In Jan 's collection
Description
Coume Aco
Comment
En un mot, c’est de la poésie. Vous pouvez presque sentir les soirées d’été en montagne à travers ce dessin qui est à peine une suite de traits et d’ombres, mais aussi précis et sensuel qu’un souvenir d’enfance.
Les enfants s’éloignent du sang d’un bœuf abattu en rejoignant leur grand-père pour regarder ensemble le coucher du soleil. « Ooouw la bastardaille » lance le grand-père à ses neveux.
Le grand-père observe, goûte l’air, froisse une feuille, mâchonne un brin d’herbe, et annonce : « Il fera beau. » Une prévision météorologique fondée non sur la science, mais sur le ressenti, qui devient la matière même de la conversation entre villageois — cette parole qui circule et relie.
Dans cette scène, Baudoin capture l'essence d'une transmission qui s'efface : celle d'un grand-père qui, par sa patience et son observation silencieuse, plante une graine d'attention chez son petit-fils. C’est cette « empreinte douce », née du vide et de la lenteur, qui forge une âme pour toute une vie. À l'heure de l'aliénation numérique, où l'écran remplace le regard porté sur l'horizon, l'œuvre de Baudoin agit comme un rempart. Elle nous rappelle ce que le monde perd lorsque les grands-pères ne peuvent plus transmettre ce lien charnel et sensoriel à la terre.
Pas étonnant que Baudoin ait inspiré toute une génération de dessinateurs et de conteurs. En leur apprenant à « dessiner avec leurs tripes », il leur a surtout appris à regarder en eux-mêmes, prolongeant ainsi le geste de son propre aïeul.
En effet, plusieurs auteurs de bande dessinée contemporaine reconnaissent en lui une figure tutélaire :
Craig Thompson (Blankets) évoque son admiration : « Il m’a montré que la bande dessinée pouvait être intime, charnelle, pleine de silences. »
David B. affirme : « C’est Baudoin qui nous a montré qu’on pouvait dessiner ce qu’on vivait, et que cela avait une valeur artistique. »
Frédéric Pajak souligne cette profondeur : « Chez Baudoin, l’image pense, elle se souvient, elle aime. »
Alfred déclare : « Baudoin m’a donné la permission de dessiner avec mes tripes. »
Aude Picault ajoute : « Il m’a appris qu’un trait peut respirer, qu’il peut dire sans expliquer. »
Cette constellation d’artistes témoigne d’un héritage vivant : la poésie de Baudoin nous permet de goûter à nouveau à cette calme profond et de retrouver la présence protectrice de nos racines.
S’il était né au Japon, Baudoin aurait sans doute été reconnu comme l’un de ces « trésors nationaux vivants » — non pour une œuvre fixée, mais pour sa capacité à rendre chaque trait, chaque ligne, chaque silence signifiant. Il travaille comme les maîtres du sumi-e, non pour représenter, mais pour incarner. Chez lui, le dessin est respiration. Il capte l’instant sans le figer. Il trace la vie sans la refermer.
Les enfants s’éloignent du sang d’un bœuf abattu en rejoignant leur grand-père pour regarder ensemble le coucher du soleil. « Ooouw la bastardaille » lance le grand-père à ses neveux.
Le grand-père observe, goûte l’air, froisse une feuille, mâchonne un brin d’herbe, et annonce : « Il fera beau. » Une prévision météorologique fondée non sur la science, mais sur le ressenti, qui devient la matière même de la conversation entre villageois — cette parole qui circule et relie.
Dans cette scène, Baudoin capture l'essence d'une transmission qui s'efface : celle d'un grand-père qui, par sa patience et son observation silencieuse, plante une graine d'attention chez son petit-fils. C’est cette « empreinte douce », née du vide et de la lenteur, qui forge une âme pour toute une vie. À l'heure de l'aliénation numérique, où l'écran remplace le regard porté sur l'horizon, l'œuvre de Baudoin agit comme un rempart. Elle nous rappelle ce que le monde perd lorsque les grands-pères ne peuvent plus transmettre ce lien charnel et sensoriel à la terre.
Pas étonnant que Baudoin ait inspiré toute une génération de dessinateurs et de conteurs. En leur apprenant à « dessiner avec leurs tripes », il leur a surtout appris à regarder en eux-mêmes, prolongeant ainsi le geste de son propre aïeul.
En effet, plusieurs auteurs de bande dessinée contemporaine reconnaissent en lui une figure tutélaire :
Craig Thompson (Blankets) évoque son admiration : « Il m’a montré que la bande dessinée pouvait être intime, charnelle, pleine de silences. »
David B. affirme : « C’est Baudoin qui nous a montré qu’on pouvait dessiner ce qu’on vivait, et que cela avait une valeur artistique. »
Frédéric Pajak souligne cette profondeur : « Chez Baudoin, l’image pense, elle se souvient, elle aime. »
Alfred déclare : « Baudoin m’a donné la permission de dessiner avec mes tripes. »
Aude Picault ajoute : « Il m’a appris qu’un trait peut respirer, qu’il peut dire sans expliquer. »
Cette constellation d’artistes témoigne d’un héritage vivant : la poésie de Baudoin nous permet de goûter à nouveau à cette calme profond et de retrouver la présence protectrice de nos racines.
S’il était né au Japon, Baudoin aurait sans doute été reconnu comme l’un de ces « trésors nationaux vivants » — non pour une œuvre fixée, mais pour sa capacité à rendre chaque trait, chaque ligne, chaque silence signifiant. Il travaille comme les maîtres du sumi-e, non pour représenter, mais pour incarner. Chez lui, le dessin est respiration. Il capte l’instant sans le figer. Il trace la vie sans la refermer.
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About Edmond Baudoin
Edmond Baudoin (born 23 April 1942 in Nice) is a French artist, illustrator, and writer of sequential art and graphic novels.