In Vertommen 's collection
Milton Caniff, Frank Engli, Steve Canyon - The Ugly American - Daily strip - Comic Strip
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Steve Canyon - The Ugly American - Daily strip

Comic Strip
1960
Ink
Mine de plomb noir et bleu - encre de chine - gouache blanche - rustines.
18.5 x 58.5 cm (7.28 x 23.03 in.)
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Détail - Holly Hall en avant plan.
Détail.
Détail.
Détail.
Document du journal « New York Mirror » se trouvant au verso
C'est la fille de la secrétaire de Milton Caniff qui a servie de modèle pour Holly Hall.
Le Roman "The Ugly American".
L'affice du film "The Ugly American".

Description

Nous y retrouvons un Milton Caniff à l'apogée de sa créativité pour ce « Daily strip ».

Inscriptions

Signé. Copyright du syndicat imprimé sur papier et collé dans la première case. Trace manuscrite du correcteur et du personnel de l’imprimerie. Document du journal « New York Mirror » au verso.

Comment

Paru dans le journal « New York Mirror » du lundi 13 juin 1960.
Publié dans le « Steve Canyon Volume 7 : 1959 - 1960 » des éditions « IDW Publishing », en 2016, dans sa collection « Library of American Comics ».

Nous y retrouvons un Milton Caniff à l'apogée de sa créativité (avec un superbe lettrage de Frank Engli et peut-être (sans certitude) des décors de Richard Waring "Dick" Rockwell, neveu de Norman Rockwell).


Ma présentation, de l’auteur Milton Arthur Paul Caniff, ne sera pas une analyse sur la manière dont l'américanisme (idéologie complexe) et ses valeurs apparaissent dans l'œuvre de Milton Caniff.
S’il se fera brièvement sur la série « Steve Canyon » et de son auteur, il sera plus précisément sur ce « Daily Strip » et tout ce qui gravite autour de ce dernier.


Milton Caniff a été l'un des dessinateurs de bandes dessinées les plus connus en Amérique pendant une grande partie du vingtième siècle.
C’est bien simple, l'œuvre de Milton Caniff continue encore d’inspirer des artistes, des écrivains et des cinéastes. (1)

Milton Caniff a développé un style de dessin impressionniste en clair-obscur qui suggère la réalité de manière économique par l'ombre plutôt que par des détails minutieusement rendus, et il a insisté sur l'authenticité absolue de la représentation de chaque détail visuel du strip. Il a également renforcé le mélodrame simple des bandes d'aventures en intégrant le développement des personnages aux intrigues riches en action.

Milton Caniff n'est pas surnommé le « Rembrandt des comics » pour rien !
Sa maîtrise du clair-obscur est une transposition de l'atmosphère des films noirs des années 40.

On comprend mieux le succès de Milton Caniff et son influence considérable. Toutes les écoles du réalisme européen découlent de lui : celle de Jijé ou de Hubinon en Belgique, celle de Moebius en France, celle de Pratt en Italie. Ultime consécration, Umberto Eco a consacré un essai de plus de trente pages à une seule de ses planches.


Milton Caniff fait, au début de sa carrière, une rencontre déterminante, celle de Noel Sickles, innovateur et expérimentateur de génie, avec qui il monte un studio graphique.
Les trouvailles de Sickles, Caniff va les utiliser, les systématiser, leur donner l'envergure qu'elles méritent.
Son style si particulier, souple, élégant, minutieux, sensuel, dû à l'utilisation combinée du pinceau et de la plume - ce qu'on appellera le style Caniff - est né. Le 19 octobre 1934, dans deux journaux, le « New York Daily News » et le « Chicago Sun », commence l'une des plus fameuses bandes dessinées de l'histoire : « Terry et les pirates ».

Au sortir d'une guerre à laquelle il n'a pas pu participer (réformé pour inaptitude physique), Milton Caniff est un artiste important.
En vérité, c'est un titan, qui a donc dessiné sa série « Terry et les pirates » durant 14 ans.
Mais il est entièrement tributaire de son contrat, de sa capacité à produire quotidiennement, dimanche inclus.
Son employeur et éditeur, le « Chicago Tribute-New-York Syndicate », ne compte pas se dispenser de son talent.
Mais après plusieurs semaines de négociations, le dessinateur décroche le contrat qu'il a toujours voulu avec Marshall Field, riche homme d'affaire qui prospère aussi sur le marché de la presse.
Ses revenus annuels sont augmentés de 33% et de royalties potentiels, il obtient la pleine propriété de ses créations, une liberté artistique totale et un contrôle absolu de son œuvre, puisqu'il n'est possible à l'éditeur de retoucher un dessin ou rectifier les dialogues qu'avec l'accord préalable de Milton Caniff.
De ce contrat naît la série « Steve Canyon » pour le « Field Enterprises Syndicate ».
Son lancement est grandiose. Le jour même de sa parution, la série fait la Une du « Times Magazine » !
« NBC » n'est pas en reste, ce qui fait que le héros de Milton Caniff devient le premier d'une série de « comic strips » à bénéficier d'une promotion sur une chaîne de télévision nationale.
Avant même d'avoir vu le moindre dessin, 162 quotidiens et 96 journaux du dimanche signent un contrat de publication !

La série « Steve Canyon » bénéficiera également d’une série télévisée (1958 à 1959).


Au sujet de la planche présentée, il s'agit d'une bande quotidienne (Daily strip) du début de l'histoire intitulée « The Ugly American » (parue du 07 juin 1960 au 11 septembre 1960).
Cette histoire aura un total de 42 planches.

Sur ce Daily strip, nous y retrouvons les principaux personnages de cette histoire.
A savoir :
Le Lieutenant-Colonel Stevenson Burton Canyon; Holly Hall (2 - Et voir visuel) et le Major Scrapple Apple.


Steve canyon est envoyé en Amérique latine pour enquêter sur les désordres, créés par la fille d'un diplomate, retournant la population locale contre les États-Unis.
Bref, tout le synopsis de cette histoire se retrouve dans ce « Daily strip » et en fait une pièce extrêmement (très) intéressante.
D’autant plus que cette histoire, « The ugly american », est fortement inspirée d’un best-seller (3) aux millions d'exemplaires qui a inventé l'expression pour désigner les gaffes tragiques des Américains à l'étranger.

Publié pour la première fois en 1958, « The Ugly American » (4) est devenu un best-seller national pour son exposé cinglant de l'arrogance, de l'incompétence et de la corruption des Américains en Asie du Sud-Est. Dans des histoires et des vignettes liées entre elles, le livre utilise une narration captivante pour dresser un tableau dévastateur de la façon dont les États-Unis perdaient la lutte contre le communisme en Asie.

Par les controverses qu'il a suscitées, il a contribué à la victoire des démocrates (5) et a inspiré le "new-look" de la politique étrangère américaine.
Comme implications politiques majeures, le « Peace Corps » a été créé sous l’administration Kennedy.
Ce qui l’en fait l'un des romans les plus politiquement influents de toute la littérature américaine.

Après que le livre eut gagné un large lectorat, le terme « Ugly American » a été utilisé pour désigner le type de visiteur « bruyant et ostentatoire » dans un autre pays plutôt que les « gens à l'apparence simple, qui n'ont pas peur de « mettre la main » sale comme Homer Atkins auquel le livre lui-même faisait référence.
Bref, ce livre est l'une des très rares œuvres de fiction qui ont eu un impact profond et durable sur le débat politique américain, avec des œuvres telles que « La case de l’oncle Tom » et « La jungle ».

Une version cinématographique du roman a été réalisée en 1963 et mettait en vedette Marlon Brando dans le rôle de l'ambassadeur Harrison Carter MacWhite. « The Ugly American » a reçu des critiques mitigées et loin d’être un succès au box-office (voir visuel).


Il est à noter que dans le « Life Magazine » du 7 décembre 1959, nous y retrouvons un article intéressant sur les 25 ans de carrière de Milton Canif et d’Al Capp.
Et suivi d’un (très) long article sur les suites politique du « Ugly american ».

Est-ce la combinaison des éléments (succès du roman avec répercutions politiques et la présence (sans lien) de l’auteur et de ce sujet dans le « Life Magazine » qu’il a fort probablement lu) qui ont été à la base de cette histoire de Steve Canyon ?
Nous pouvons raisonnablement le penser.


Steve Canyon a commencé le 13 janvier 1947 (6) et c’est en 1960 que cette série a atteint le pic de diffusion pour les 41 ans d'existence de la bande dessinée (7), apparaissant dans pas moins de 647 journaux.
Cependant, tous les comics d'aventures avec des histoires s'étalant pendant des mois ont perdu de leur popularité dans les années 60, mais dans le cas de Caniff, la guerre du Vietnam a été un facteur énorme aussi.


Cette planche est une de mes premières de ma collection et achetée auprès de Jean-Marie Derscheid, qui présidait alors aux destinées de la galerie-librairie Ziggourat à Bruxelles, lors d’une exposition/vente qu’il a consacré, à l’époque, sur le Maître Milton Caniff.


(1) Si Milton Caniff a eu un tel impact, c'est aussi parce qu'il a osé aborder de nombreux sujets socialement tabous à l'époque. Par exemple, Milton Caniff a beaucoup parlé dans « Terry and the Pirates » du fait qu'il était bi-racial en 1939.
C'est également à cette époque que Caniff a introduit son premier personnage LGBTQ (maintenant LGBTQQIP2SAA), la méchante Sanjak, qui était une femme déguisée en homme et qui désirait ardemment April, la petite amie de Terry. Sanjak a brisé les stéréotypes et a permis à la communauté LGBTQ de commencer à être reconnue dans les bandes dessinées.

(2) Milton Caniff s’inspirait des femmes de son entourage pour les croquer physiquement dans ses histoires. Dans ce cas-ci, c’est la fille de sa secrétaire qui est représentée.
Source : Milton Caniff : Conversations De Milton Arthur Caniff - Éditeur ‏: ‎University Press of Mississippi (30 avril 2015) - page 71.

(3) Le livre a été publié en feuilleton dans le Saturday Evening Post à l'automne 1958 et est sorti en tant que sélection du Book of the Month Club en octobre.

(4) Ce livre est devenu un best-seller instantané, passant par 20 tirages de juillet à novembre 1958, restant sur la liste des best-sellers pendant un an et demi, et se vendant finalement à quatre millions d'exemplaires.
Ce livre a fait sensation dans les cercles diplomatiques. John F. Kennedy a été tellement impressionné par le livre qu'il en a envoyé un exemplaire à chacun de ses collègues du Sénat des États-Unis.

(5) John F. Kennedy en 1960.

(6) L'année même de la création de l'US Air Force, le 18 septembre 1947.

(7) Depuis 1919, Elzie Crisler Segar dessine dans les pages du « New York Journal » la série « Thimble Theatre » dans laquelle des personnages apparaissent et disparaissent au fil des strips.
L'un de ses personnages prend la vedette dès 1929 et impose son nom à la série : Popeye.

Publication

  • Steve Canyon Volume 7: 1959-1960
  • Idw Publishing
  • 2016-12-20
  • Interior page

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About Milton Caniff

Milton Arthur Paul Caniff (February 28, 1907 – April 3, 1988) was an American cartoonist famous for the Terry and the Pirates and Steve Canyon comic strips. Along with Hal Foster and Alex Raymond, Caniff's style would have a tremendous influence on the artists who drew American comic books and adventure strips during the mid-20th century. Evidence of his influence can be seen in the work of comic book/strip artists such as Jack Kirby, Frank Robbins, Lee Elias, Bob Kane, Mike Sekowsky, John Romita, Sr., Johnny Craig, William Overgard and Doug Wildey to name just a few. European artists were also influenced by his style, including Belgian artists Jijé, Hubinon and Italian artist Hugo Pratt.