In Jan  's collection
Construire by Marionne Fayolle - Comic Strip
31 

Construire

Comic Strip
2024
Ink
Transfert d'encre et encre de Chine
26 x 35.5 cm (10.24 x 13.98 in.)
Added on 4/4/26
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Marion Fayolle : L’Architecture du Théâtre Muet

Marion Fayolle est une artiste visuelle et conteuse qui échappe aux formes classiques de la bande dessinée. Son œuvre se situe à la lisière de la poésie et du théâtre. Formée aux Arts Décoratifs de Strasbourg, elle a développé un regard original : elle ne se contente pas de représenter, elle « pense » par l’image. Elle décrit son processus créatif comme une superposition de calques mentaux, créant en permanence des collages et des analogies visuelles.

Pour Fayolle, le dessin est un langage du corps. Ses personnages, qu’elle appelle ses « pantins » ou ses « miniatures », s’expriment par la posture et le mouvement. Elle privilégie une approche résolument artisanale, utilisant des techniques d'impression qui laissent place à l'erreur et à l'imprévu. Ce choix technique donne à son trait une fragilité vibrante, loin de la perfection froide du numérique.

Construire : Un manifeste de l'intime

Dans cette œuvre intitulée Construire, Marion Fayolle nous invite sur le chantier de son imaginaire. La structure de bois — à la fois paravent domestique et squelette d’une planche de dessin — devient le point de jonction où ses pensées prennent corps. On peut y lire une mise en abyme de son propre travail : ces petits acteurs-artisans qui s’activent pour remplir les compartiments sont les doubles de l’artiste elle-même, assemblant les fragments d'un monde en devenir.

S’inscrivant dans une lignée d’artistes femmes — telle une Leonora Carrington qui transformait la cuisine en laboratoire alchimique pour explorer l'invisible — Fayolle utilise ici le cadre domestique comme un théâtre des profondeurs. Le paravent n'est plus un simple meuble, mais une structure permettant d'organiser l'impalpable. Un personnage suspend un ciel d’azur comme on tend un drap ; un autre installe avec soin le panneau d’un couple qui s’embrasse.

Cette architecture de l’intime transforme les sentiments en objets manipulables. Il y a quelque chose de profondément poignant dans le spectacle de ces êtres minuscules manipulant des concepts aussi vastes que l'horizon ou l'amour comme de simples accessoires de théâtre. Fayolle nous montre que construire son décor, c'est avant tout apprendre à habiter sa propre vie.

Cette clarté rappelle les planches dominicales de Gasoline Alley de Frank King (dont Chris Ware est un grand admirateur). On pense à ces pleines pages des journaux américains des années 1920, dont la splendeur graphique incitait les lecteurs à les découper précieusement pour les conserver. Chez Fayolle, on retrouve cette même noblesse du papier et de l'encre, où la matité de la couleur souligne la poésie du geste.

Le décor est désormais gréé. Les horizons sont accrochés, les cloisons sont fixées. Il ne nous reste plus qu’à prendre place dans le velours rouge de nos sièges pour regarder la vie de ces acteurs se délier, portée par la structure de ce monde que l’on vient, sous nos yeux, de bâtir.

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