In mariol 's collection
Malaterre - planches 30 à 33 by Pierre-Henry Gomont - Comic Strip
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Malaterre - planches 30 à 33

Comic Strip
2018
Mixed Media
Encre de chine, crayons de couleur, bic et gouache - immédiatement restaurées avec du papier japon pour une conservation au top
35 x 50 cm (13.78 x 19.69 in.)
Dimensions pour chaque double planche
Restauration pour conservation avec du papier japon
Idem et ma restauratrice est une vraie perle !

Description

Deux double planches hautes en couleur, enfin en n&b, représentant l’arrivée des enfants de Gabriel sur les chapeaux de roue dans la forêt équatoriale.

Inscriptions

Signé en bas à droite sur chaque double planche

Comment

Malaterre de Pierre-Henry Gomont

Malaterre, c’est avant tout l’histoire d’un homme, d’un père : Gabriel. Et de celle entre un père et son fils.
Ce dernier aurait pu se prénommer Pierre-Henry, mais il n’en est rien. Ici, le fils se prénomme Simon car Pierre-Henry Gomont puise dans son histoire, ses histoires (tantôt expatrié en Afrique, tantôt garde forestier en Amazonie, tantôt fils de son père, tantôt frère d’une fratrie) pour nous livrer une biographie romancée aux saveurs douces et amères.

Malaterre fait partie de ces rares lectures qui ne peuvent vous laisser indifférent. Divisée en chapitres, l’histoire rondement bien menée plonge le lecteur dans les méandres de ce personnage au physique de Serge Gainsbourg et qui se dévoile peu à peu menteur, roublard, alcoolique, colérique, fumeur invétéré et j’en passe.
Marié et père de trois enfants, Gabriel cassera tout au long de sa vie tout ce qu’il a de plus précieux… en allant jusqu’à enlever deux de ses enfants pour les emmener dans un domaine forestier, son domaine forestier : Malaterre, un joyau au cœur de la forêt équatoriale fondé puis perdu par ses aïeux. Car oui, Malaterre, c’est avant tout une histoire de famille, une histoire de succession... d’héritage.

J’ai découvert le travail de Pierre-Henry Gomont à la sortie de Nuits de Saturne. De la découverte de quelques planches sur le net, je me suis étrangement retrouvé à une séance de dédicace alors que je n’achetais plus de bande dessinée ! Pire encore, je m’y suis rendu sans avoir lu une seule page. Du jamais vu ! Nous avons longuement discuté et ce fut clairement un moment fort agréable.
Je dois avouer être ensuite passé à côté de Pereira prétend, le pitch ne m’ayant pas suffisamment alléché lors de sa sortie. Lisbonne en pleine dictature salazariste fin juillet 1938, ce n’était pas mon kiff du moment et c’est chose réparée depuis car je l’ai acheté et dévoré !
Et pour Malaterre, ce fut assez simple. Je me suis tout bonnement rué dessus. J’adore voyager, les couleurs sont somptueuses, le découpage alléchant, la couverture accrocheuse et les histoires de famille, c’est intemporel et universel. Cela parle à tout le monde. Et là, quelle claque ! Il s’agit tout simplement de ma plus belle lecture de 2018 et probablement de ces dernières années.

Pierre-Henry Gomont est un auteur complet et Malaterre en est le parfait exemple. Le traitement graphique est à tomber et la narration à couper le souffle. Le graphisme et la narration s’entremêlent, se portent mutuellement… c’est frais, vif, incisif et très plaisant à lire. Tout y est très juste… au point d’en arriver, par exemple, à faire preuve d’empathie pour ce bougre de Gabriel. Pour dire ! Vraiment grandiose !

Grand Prix RTL 2018, prix du jury BDGest'Arts 2018, finaliste Canalbd 2018, ACBD 2019, Fnac 2019 et au Fauve d’or du meilleur album 2019 à Angoulême. Toutes ces sélections et récompenses, ce n’est pas rien ! La profession est unanime.
Coté public, je crois que c’est aussi sans appel : 4,4 sur 5 sur Bedetheque et 4,8 sur 5 sur Amazon.
Lisez-le et, à votre tour, vous serez vous aussi conquis !


Exposition à la galerie Barbier&Mathon du 18 janvier au 16 février 2019

Pourquoi un tel achat ? Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus pardi ! Mais pas que.
Cela faisait déjà quelques années que je zieutais les originaux de Pierre-Henry Gomont et sans succès (même si c’était un peu de loin, il faut l’avouer). Et voilà qu’une exposition est organisée à la galerie Barbier&Mathon et sur Malaterre en plus ! Ay, caramba !
Je ne peux malheureusement m’y rendre le soir du vernissage et j’attends avec une certaine impatience le week-end. J’avais vu une double planche qui me plaisait beaucoup, mais je voulais la voir de visu avant de craquer. Acheter du n&b sur la base d’un scan mis en ligne, merci mais non merci. Impossible de se rendre compte à quel point l’encrage pourra être à la hauteur et éveiller une quelconque émotion.
Une fois sur place, je découvre beaucoup de points rouges. Vraiment beaucoup. Et surtout un encrage qui me parle ! La double planche qui me faisait de l’œil était encore disponible. Une chance ! Et puis, j’en vois une autre très plaisante, très désirable même. J’hésite pendant plus d’une heure et je craque finalement pour cette dernière.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle met à l’honneur la relation entre Gabriel et Simon qui est, pour moi, le cœur du sujet. Et puis, de la plus belle des manières avec ce huit clos voituresque sitôt débarqué de l’avion. Une vraie rupture ! Autre lieu, autres mœurs ! Exit le Gabriel charmeur et prévenant de l’avant départ et bonjour au Gabriel odieux et délaissant illico presto ses enfants, et plus particulièrement son fils, au profit de son domaine… de l’obsession qu’il a pour son domaine… mais aussi l’argent et l’alcool ! Et pour couronner le tout, il y a la forêt, la fumée/flamme de cigarette, la voix off et les bulles graphiques si caractéristiques de cette histoire ! Bref, cette double planche avait tout pour me plaire.

Qui n’a jamais vécu une histoire avec son père dans la voiture familiale ? C’est universel !

Mais le plaisir ne s’est pas arrêté là. Il s’est avéré quelques jours plus tard que la double planche située juste avant a été remise en vente suite au désistement de son acheteur qui en a finalement choisie une autre. Un grand merci à lui car ces deux double planches se complètent à merveille. Il y a un début et une fin et le tout est magnifiquement mis en valeur avec ce fil conducteur qu’est le pick-up… ou son conducteur, Louk, je ne saurai dire !

Un huit clos dantesque qui se déroule sur les chapeaux de roue !

Cette séquence est incroyable. Elle concentre tout ce que j’aime dans cette histoire. Le graphisme est top avec notamment deux belles grandes cases avec de la végétation, des palmiers et la forêt. Gabriel y est haut en couleur, complètement démesuré et au langage particulièrement fleuri. Et la narration n’est pas en reste. Les dialogues, incisifs et savoureux, sont embellis par la voix off et ces bulles graphiques dont je ne me lasse pas. Quelle trouvaille ! Une très belle séquence équatoriale du début de l’album qui permet de bien planter le décor et les personnages et qui finit sur une note positive. Que demander de plus !

Décodage d’un «quadriptyque» bien millimétré

Le graphisme est riche, intense, contrasté, vif et dynamique.
La narration est à l’image de Gabriel : explosive ! Et la taille des lettres est bien là pour nous le rappeler.
Et le découpage n’est pas en reste.

Avec cette ouverture en trombe, Pierre-Henry Gomont plante immédiatement le décor. Nous y sommes. Fini la vie française et ses immeubles. Place à la brousse et aux petites habitations au toit de tôle ondulée. Et que dire de ce pick-up en plein virage qui semble crisser des pneus et soulever un nuage de poussières ? Qu’il est tout simplement à l’image de son propriétaire Gabriel. Et quoi de mieux qu’une citation de son créateur, issue d’une interview pour le Figaro, pour en parler : «Gabriel est un homme atrabilaire qui avance à 200 à l’heure, analyse-t-il. C’est pour cette raison que lorsque je dessine la voiture, elle penche. Gabriel crée le déséquilibre partout où il passe. C’est un être véhément, absolument pas fait pour ce pays, qui brusque tout.».
Cette première grande case annonce ainsi un moment pesant et explosif à venir et c’est le moins que l’on puisse dire. S’ensuivent trois demie-planches graphiquement bien équilibrées et qui se terminent sur le pick-up qui semble toujours tracer sa route de façon chaotique. Sur cette première double planche, la scène se déroule exclusivement à l’avant du véhicule et on découvre Gabriel questionnant Louk, le directeur d’exploitation du domaine, sur son entrevue avec la banque compte tenu de la visite de Massangelli, un potentiel investisseur. Louk y apparait calme et placide, à l’opposé donc de ce cher Gabriel qui monte très rapidement dans les tours ! Ici, Pierre-Henry Gomont s’amuse à changer les angles de vue pour rythmer la séquence. Tantôt de profil ou de face, tantôt seul ou à deux, ça balance pas mal dans ce pick-up ! Une petite mention spéciale pour la plus petite des cases de cette double planche, située en haut et au milieu de la planche de droite, et qui pourrait passer inaperçue face à ses consœurs de plus grande envergure. On y découvre un portrait de Gabriel avec une fumée de cigarette d’humeur «sombre», les bulles débordant sur une case voisine, à droite bien évidemment par souci de lecture, et les épaules à droite et à gauche aussi ! Autant dire que Gabriel prend vraiment beaucoup de place !

Changement d’ambiance pour la double planche suivante. Celle-ci commence pourtant à l’image de la fin de la précédente, avec le pick-up en déséquilibre donc… mais de face et en pleine descente cette fois-ci. Une descente en roue libre peut-être ? Une seule certitude, le pick-up descend, mais pas Gabriel ! Il bloque toujours sur la situation et surtout sur un morceau de phrase de Louk : « en discussion ». Et avec lui, aucune discussion possible et que ce soit pour Louk ou pour Simon assis à l’arrière du véhicule.
Dans la planche de gauche, Louk disparaît donc au profit de Simon. Gabriel est dorénavant vu de l’arrière du véhicule et les cadrages se focalisent sur les attitudes et expressions de Simon, notamment renforcées par les bulles « nuage pluvieux » et « poids de 100 kg ». Celui-ci tente de manifester une certaine lassitude, voire de l’agacement. Mais, nous ne saurons jamais de quel ressentiment il était réellement animé, Gabriel ayant balayé d’un revers de main, ou plutôt d’un tour de tête, cette éventualité. Ce tour de tête en case six constitue un des petits détails intéressants de cette planche. Mais, il y a aussi les magnifiques dents crispées en case quatre que je trouve fabuleuses et la bulle avec les flammes en première case. D’ailleurs, que faut-il en penser de cette bulle enflammée ? Elle émane de Gabriel ? De Simon ? Ou tout simplement du pick-up lui-même pour rappeler que l’ambiance générale n’est pas à la fête ? Je ne saurai dire. Toujours est-il que l’arrivée dans la forêt équatoriale apparaît bien abrupte pour le fiston !
En guise de clôture, la planche de droite continue d’accentuer encore un peu plus la rupture déjà opérée avec la double planche précédente. Ici, nul doute que Pierre-Henry Gomont nous offre une planche singulière. Trois strips… trois cases… une grande case centrale bien dense au milieu de deux panoramiques plus imagés. Pas courant comme découpage ! Et pour finir en beauté, cette dernière planche s’ouvre avec l’arrivée de la voix off. Enfin ! Le narrateur reprend la main sur les discussions - enfin pour être plus précis le monologue de Gabriel - afin de nous introduire le caractère obsessionnel de son ami. Et quel cheminement de pensée magnifiquement mis en image ! À vous donner le vertige ! Ou la nausée ! Au choix !
Puis, vient enfin la plus grande des ruptures, celle survenant après une légère accalmie bien méritée. Grâce à la bienveillance de Louk, Simon et sa sœur finissent à l’arrière du pick-up et peuvent enfin profiter du spectacle qui leur est offert : découvrir à sa juste valeur la faune et la flore de cette forêt équatoriale, berceau du domaine familial. Avec toute cette végétation, ce singe qui fait office de vache locale et ce pick-up enfin bien campé sur la route, les deux dernières cases apparaissent bien reposantes et cette petite bouffée bucolique permet enfin aux protagonistes mais aussi au lecteur de reprendre son souffle.

Voilà, c’est ça Malaterre : un ascenseur ascensionnel ! Une lecture immersive qui fait que l’on passe par bien des émotions.

Publications

  • Malaterre
  • Dargaud
  • 09/2018
  • Page 30-33
  • Malaterre
  • Dargaud
  • 09/2018
  • Page 30-33

About Pierre-Henry Gomont

Pierre-Henry Gomont is a French comic artist, who lives in the Paris region. He made his debut in 2011 with 'Kirkenes', a graphic novel written by Jonathan Châtel and published by Les Enfants Rouges. Manolosanctis released his solo work 'Catalyse' in that same year. He then worked with writer Éric Borg on the crime comic 'Crematorium' (Kstr, 2012), and with Eddy Simon on 'Rouge Karma' (Sarbacane, 2014). He made an adaptation of the Marcus Malte novel 'Les Nuits de Saturne' for Sarbacane in 2015. Prior to becoming a comic artist, he was a sociologist, and he uses his experiences from this field to give his stories an ethnographic and social dimension. Text (c) Lambiek

12 comments
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MV9957 Planches magnifiques et commentaire comme un fleuve puissant et débordant.
Jan 2, 2020, 8:19 AM
DersouOuzala Beau carré d'as !
May 11, 2019, 7:43 PM
Bobby75 Un excellent souvenir de lecture ! Mais aussi d'une rencontre avec un auteur (chez BM aussi ;) très sympathique ! Et un grand merci pour ce long et beau commentaire !!! Bravo :)
May 11, 2019, 2:24 PM
Barleycorn Félicitations, une belle séquence pour une bonne BD !
May 11, 2019, 11:23 AM
Lechat C est en effet un très bel album. Les planches sont toutes très riches. Et bravo pour ce commentaire fouillé.
May 11, 2019, 9:08 AM
TontonCalou Une séquence bien choisie...pour une très bonne BD !
May 10, 2019, 11:04 PM
Difool Ça, c'est du commentaire de passionné !
May 10, 2019, 10:20 PM
mary Nice shot !
May 10, 2019, 9:48 PM
TT PHG dessine toutes ses planches 2 par 2 ? C'est quoi cette restauration au papier japonais ? Peux tu nous expliquer stp ?
May 10, 2019, 9:44 PM
jfmal Magnifiques planches et superbe commentaire pour un album hors norme!
May 10, 2019, 8:56 PM
Inkdelirium Top top top !
May 10, 2019, 8:35 PM
SupHermann Du beau excellent rapport qualité/prix
May 10, 2019, 8:30 PM