pseudonyme encore incertain Garmo (Gottlieb Marcel). Son entrée dans l’hebdomadaire se produit dans le numéro 907 du 30 septembre 1962, où apparaissent pour la première fois les personnages de Nanar et Jujube. Ces deux héros inaugurent l’une des séries humoristiques les plus caractéristiques des premières années de Gotlib, et marquent le début d’une collaboration qui contribuera à renouveler en profondeur le ton et le style du journal Vaillant
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Autour de Nanar, le garçon facétieux, et de Jujube, le renard malicieux, gravite au départ un petit groupe de personnages secondaires. Dès 1963, la série s’enrichit d’un nouveau personnage, Piette, une petite chipie dont la présence devient si importante que la série adopte alors un nouveau titre : Nanar, Jujube et Piette. En quelques semaines, les progrès du jeune dessinateur sont stupéfiants « De 62 à 64, je n’avais qu’un souci : apprendre à découper un gag, le rendre efficace, savoir promener ma plume sans trop de problème… »
Très vite, le ton particulier choisi par Gotlib s’impose auprès des lecteurs. Son humour, d’une inventivité débridée, dépasse la tradition franco-belge qui dominait encore le journal. Il abandonne le style sage au profit d’une véritable « déconnade » qui deviendra sa marque de fabrique. Vaillant lui commande alors une planche par semaine, et Gotlib s’acquitte de ce rythme avec une aisance étonnante. C’est également au sein de cette série fondatrice que Gotlib introduit en juillet 1964 un personnage qui deviendra l’un de ses emblèmes : Gai Luron, un chien apathique et impassible, inspiré du personnage de Droopy.
Gotlib raconte à Numa Sadoul la relation qu’il entretenait avec Jujube et Gai-Luron : « Jujube était tel que j’étais et Gai-Luron tel que j’aurai aimé être. (…). Gai-Luron est sans complexe, jamais énervé, jamais pris de court. (…) c’est un fort calme. Quant à Jujube, c’était l’être faible, le pauvre mec vulnérable. (…) Il est vrai que j’ai toujours été assez dépressif et ai toujours éprouvé du plaisir à parler, à me raconter. Une chose est certaine, donc : déjà à cette époque-là, il commençait à y avoir un peu de moi dans mes histoires, dans Gai-Luron et dans Jujube. »
Entre 1962 et 1965, Nanar, Jujube et Piette totalise 132 planches publiées dans Vaillant (le 12 décembre 1965, la série est renommée Jujube et Gai-Luron, Nanar et Piette disparaissent progressivement…). Ces pages représentent un véritable laboratoire graphique et narratif pour Gotlib. On y retrouve déjà toutes les qualités qui feront plus tard le succès des Dingodossiers et de La Rubrique à Brac : un sens du gag basé sur l’absurde, un usage instinctif du mouvement et de la gestuelle comique, une propension à détourner les codes narratifs, et une liberté d’invention totale dans la construction des situations. Ainsi, cette période inaugurale dans Vaillant ne représente pas seulement les débuts d’un jeune dessinateur : elle marque la naissance d’une voix nouvelle dans la bande dessinée française.
Jujube et le carnaval des grenouilles aux pots de peinture
Cette illustration, qui fait directement référence au dossier pédagogique du journal : « Il en sautille de toutes les couleurs » consacré aux grenouilles, est réalisée par Gotlib en avril 1964. C’est la première des six couvertures en couleurs directes qu’il dessine pour Vaillant.
Elle présente une scène en plein air où Jujube, assis au centre d’un pré, forme le pivot visuel de la composition. L’espace est très dépouillé. Cette simplicité du décor est typique du Gotlib : elle laisse toute la place à l’énergie comique des personnages et permet une lisibilité immédiate.
Les proportions de Jujube relèvent d’un langage graphique totalement cartoon : tête ronde aux contours vibrants, museau proéminent, longues moustaches dressées, membres étirés, queue immense en forme de virgule. La ligne noire de Gotlib, souple et nerveuse, souligne cette tension comique par de petites irrégularités, des pointes de trait et des contours élastiques qui rappellent les traditions du cartoon américain dont il s’inspire à cette époque. Autour de lui s’agite un groupe de petites grenouilles colorées, disposées sur un arc devant lui, et sautant dans des pots de peinture : violet, rouge, jaune, vert, bleu, blanc. L’effet produit est celui d’une explosion de couleurs vivantes : chaque pot déborde ou éclabousse, chaque grenouille bondit ou se contorsionne dans un geste imprévisible. Le contraste entre la grande silhouette monochrome du personnage central et la ronde bariolée de ces petites figures crée une dynamique visuelle immédiatement comique : le calme relatif du décor est brisé par une animation foisonnante, presque chorégraphique.
La mise en couleur participe étroitement à cette construction. Les tons du décor — verts doux, bleu dégradé, blanc crème de la barrière — sont volontairement paisibles et mats. À l’inverse, les pots de peinture et les petites créatures sont traités avec des couleurs pures, lumineuses, qui attirent l’œil et construisent le gag par leur simple présence. Pour la composition, le placement des pots de peinture forme une base solide qui ferme la scène en bas, tandis que la ronde grenouilles compose une sorte de halo animé autour de Jujube. Le vide du haut de l'image agit comme un espace respirant, renforçant le contraste entre le calme du décor et le tumulte chromatique du premier plan.
Le style graphique présenté ici est celui d’un Gotlib en pleine ascension, encore marqué par l’école du cartoon mais déjà identifiable comme un auteur à la ligne personnelle affirmée. Le trait épuré, l’humour basé sur la déformation des corps, le goût pour le gag visuel immédiat et la composition limpide annoncent déjà son évolution vers une expressivité toujours plus inventive.
Une couverture qui offre un condensé de ce qui fera bientôt sa marque dans le paysage de la bande dessinée française : un humour visuel qui vit, bondit, déborde littéralement de la page.
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About Gotlib
Marcel Mordekhaï Gottlieb, known as Gotlib, is a French comic strip artist. He is best known for his humorous stories (Gai-Luron, Les Dingodossiers, La Rubrique-à-brac) and the many pages he published in the two major monthly magazines he created in the 1970s, L'Écho des savanes and Fluide glacial.