Dans la collection de Jan
Description
Sometimes Deezy is a real devil
Inscriptions / Signatures
Yes
Commentaire
Cette œuvre originale d’Emil Ferris me touche particulièrement parce qu’elle condense, dans une scène en apparence simple et presque familière pour un parent, une grande richesse d’émotions : la complicité entre Deeze et sa sœur Karen, l’espièglerie provocatrice de Deeze, la colère de leur mère, et le plaisir évident que cette colère suscite chez le frère et la sœur. À première vue, c’est un moment familial drôle, vivant, presque jubilatoire. Mais, à la lumière de ce qui arrivera plus tard à leur mère dans le récit, l’image prend aussi une dimension plus intime, plus mélancolique.
La scène tourne autour de Deeze, le frère aîné de Karen, qui, avec son regard malicieux et presque diabolique, savoure pleinement son petit acte de rébellion. Il a discrètement modifié les tableaux achetés par leur mère en y ajoutant des détails irrévérencieux. Leur mère est furieuse, mais c’est précisément cette colère qui rend le moment si savoureux pour les enfants. Ce n’est pas seulement une bêtise : c’est un jeu, une provocation, une manière de détourner l’ordre adulte, mais aussi une forme de création clandestine. Chez Ferris, l’art n’est jamais très loin de la désobéissance.
Ce qui me touche surtout, c’est la façon dont la scène change de tonalité lorsque l’on sait à quel point la figure maternelle est importante dans My Favorite Thing Is Monsters, et comment sa maladie puis sa disparition se superposent ensuite au souvenir. Cette image devient alors plus qu’une plaisanterie familiale. Elle devient une image-souvenir : le souvenir espiègle d’une mère capable de se fâcher, de crier, d’occuper l’espace, et qui, précisément pour cette raison, reste intensément vivante. Un souvenir heureux, et en même temps triste. Comme si Ferris montrait ici que le bonheur, la colère, l’amour et la perte peuvent coexister dans un même dessin.
Deeze est au centre de cette ambiguïté. Lors d’une séance de dédicace, j’ai eu la chance de pouvoir parler avec Emil Ferris. À propos de Deeze, elle m’a dit qu’il était “a real bad person, but also a good person through his unconditional love for Karen”. Cette phrase éclaire magnifiquement cette œuvre. Deeze est presque littéralement le “devil” du titre : un provocateur, un saboteur, un être difficile à saisir. Mais son regard vers Karen, leur plaisir partagé, cette complicité silencieuse entre eux, empêchent de le réduire à cela.
C’est peut-être l’une des grandes forces de Ferris : chez elle, le monstre n’est jamais seulement le monstre. Il est aussi celui qui porte une blessure, celui qui refuse les conventions, celui qui survit, celui qui aime malgré tout. Dans cette scène, Deeze incarne quelque chose de profondément ferrisien : une forme de monstruosité tendre, drôle, dangereuse peut-être, mais traversée par un lien indestructible avec Karen.
La Galerie Martel mentionne par ailleurs, dans son communiqué de presse, que Deeze est inspiré du père de Ferris, lui-même artiste. Ce détail donne à la scène une résonance plus personnelle encore. On peut alors lire ce dessin non seulement comme un moment narratif, mais aussi comme une variation intime sur la famille, l’héritage artistique, l’insolence créatrice et les contradictions de ceux que l’on aime.
Sur le plan technique, le dessin est stupéfiant. Tout est réalisé au stylo bille, avec ces hachures minutieuses, presque obsessionnelles, si caractéristiques d’Emil Ferris. Les visages de Deeze et Karen semblent sculptés par des milliers de lignes. Deeze surgit de l’ombre avec son sourire inquiétant, tandis que Karen, avec son visage de petit monstre, apparaît à la fois complice, enfantine et profondément attachante. Même les bulles laissées vides semblent prolonger le mystère de la scène : on entend presque le vacarme familial sans qu’il soit nécessaire de le lire.
Le langage visuel de Ferris est immédiatement reconnaissable : virtuose et intime à la fois, nourri par la culture populaire, les monstres, l’histoire de l’art, la mémoire familiale et la douleur. Mais ce qui me frappe le plus, c’est que cette virtuosité ne devient jamais froide. Chaque trait semble chargé d’empathie. Ferris transforme l’horreur, la perte et la marginalité en quelque chose de profondément humain.
Emil Ferris m’a fait une impression très chaleureuse : empathique, attentive, présente, quelqu’un qui entre réellement en contact avec l’autre. Dans mon exemplaire de My Favorite Thing Is Monsters, elle a écrit qu’elle espérait que l’amour et l’art suffiraient à guérir le monde. Cette phrase m’est restée. Elle résonne d’autant plus fortement quand on connaît son propre parcours : après la maladie, ce sont aussi l’amour — notamment celui de sa fille — et l’art qui l’ont aidée à revenir au dessin, au monde, à elle-même.
La scène tourne autour de Deeze, le frère aîné de Karen, qui, avec son regard malicieux et presque diabolique, savoure pleinement son petit acte de rébellion. Il a discrètement modifié les tableaux achetés par leur mère en y ajoutant des détails irrévérencieux. Leur mère est furieuse, mais c’est précisément cette colère qui rend le moment si savoureux pour les enfants. Ce n’est pas seulement une bêtise : c’est un jeu, une provocation, une manière de détourner l’ordre adulte, mais aussi une forme de création clandestine. Chez Ferris, l’art n’est jamais très loin de la désobéissance.
Ce qui me touche surtout, c’est la façon dont la scène change de tonalité lorsque l’on sait à quel point la figure maternelle est importante dans My Favorite Thing Is Monsters, et comment sa maladie puis sa disparition se superposent ensuite au souvenir. Cette image devient alors plus qu’une plaisanterie familiale. Elle devient une image-souvenir : le souvenir espiègle d’une mère capable de se fâcher, de crier, d’occuper l’espace, et qui, précisément pour cette raison, reste intensément vivante. Un souvenir heureux, et en même temps triste. Comme si Ferris montrait ici que le bonheur, la colère, l’amour et la perte peuvent coexister dans un même dessin.
Deeze est au centre de cette ambiguïté. Lors d’une séance de dédicace, j’ai eu la chance de pouvoir parler avec Emil Ferris. À propos de Deeze, elle m’a dit qu’il était “a real bad person, but also a good person through his unconditional love for Karen”. Cette phrase éclaire magnifiquement cette œuvre. Deeze est presque littéralement le “devil” du titre : un provocateur, un saboteur, un être difficile à saisir. Mais son regard vers Karen, leur plaisir partagé, cette complicité silencieuse entre eux, empêchent de le réduire à cela.
C’est peut-être l’une des grandes forces de Ferris : chez elle, le monstre n’est jamais seulement le monstre. Il est aussi celui qui porte une blessure, celui qui refuse les conventions, celui qui survit, celui qui aime malgré tout. Dans cette scène, Deeze incarne quelque chose de profondément ferrisien : une forme de monstruosité tendre, drôle, dangereuse peut-être, mais traversée par un lien indestructible avec Karen.
La Galerie Martel mentionne par ailleurs, dans son communiqué de presse, que Deeze est inspiré du père de Ferris, lui-même artiste. Ce détail donne à la scène une résonance plus personnelle encore. On peut alors lire ce dessin non seulement comme un moment narratif, mais aussi comme une variation intime sur la famille, l’héritage artistique, l’insolence créatrice et les contradictions de ceux que l’on aime.
Sur le plan technique, le dessin est stupéfiant. Tout est réalisé au stylo bille, avec ces hachures minutieuses, presque obsessionnelles, si caractéristiques d’Emil Ferris. Les visages de Deeze et Karen semblent sculptés par des milliers de lignes. Deeze surgit de l’ombre avec son sourire inquiétant, tandis que Karen, avec son visage de petit monstre, apparaît à la fois complice, enfantine et profondément attachante. Même les bulles laissées vides semblent prolonger le mystère de la scène : on entend presque le vacarme familial sans qu’il soit nécessaire de le lire.
Le langage visuel de Ferris est immédiatement reconnaissable : virtuose et intime à la fois, nourri par la culture populaire, les monstres, l’histoire de l’art, la mémoire familiale et la douleur. Mais ce qui me frappe le plus, c’est que cette virtuosité ne devient jamais froide. Chaque trait semble chargé d’empathie. Ferris transforme l’horreur, la perte et la marginalité en quelque chose de profondément humain.
Emil Ferris m’a fait une impression très chaleureuse : empathique, attentive, présente, quelqu’un qui entre réellement en contact avec l’autre. Dans mon exemplaire de My Favorite Thing Is Monsters, elle a écrit qu’elle espérait que l’amour et l’art suffiraient à guérir le monde. Cette phrase m’est restée. Elle résonne d’autant plus fortement quand on connaît son propre parcours : après la maladie, ce sont aussi l’amour — notamment celui de sa fille — et l’art qui l’ont aidée à revenir au dessin, au monde, à elle-même.
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A propos de Emil Ferris
Emil Ferris est une dessinatrice américaine qui a surtout travaillé dans l'illustration.
Elle acquiert une notoriété soudaine comme auteure de bande dessinée en 2017 avec Moi, ce que j'aime, c'est les monstres (My Favorite Thing Is Monsters), récit de plus de 800 pages publié par Fantagraphics mettant en scène Karen Reyes, petite fille qui cherche à résoudre le meurtre de sa belle voisine juive dans le Chicago des années 1960.