Dans la collection de beboun7
André Gaudelette, Jean Ollivier, 1969 - Ryan l'Irlandais - Planche originale
15 

1969 - Ryan l'Irlandais

Planche originale
1969
Encre de Chine
36.5 x 52 cm (14.37 x 20.47 in.)
Ajoutée le 23/04/2026
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Description

Planche 12/20 de cet unique épisode de Ryan l'Irlandais paru dans Pif 35 (20/10/1969)

Commentaire

Retour d’André Joy à Vaillant (1969)

Richard Medioni (Vaillant, l’histoire complète) : « En 1969, nous essayons de faire revenir André Joy pour qu'il participe à l'aventure Pif Gadget. Jean Ollivier a écrit un scénario spécialement pour lui, Ryan l'Irlandais, une histoire de corsaires. Les deux auteurs passent au 126, rue La Fayette pour faire la connaissance de la nouvelle équipe et présenter les 20 planches de cette nouvelle série. L'émotion est profonde de part et d'autre. C'est l'un des rares auteurs du « vieux » Vaillant que je ne connais pas. P'tit Joc est un monument pour moi et je dis à André Joy toute mon admiration. Les planches qu'il apporte, de toute beauté, sont examinées avec attention par tous les membres de la rédaction, mais nous n'avons pas le courage de lui dire le fond de notre pensée.
Une fois Jean et André partis, on se consulte et nous avons tous la même opinion : le scénario de Jean et, surtout, les dialogues qui utilisent des tournures de phrase surannées pour donner une ambiance XVIIeme siècle ont un côté vieillot qui tranche avec le modernisme du journal. Ces dialogues renforcent l'impression d'un dessin un peu daté, même si celui-ci est superbe. Nous prenons alors, la mort dans l'âme, la décision de publier l'histoire (elle paraîtra dans le numéro 35 d'octobre 1969) mais de ne pas lui donner de suite. Une nouvelle occasion ratée...
»

Analyse graphique

La planche adopte un découpage classique et régulier, structuré en 3 strips. Le trait d’André Joy est fin, précis, très maîtrisé, avec un encrage net qui n’empiète jamais sur la clarté du dessin. Les contours sont fermes, rarement brisés, témoignant d’une grande sûreté professionnelle. Les ombres sont traitées de manière classique. Le contraste est présent mais jamais violent : Joy évite les masses noires envahissantes. Cette retenue confère à l’ensemble une grande élégance, mais aussi une certaine retenue expressive, là où les dessinateurs contemporains poussent davantage le clair obscur ou les effets de matière.

Les visages sont finement modélisés, avec une attention particulière portée aux expressions : regards, sourcils, plis du visage traduisent clairement les intentions et les émotions. Ryan est traité selon un canon réaliste idéalisé, visage harmonieux, chevelure souple, attitude noble, proche du héros de roman d’aventure classique. Les figures secondaires (marins, corsaires, officiers) sont typées sans tomber dans la caricature excessive. Joy privilégie les plans moyens et les gros plans, ce qui renforce le caractère psychologique et dialogué de la scène, mais ralentit visuellement l’action. Les corps sont correctement proportionnés, solidement construits, mais leur gestuelle reste relativement contenue et théâtrale. Même dans les scènes d’action (embarquement, combat, mouvement de foule), les poses demeurent lisibles et « posées ». Les décors — navire, ponts, architecture portuaire — sont rendus avec soin documentaire. Les éléments de bois, cordages, voiles et costumes témoignent d’une recherche historique sérieuse.
La planche est très dialoguée. Les bulles sont nombreuses et parfois volumineuses, occupant une place significative dans les cases. Le dessin semble souvent conçu pour accompagner le texte, plutôt que l’inverse.

Ce déséquilibre contribue au sentiment relevé par la rédaction de Vaillant : graphiquement superbe, mais au service d’un récit et de dialogues à la tonalité jugée « vieille école ». L’image n’est jamais en contradiction avec le texte, mais elle n’en propose que rarement une lecture autonome.

En 1969, ce style apparaît techniquement irréprochable, mais en décalage avec les recherches de modernité graphique, de rythme et de mise en scène alors attendues pour Pif. L’idée de départ était de faire Ryan l’Irlandais, corsaire, une nouvelle série pour Pif, avec des épisodes de 20 planches. Est-il possible que l’arrêt prématuré de celle-ci ait ouvert l’horizon à une série majeure de Pif ? Cette planche est publiée en octobre 1969. Début novembre, Georges Rieu rencontre Hugo Pratt au festival de Lucca en Italie. Trois mois plus tard, Pratt livrera à Rieu les premières planches des épisodes de Corto Maltese, pirate, de père originaire de Cornouailles ….

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A propos de André Gaudelette

André Gaudelette est un dessinateur français de bandes dessinées. Il commence sa carrière de dessinateur, sous le pseudonyme de André Joy, avec des travaux publiés par les éditions SAETL en 1947. En 1949, il rejoint les éditions Vaillant. Là il dessine les aventures de P'tit Joc à partir de 1952 et Jojo des rues en 1956 scénarisées par Jean Ollivier. En 1957, il part travailler pour les éditions Dargaud et Le Lombard où il reprend le personnage de Line dans le magazine éponyme. Dans les années 1960, il commence à collaborer avec les éditions Fleurus pour lesquelles il produira de nombreux récits publiés dans les revues Cœur-Vaillants, Âmes vaillantes, J2 Magazine et Djin. Dans le même temps il réalise des bandes-dessinées publiées dans les magazines Francs-Jeux, Nade, Lisette, Amis-Coop, etc. Il quitte le monde de la bande-dessinée en 1987.

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