In Lougal 's collection
Conan par Jeff Jones - Original Cover
715 

Conan par Jeff Jones

Original Cover
1972
Pencil
28 x 38 cm (11.02 x 14.96 in.)
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Conan_Windsor-Smith
Conan_Frazetta
Conan_Kane
Conan_Vallejo

Description

Etude finale pour la couverture de Fantastic Science Fiction & Fantasy Stories, livraison d'août 1972 célébrant le 20ème anniversaire du périodique. Elle représente Conan le Barbare, héros du récit "The Witch of the Mists" (Le sorcier des brumes) publié dans ce volume et écrit par L. Sprague deCamp & Lin Carter. Dessin au crayon graphite sur papier.

Inscriptions

Monogramme de l'artiste dans la partie inférieure gauche du dessin

Comment

J'ai lu quelque part une brève description de ce dessin: " Puissante représentation de Conan le Barbare, brandissant farouchement son glaive dans les airs. L'utilisation magistrale et subtile de nuances sourdes et ombrées créent une image qui évoque plutôt une couverture de livre relatant les aventures de Conan, tout en lui conférant l'allure majestueuse d'un roi."
J'avoue que cette description ne me satisfait qu'à moitié. Car en dépit du port de tête royal, du glaive levé, de la musculature puissante du personnage, rien n'évoque les athlètes auxquels nous ont habitués les dessinateurs de Conan. Que l'on pense aux couvertures de Windsor-Smith, de Buscema, de Frazetta ou encore de Kane, Kubert et autres Royo et Vallejo, qui mettent en scène des athlètes hyper-stéroïdés, pour se rendre à l'évidence: le Conan de Jeffrey-Jones ne fait pas le poids. Face au sauvage de Frazetta ou de Buscema, il fait figure de fillette. Sonja la Rouge elle-même n'en voudrait pas pour petite soeur.
En fait ce qui fascine ici, c'est l'ambivalence des signes. Ambivalence qui est d'ailleurs la marque distinctive des oeuvres de Jones. Masculin et féminin ne sont plus une polarité tendue à l'extrême comme dans certaines peintures de Frazetta (composition en pyramide, le guerrier définit une verticalité qui surplombe, la créature féminine qui l'accompagne est placée sous sa protection, soit à ses pieds, toute en courbes et soumise, soit à ses côté, mais en retrait). Chez Jones masculin et féminin sont symbiotiques, et dans ce Conan, ils se donnent vie l'un l'autre de la même façon que Yin et Yang se génèrent réciproquement dans la fameuse figure du Taijitu taoïste. Catherine Jeffrey Jones est déjà toute entière, me semble-t-il dans ce Conan. Le sorcier des brumes brouille les apparences et déstabilise le réel.
A ma connaissance, voici le premier Conan androgyne et "transgenre". Les signes abondent. Il faut, par exemple, peu de temps à l'oeil pour identifier, dans la masse sombre à gauche de la page, un triangle dont la pointe coïncide avec la main gauche du héros. Cette pointe se prolonge assez curieusement d'un trait - fourrure, ou cheveux - qui va s'amincissant jusqu'au bord droit de la page. Le monogramme est placé juste en dessous de cette ligne ombrée, comme un tatouage sur une peau blanche. Ainsi, à la traditionnelle composition en pyramide pointant vers le haut, l'artiste oppose une autre composition triangulaire: celle d'un Y couché sur le côté et dont le V serait noirci de traits évoquant une chevelure, un pelage, une toison. Composition consciente ou inconsciente ? En tous cas, le lecteur familier d'Ydil ou de Dydl ne serait pas plus étonné que cela d'y voir posée l'équation à deux inconnues, X et Y, dont l'oeuvre de Jones est une constante tentative de résolution.

Vu sous cet angle, l'illustration se pare de significations troublantes. Le corps vertical planté à la pointe du triangle interroge. Quelle est la nature de ce qui se dresse? Et ce glaive, somme toute assez mollement tenu, de quoi est-il le symbole ? On s'étonne aussi de la présence d'une boucle d'oreille en forme de croissant lunaire - référence dans l'antiquité greco-romaine à la déesse Diane. D'autres détails encore laissent songeurs tels la chevelure dont la position haute sur un front totalement dégagé donne à penser qu'il pourrait s'agir d'un postiche, ou encore la légère féminisation du visage (yeux, sourcil gauche, bouche), ou enfin cette main gauche, mollement cambrée, doigts dépliés comme un éventail, prête plus à prodiguer une caresse qu'à serrer la gorge d'un ennemi ainsi que cette étonnante posture de la jambe gauche, plus provocatrice que guerrière. Avons-nous là sous les yeux le travestissement d'une icône? Un Conan travesti ? La comparaison avec d'autres représentations du guerrier (voir images jointes) étaye l'hypothèse.

Des détails supplémentaires viennent accentuer l'étrangeté de ce portrait. Sans que la cause en soit claire (fourrure enveloppant Conan, ombres portées, ...),il se trouve que le jeu de contrastes obscurité/clarté aboutit à une segmentation du corps du héros: avant bras gauche, côtés du torse, cuisse et molet gauches sont comme séparés. Sont-ils le symbole ou le fantasme d'un corps mutilé ? On pourrait le soutenir en se remémorant la courte fable cannibale de Jones intitulée "A Gnawing Obsession". Dans ce récit un mari hors de lui se retrouve enfermé avec sa femme dans une cave, et la découpe pour la dévorer morceau par morceau, avant de finir par se dévorer lui-même.
Autres détails: ces taches sombres au poignet de la main gauche, à la paume de la main droite, au genou gauche; sont-ils simplement les marques de points d'articulation ou bien les stigmates d'un corps supplicié, à soi-même sa propre croix ?
Autant de suppositions que l'on pourra trouver quelque peu "tirées par les cheveux". Elle n'en restent pas moins plausibles tant il est vrai que la structure et la texture des dessins et des peintures de Jones ouvrent un espace considérable à l'imagination du lecteur. Et c'est là l'une des grandes richesses de son oeuvre.
Je viens tout-à-coup de voir surgir du dessin un contexte qui rendrait compte de façon bien plus satisfaisante de la posture de Conan. Il est sur son cheval, le torse tourné vers ses troupes pour les haranguer ou vers ses ennemis pour les défier... Je suis quoiqu'il en soit preneur de tout avis et commentaire me permettant d'y voir plus clair...

3 comments
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About Jeff Jones

In 1972, Jeff Jones began his long running comic 'Idyl', which ran in every issue of the National Lampoon until August 1975. 'Idyl' is a romantic, poetic collection of words, which sometimes confuses the reader who has already fallen for his delicious pen work. In 1975, Jones founded the Studio together with Berni Wrightson, Barry Windsor-Smith and Michael Kaluta. There they produced posters, portfolios and illustrations for different publishers. In 1979, Dragon Dreams published the book, 'The Studio', which was devoted to the group's work. By the early 1980s he had a recurring strip in Heavy Metal titled 'I'm Age'. Jones' own work was reproduced in 'Yesterday's Lily' (Dragon Dreams 1980), which collects a number of his book covers, and 'Age of Innocence' (Underwood Books 1994) with his more romantic works. Jones had always felt he wanted to be a woman, and by 1998 he began hormone replacement therapy. After a period of personal problems, she started producing work again in 2004. Suffering from poor health, Jeffrey Catherine Jones passed away in May 2011.