In beboun7 's collection
1969 - Le concombre masqué
Ink
33 x 40 cm (12.99 x 15.75 in.)
Added on 4/21/26
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Description
Dernière planche du Concombre masqué parue dans Pif 32 du 29/09/1969
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Ayant reçu le Yellow Kid du Meilleur Auteur Étranger en 1972, le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1994 et le Prix du Patrimoine au Festival d’Angoulême en 2005, Mandryka est l’un des artistes et auteurs de bande dessinée qui ont marqué le 7e art.
Le Concombre masqué, c’est Mandryka, et Mandryka, c’est le Concombre : de ses débuts jusqu’aux dernières années, Mandryka en dessinera ces histoires. « C’est très simple, c’est juste que le Concombre, c’est moi ! Et je change tout le temps, comme tout le monde. Chaque fois que je changeais, je changeais aussi de support de presse, logiquement, et il repartait pour d’autres histoires où il était complètement différent. Il y a même une histoire qui s’appelle «Le Concombre tel qu’en lui-même toujours il change». »
Cette planche est la planche ultime du Concombre masqué parue dans Pif en 1969
« Ce n’est pas la rédaction qui nous a poussé dehors, la rédaction tenait beaucoup à nous. Mais il y avait un nouveau journal, lancé par Goscinny, qui allait beaucoup plus loin. (…) Et puis Pilote était l’un des meilleurs journaux du monde. (…) Comment ne pas vouloir en faire partie ? »
Le concombre meurt dans la planche précédente parue une semaine plus tôt. Dans celle-ci, en guise d’épilogue, sa disparition devient le moteur d’une réflexion sur la bande dessinée elle même.
Dans cette page, Mandryka orchestre une véritable mise en abyme graphique où la bande dessinée semble se regarder elle même se dissoudre. Tout commence par une étrange absence : celle du Concombre masqué, héros attendu qui n’apparaît pas. Cette absence n’est pas un manque anecdotique ; elle devient le fil directeur de toute la page. Rien, dans le décor minimaliste, ne vient combler ce vide. Le blanc domine, s’étend, grignote les contours comme si le monde dessiné se défaisait à mesure qu’on le lit. Les espaces nus, les horizons déserts, les lignes qui s’effacent : tout concourt à rappeler que le récit n’a plus de centre, qu’il flotte autour d’un trou laissé par le personnage disparu.
Pour compenser ce vide, Mandryka fait marcher une souris et un escargot, sorte d’ombres potagères qui traversent chaque vignette. Ces personnages portent une voix, une trace. Des porte paroles conscients de la fiction qu’ils habitent. À force de commenter ce qu’ils vivent, ils finissent par ressembler à une projection directe de l’auteur, des messagers qui savent qu’ils sont en train de jouer dans un monde fragile.
Mandryka accentue ce sentiment en jouant avec les cadres. Les cases ne sont plus des lieux clos, mais des membranes que le personnage frôle, bouscule, traverse presque. On a le sentiment d’un théâtre dont les coulisses deviennent visibles, d’un univers graphique qui ne cache plus ses coutures. Le lecteur, guidé par cette course incessante, découvre non seulement l’histoire, mais aussi la manière dont l’histoire tient debout, vacille, puis se fissure.
Peu à peu, le discours se retourne : l’escargot et la souris s’interrogent sur celui qui n’est pas là, se demandent qui était le Concombre, ce qu’il représentait, s’il fut jamais véritablement réel. Les questions ne sont plus seulement celles d’un protagoniste perdu, mais celles de la bande dessinée elle même. Une case, puis une autre, se vide, comme si la fiction se retirait. Le décor devient sable, puis plus rien. Et soudain, au terme de ce dépouillement, la vérité apparaît, simple, nue, presque vertigineuse : le Concombre n’était qu’un dessin, un ensemble de traits d’encre sur une page blanche.
À cet instant, Mandryka réduit le geste graphique à son essence. Le trait tremble légèrement, les contours deviennent improvisés, la signature affleure comme un rappel que l’univers entier qu’on vient de traverser ne repose sur rien d’autre que sur la main de celui qui trace. La bande dessinée se retourne sur elle même, s’observe avec un sourire mélancolique et avoue ce qu’elle est : une illusion acceptée, un petit miracle de papier.
La planche se referme dans un chuchotement, presque un aveu : la fiction ne tient qu’à peu de choses, et c’est justement pour cela qu’elle est si précieuse. Le monde du Concombre se dissipe comme une vapeur, mais cette dissipation devient une forme d’adieu élégante, où Mandryka laisse voir, dans le blanc final, ce qui subsiste quand tout disparaît : le geste, le trait, et la liberté absolue de l’imagination.
PS : deux cases sont reprises par Richard Medioni en conclusion de son indispensable « Histoire complète » des journaux du groupe Vaillant, bible pour tout amateur de Vaillant. Emouvant.
Le Concombre masqué, c’est Mandryka, et Mandryka, c’est le Concombre : de ses débuts jusqu’aux dernières années, Mandryka en dessinera ces histoires. « C’est très simple, c’est juste que le Concombre, c’est moi ! Et je change tout le temps, comme tout le monde. Chaque fois que je changeais, je changeais aussi de support de presse, logiquement, et il repartait pour d’autres histoires où il était complètement différent. Il y a même une histoire qui s’appelle «Le Concombre tel qu’en lui-même toujours il change». »
Cette planche est la planche ultime du Concombre masqué parue dans Pif en 1969
« Ce n’est pas la rédaction qui nous a poussé dehors, la rédaction tenait beaucoup à nous. Mais il y avait un nouveau journal, lancé par Goscinny, qui allait beaucoup plus loin. (…) Et puis Pilote était l’un des meilleurs journaux du monde. (…) Comment ne pas vouloir en faire partie ? »
Le concombre meurt dans la planche précédente parue une semaine plus tôt. Dans celle-ci, en guise d’épilogue, sa disparition devient le moteur d’une réflexion sur la bande dessinée elle même.
Dans cette page, Mandryka orchestre une véritable mise en abyme graphique où la bande dessinée semble se regarder elle même se dissoudre. Tout commence par une étrange absence : celle du Concombre masqué, héros attendu qui n’apparaît pas. Cette absence n’est pas un manque anecdotique ; elle devient le fil directeur de toute la page. Rien, dans le décor minimaliste, ne vient combler ce vide. Le blanc domine, s’étend, grignote les contours comme si le monde dessiné se défaisait à mesure qu’on le lit. Les espaces nus, les horizons déserts, les lignes qui s’effacent : tout concourt à rappeler que le récit n’a plus de centre, qu’il flotte autour d’un trou laissé par le personnage disparu.
Pour compenser ce vide, Mandryka fait marcher une souris et un escargot, sorte d’ombres potagères qui traversent chaque vignette. Ces personnages portent une voix, une trace. Des porte paroles conscients de la fiction qu’ils habitent. À force de commenter ce qu’ils vivent, ils finissent par ressembler à une projection directe de l’auteur, des messagers qui savent qu’ils sont en train de jouer dans un monde fragile.
Mandryka accentue ce sentiment en jouant avec les cadres. Les cases ne sont plus des lieux clos, mais des membranes que le personnage frôle, bouscule, traverse presque. On a le sentiment d’un théâtre dont les coulisses deviennent visibles, d’un univers graphique qui ne cache plus ses coutures. Le lecteur, guidé par cette course incessante, découvre non seulement l’histoire, mais aussi la manière dont l’histoire tient debout, vacille, puis se fissure.
Peu à peu, le discours se retourne : l’escargot et la souris s’interrogent sur celui qui n’est pas là, se demandent qui était le Concombre, ce qu’il représentait, s’il fut jamais véritablement réel. Les questions ne sont plus seulement celles d’un protagoniste perdu, mais celles de la bande dessinée elle même. Une case, puis une autre, se vide, comme si la fiction se retirait. Le décor devient sable, puis plus rien. Et soudain, au terme de ce dépouillement, la vérité apparaît, simple, nue, presque vertigineuse : le Concombre n’était qu’un dessin, un ensemble de traits d’encre sur une page blanche.
À cet instant, Mandryka réduit le geste graphique à son essence. Le trait tremble légèrement, les contours deviennent improvisés, la signature affleure comme un rappel que l’univers entier qu’on vient de traverser ne repose sur rien d’autre que sur la main de celui qui trace. La bande dessinée se retourne sur elle même, s’observe avec un sourire mélancolique et avoue ce qu’elle est : une illusion acceptée, un petit miracle de papier.
La planche se referme dans un chuchotement, presque un aveu : la fiction ne tient qu’à peu de choses, et c’est justement pour cela qu’elle est si précieuse. Le monde du Concombre se dissipe comme une vapeur, mais cette dissipation devient une forme d’adieu élégante, où Mandryka laisse voir, dans le blanc final, ce qui subsiste quand tout disparaît : le geste, le trait, et la liberté absolue de l’imagination.
PS : deux cases sont reprises par Richard Medioni en conclusion de son indispensable « Histoire complète » des journaux du groupe Vaillant, bible pour tout amateur de Vaillant. Emouvant.
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About Nikita Mandryka
Nikita Mandryka (born October 20, 1940) is a French cartoonist of Russian origin.[1]
He started drawing in the Vaillant magazine, before moving to Pilote in 1967, and then created L'Écho des savanes along with Claire Bretécher and Marcel Gotlib in 1972. He left this magazine in 1979, going back to Pilote as editorial director. His major and better known works are the Concombre masqué (The Masked Cucumber) stories. He won the Grand Prix de la ville d'Angoulême in 1994.