Dans la collection de Jan
Description
Peinture
Commentaire
Van Gogh sous la pluie : un « Hineni » de couleur.
Avec la série Van Gogh sous la pluie, Lorenzo Mattotti compose des images d’une densité poétique immense. La figure de l’artiste n’y est pas une victime des éléments, mais l’incarnation d’un véritable Hineni. À l’instar de Leonard Cohen dans ses dernières œuvres, le Van Gogh de Mattotti prononce un « Me voici » inconditionnel face à l’accablant. L’artiste apparaît comme un pèlerin de l’intériorité qui accomplit, avec une acceptation souveraine, ce voyage que nous devons tous, finalement, faire seuls.
La dimension picturale de ces œuvres dépasse la simple observation ; c'est une expérience de pure synesthésie. Là où le jeune Mattotti de Feux cherchait encore un « exorcisme » pour laver les ténèbres dans la peinture, l’artiste mûr d’aujourd’hui propose une synthèse profonde. La pluie n'est pas de l'eau, mais un impact rythmique de couleurs que l'on peut entendre et respirer. La silhouette rouge — véritable « infrarouge de l'âme » — agit comme un noyau incandescent qui résiste à la matière tombante du monde. La couleur devient ici une polyphonie de chaud et de froid, une nécessité physique pour rendre le spirituel palpable.
Dans cette série, la tension entre the goal et the reach devient vibrante. Mattotti embrasse ce que Cohen appelait « the crack in everything » : la conscience que chaque effort contient une fêlure. C’est précisément à travers cette fissure que l’ambition artistique se transforme en une forme d’abandon. Le but n’est plus d’atteindre un horizon lointain, mais d’accepter la « Big Correction » — la reconnaissance que la mesure humaine reste toujours en deçà de l’infini. Dans cette correction de l’orgueil artistique, Mattotti trouve son véritable équilibre. L'harmonie ne naît pas malgré les lignes de fracture, mais grâce à elles. Il sculpte le silence et le mouvement, sachant que la lumière ne pénètre que par les fêlures.
Cette évolution de Mattotti se lit comme un cycle de vie spirituel : du désir ardent du trentenaire de « sauver sa peau par l’art » à l’acceptation de la brisure de l'homme mûr. C'est le chemin qui mène du déchirement de la jeunesse au « Hallelujah » de la présence pure.
Van Gogh sous la pluie est ainsi bien plus qu'un hommage ; c’est une méditation sur la persévérance de l’artiste qui, malgré l’orage et les ténèbres, reste debout. La matière picturale y est à la fois le chemin et la destination : le témoignage d'un homme qui ne masque plus les fissures de l'existence, mais les élève, par l'abandon, au rang de source lumineuse.
La reconnaissance de cette vision est désormais institutionnelle ; plusieurs dessins de cette série ont intégré la collection du Centre Pompidou. Cette consécration confirme que le travail de Mattotti constitue une contribution structurelle à l'art contemporain, occupant une position transversale entre la force narrative du récit et l'abstraction verticale de la peinture.
Expositions:
- Obsessions, La Ferme du Buisson - Centre d'art contemporain, Noisiel, France, 2022
- Artparis 2025
Avec la série Van Gogh sous la pluie, Lorenzo Mattotti compose des images d’une densité poétique immense. La figure de l’artiste n’y est pas une victime des éléments, mais l’incarnation d’un véritable Hineni. À l’instar de Leonard Cohen dans ses dernières œuvres, le Van Gogh de Mattotti prononce un « Me voici » inconditionnel face à l’accablant. L’artiste apparaît comme un pèlerin de l’intériorité qui accomplit, avec une acceptation souveraine, ce voyage que nous devons tous, finalement, faire seuls.
La dimension picturale de ces œuvres dépasse la simple observation ; c'est une expérience de pure synesthésie. Là où le jeune Mattotti de Feux cherchait encore un « exorcisme » pour laver les ténèbres dans la peinture, l’artiste mûr d’aujourd’hui propose une synthèse profonde. La pluie n'est pas de l'eau, mais un impact rythmique de couleurs que l'on peut entendre et respirer. La silhouette rouge — véritable « infrarouge de l'âme » — agit comme un noyau incandescent qui résiste à la matière tombante du monde. La couleur devient ici une polyphonie de chaud et de froid, une nécessité physique pour rendre le spirituel palpable.
Dans cette série, la tension entre the goal et the reach devient vibrante. Mattotti embrasse ce que Cohen appelait « the crack in everything » : la conscience que chaque effort contient une fêlure. C’est précisément à travers cette fissure que l’ambition artistique se transforme en une forme d’abandon. Le but n’est plus d’atteindre un horizon lointain, mais d’accepter la « Big Correction » — la reconnaissance que la mesure humaine reste toujours en deçà de l’infini. Dans cette correction de l’orgueil artistique, Mattotti trouve son véritable équilibre. L'harmonie ne naît pas malgré les lignes de fracture, mais grâce à elles. Il sculpte le silence et le mouvement, sachant que la lumière ne pénètre que par les fêlures.
Cette évolution de Mattotti se lit comme un cycle de vie spirituel : du désir ardent du trentenaire de « sauver sa peau par l’art » à l’acceptation de la brisure de l'homme mûr. C'est le chemin qui mène du déchirement de la jeunesse au « Hallelujah » de la présence pure.
Van Gogh sous la pluie est ainsi bien plus qu'un hommage ; c’est une méditation sur la persévérance de l’artiste qui, malgré l’orage et les ténèbres, reste debout. La matière picturale y est à la fois le chemin et la destination : le témoignage d'un homme qui ne masque plus les fissures de l'existence, mais les élève, par l'abandon, au rang de source lumineuse.
La reconnaissance de cette vision est désormais institutionnelle ; plusieurs dessins de cette série ont intégré la collection du Centre Pompidou. Cette consécration confirme que le travail de Mattotti constitue une contribution structurelle à l'art contemporain, occupant une position transversale entre la force narrative du récit et l'abstraction verticale de la peinture.
Expositions:
- Obsessions, La Ferme du Buisson - Centre d'art contemporain, Noisiel, France, 2022
- Artparis 2025
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A propos de Lorenzo Mattotti
Lorenzo Mattotti est un illustrateur, peintre et auteur de bande dessinée italien né le 24 janvier 1954 à Brescia. Ses illustrations ont été publiées dans Cosmopolitan, Vogue, The New Yorker, Le Monde et Vanity Fair. Dans le domaine de la bande dessinée, Mattotti a remporté un Eisner Award en 2003 pour son roman graphique Dr Jekyll & Mr Hyde.