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Dès l’enfance, Nikita Mandryka découvre dans Vaillant un personnage dont l’étrangeté le marque durablement : le Copyright, créé au début des années 1950 par Jean Claude Forest.

Cette créature singulière, solitaire, surréaliste et volontiers absurde, exerce sur lui une fascination profonde. Mandryka raconte qu’il avait l’impression d’y reconnaître sa propre nature, au point de poursuivre lui même les aventures interrompues de Forest. Dans ses cahiers, il prolongeait le destin du Copyright, le rebaptisant, le modifiant, lui retirant sa queue, jusqu’à le faire évoluer vers une silhouette qui, peu à peu, commençait à ressembler au futur Concombre masqué. Cette expérience intime de réappropriation et de transformation constitue l’une des matrices essentielles de sa création.
Lorsqu’il entre professionnellement à Vaillant en 1964, Mandryka rejoint naturellement le journal qui avait accueilli Copyright. Il y signe d’abord sous le pseudonyme Nik et introduit un reporter nommé Boff, personnage de transition qui prépare indirectement l’apparition du héros qui lui tient à cœur depuis tant d’années. C’est le 1ᵉʳ avril 1965, dans Vaillant n°1037 1038, que surgit officiellement le Concombre masqué, sous le pseudonyme « Kalkus ». Cette apparition marque une rupture dans les codes de la bande dessinée destinée à la jeunesse. Mandryka propose en effet un ton résolument décalé, ouvertement absurde, et introduit dans le journal un univers entièrement régi par une logique personnelle, peuplé d’objets incongrus, de paradoxes et de mirages déstabilisants, qui tranchent avec la norme graphique et narrative du moment.
L’influence de Forest sur Mandryka se reconnaît dans l’orientation même du Concombre masqué. Le goût du non sens, la saveur pataphysique des dialogues, la manière de substituer aux ressorts classiques du récit un enchaînement de situations déformées par la fantaisie, prolongent l’esprit de Copyright en le poussant vers une forme plus radicale. Mandryka façonne un personnage qui, comme son lointain modèle, vit dans une solitude volontaire et dans un territoire clos — ici le désert et le cactus blockhaus — propice aux bifurcations philosophiques et à la dérive poétique. Cette solitude, chez lui, se double d’une intériorité paradoxale où la contemplation voisine avec l’angoisse, et où le langage devient un instrument d’exploration du réel plutôt qu’un simple support narratif. Le Concombre hérite ainsi de l’esprit du Copyright tout en devenant une figure beaucoup plus mouvante, presque métaphysique.
Cette grande illustration, dont je n’ai pas retrouvé la publication, présente d’emblée tous les marqueurs du style graphique de Mandryka : un trait souple, nerveux, presque improvisé, qui donne aux formes une vivacité spontanée. Le Concombre masqué, au centre, avance tranquillement, le corps en arabesque et le grand museau vert en avant, silhouette immédiatement reconnaissable grâce à son équilibre volontairement instable et sa gestuelle pleine d’élasticité. Le regard rond, souligné par le petit loup noir, accentue son expression mi philosophique, mi absurde.
L’arrière plan, très épuré, laisse respirer la scène : quelques touffes d’herbes, une colline minimaliste, une route indiquée par de simples empreintes. Tout conduit le regard vers le château rose violacé, structure fantasque rappelant les architectures surréalistes qui peuplent fréquemment l’univers du Concombre. Les fenêtres ovoïdes et les petites pointes au sommet donnent à cet édifice un caractère mi organique, mi magique.
Les personnages secondaires renforcent le ton absurde : à gauche, une petite poire perplexe ; à droite, Chourave surgit derrière une dune, sa touffe végétale déployée comme un éclat de couleur. Les trois bulles de pensée du Concombre – un flux d’exclamations classiques du Concombre (« Vazy Léon Zap’ », « Gargoyle ! », « et tutti quanti ! ») – prolongent l’humour verbal caractéristique de la série.
La composition utilise un vide intentionnel pour mettre en valeur les figures, tandis que les couleurs, appliquées légèrement au crayon, conservent un charme artisanal qui renforce l’impression d’esquisse vivante. L’ensemble dégage un esprit de liberté, de fantaisie et d’insolence douce : tout ce qui fait la singularité graphique du Concombre masqué.

Cette créature singulière, solitaire, surréaliste et volontiers absurde, exerce sur lui une fascination profonde. Mandryka raconte qu’il avait l’impression d’y reconnaître sa propre nature, au point de poursuivre lui même les aventures interrompues de Forest. Dans ses cahiers, il prolongeait le destin du Copyright, le rebaptisant, le modifiant, lui retirant sa queue, jusqu’à le faire évoluer vers une silhouette qui, peu à peu, commençait à ressembler au futur Concombre masqué. Cette expérience intime de réappropriation et de transformation constitue l’une des matrices essentielles de sa création.
Lorsqu’il entre professionnellement à Vaillant en 1964, Mandryka rejoint naturellement le journal qui avait accueilli Copyright. Il y signe d’abord sous le pseudonyme Nik et introduit un reporter nommé Boff, personnage de transition qui prépare indirectement l’apparition du héros qui lui tient à cœur depuis tant d’années. C’est le 1ᵉʳ avril 1965, dans Vaillant n°1037 1038, que surgit officiellement le Concombre masqué, sous le pseudonyme « Kalkus ». Cette apparition marque une rupture dans les codes de la bande dessinée destinée à la jeunesse. Mandryka propose en effet un ton résolument décalé, ouvertement absurde, et introduit dans le journal un univers entièrement régi par une logique personnelle, peuplé d’objets incongrus, de paradoxes et de mirages déstabilisants, qui tranchent avec la norme graphique et narrative du moment.
L’influence de Forest sur Mandryka se reconnaît dans l’orientation même du Concombre masqué. Le goût du non sens, la saveur pataphysique des dialogues, la manière de substituer aux ressorts classiques du récit un enchaînement de situations déformées par la fantaisie, prolongent l’esprit de Copyright en le poussant vers une forme plus radicale. Mandryka façonne un personnage qui, comme son lointain modèle, vit dans une solitude volontaire et dans un territoire clos — ici le désert et le cactus blockhaus — propice aux bifurcations philosophiques et à la dérive poétique. Cette solitude, chez lui, se double d’une intériorité paradoxale où la contemplation voisine avec l’angoisse, et où le langage devient un instrument d’exploration du réel plutôt qu’un simple support narratif. Le Concombre hérite ainsi de l’esprit du Copyright tout en devenant une figure beaucoup plus mouvante, presque métaphysique.
Cette grande illustration, dont je n’ai pas retrouvé la publication, présente d’emblée tous les marqueurs du style graphique de Mandryka : un trait souple, nerveux, presque improvisé, qui donne aux formes une vivacité spontanée. Le Concombre masqué, au centre, avance tranquillement, le corps en arabesque et le grand museau vert en avant, silhouette immédiatement reconnaissable grâce à son équilibre volontairement instable et sa gestuelle pleine d’élasticité. Le regard rond, souligné par le petit loup noir, accentue son expression mi philosophique, mi absurde.
L’arrière plan, très épuré, laisse respirer la scène : quelques touffes d’herbes, une colline minimaliste, une route indiquée par de simples empreintes. Tout conduit le regard vers le château rose violacé, structure fantasque rappelant les architectures surréalistes qui peuplent fréquemment l’univers du Concombre. Les fenêtres ovoïdes et les petites pointes au sommet donnent à cet édifice un caractère mi organique, mi magique.
Les personnages secondaires renforcent le ton absurde : à gauche, une petite poire perplexe ; à droite, Chourave surgit derrière une dune, sa touffe végétale déployée comme un éclat de couleur. Les trois bulles de pensée du Concombre – un flux d’exclamations classiques du Concombre (« Vazy Léon Zap’ », « Gargoyle ! », « et tutti quanti ! ») – prolongent l’humour verbal caractéristique de la série.
La composition utilise un vide intentionnel pour mettre en valeur les figures, tandis que les couleurs, appliquées légèrement au crayon, conservent un charme artisanal qui renforce l’impression d’esquisse vivante. L’ensemble dégage un esprit de liberté, de fantaisie et d’insolence douce : tout ce qui fait la singularité graphique du Concombre masqué.
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About Nikita Mandryka
Nikita Mandryka (born October 20, 1940) is a French cartoonist of Russian origin.[1]
He started drawing in the Vaillant magazine, before moving to Pilote in 1967, and then created L'Écho des savanes along with Claire Bretécher and Marcel Gotlib in 1972. He left this magazine in 1979, going back to Pilote as editorial director. His major and better known works are the Concombre masqué (The Masked Cucumber) stories. He won the Grand Prix de la ville d'Angoulême in 1994.