SOS Météores pl 56 by Edgar Pierre Jacobs - Comic Strip
3499 

SOS Météores pl 56

Comic Strip
Ink
50 x 37 cm (19.69 x 14.57 in.)
Share
Bas de la planche
Haut de la planche
Le modèle 3D dérivé de la planche 2D
Un détournement habile et très drôle de l'ami Stéphane
Analyse témoignage de la planche parue dans une revue des Amis de Jacobs

Description

Sos Météores pl 56. Signée E.P.Jacobs

Comment

Sos Météores pl 56. Signée E.P.Jacobs

Un soir de 2016 après la fermeture, avec Daniel Maghen dans sa galerie. Il a sorti d’une pochette un tas de trésors. Cela fait quelques semaines que j’entends parler de ces planches de Jacobs qui seraient sorties en nombre. Elles ne sont pas visibles sur sa galerie. Il les ramène de Bruxelles et il me dit qu’il en a même quelques unes de nouvelles, ce qui peut me laisser espérer voir mieux que le troisième ou quatrième choix des collectionneurs qui ont pu voir le reste avant moi.
Je contemple les planches les unes après les autres, les épisodes s’enchaînent; il y a peut-être une quarantaine de planches. L’espadon et ses touches de crayon. Les symétries magnifiques de la Pyramide. Rien sur la Marque Jaune. Un peu d’Atlantide. La planche qui correspond à mon strip du Piège Diabolique. Et tout d’un coup apparaissent quelques planches de SOS Météores. Beaucoup plus grandes que les autres. Beaucoup plus belles. C’est donc ça le secret de cet album dont la beauté sort du lot dans la production de Jacobs. Le dessin de Jacobs dans SOS Météores est à son meilleur. Il allie finesse, détails, ambiance.
Et voici cette planche, fourmillant de vie et de détails.
Je reconnais le Méphistophélès de la case 4, dont j’avais admiré le crayonné dans une expo au CBBD de Bruxelles en 2004.
Et Charles Trenet en case 2. Et je me souviens du témoignage de Viviane Quittelier dans son livre « témoignages inédits ».
Jacobs lui avait raconté tout ce qu’il avait mis de lui dans cette page.
Dans l’histoire, cette page se situe vers la fin, quand un gaz toxique se répand sur la région parisienne, provoquant une hilarité qui conduit à la mort. Bien sûr nos héros, Blake et Pradier en tête, ne sont pas là pour rigoler. Ca fronce des sourcils, ce sont des gars sérieux, eux.
Jacobs en profite pour évoquer sa vie à travers la foule ; sa petite fille (par alliance) Viviane raconte qu’il lui aurait décrit ainsi cette page:
« Ici dans la case 2, c’est moi tel que j’étais le soir de mes noces(…) On me voit sous les traits de Charles Trenet. (…) Je tiens une rose rouge qui symbolise le bouquet de fleurs de Ninie le jour de notre mariage. »
Ca, ça l’a bien traumatisé, le pauvre Edgard, que Ninie se fasse la belle avec un autre. Les rivalités et les amours déçues sont en fait un ressort dramatique important de l’oeuvre de Jacobs qui sous-tend les rancunes de ses personnages. Olrik par exemple emprunte beaucoup à Henri Quittelier, qui lui avait « piqué » Jeanne (avec qui il a fini par se mettre en ménage sur ses vieux jours) et qui est la grand mère de Viviane. D’ailleurs, dans SOS Météores, Olrik se déguise en « Monsieur Henri », le choix du nom est sans équivoque…
Il est alors logique plus loin, de l'entendre faire allusion à une revanche à prendre sur Olrik lorsqu'il continue de décrire cette planche:
« Je profite du passage de la voiture pour montrer au lecteur les grimaces que je faisais à Olrik dans la Marque Jaune. Le type réplique en disant « Hou Hou ». »
C’est ce dessin des cornes du diable en case 4.
Chaque case qui ne montre pas directement Blake ou Pradier semble en fait avoir une histoire personnelle à raconter sur Jacobs.
Ainsi les cornes ne pourraient-elles pas être celles du cocu autant que celles du diable?
Laissons Jacobs continuer son témoignage:
« A l’arrière, la dame qui danse, c’est Ninie »
Il faut savoir ici que Ninie était danseuse de revue. C’est comme ça qu’ils s’étaient connus avec Edgard quand celui-ci était chanteur d’Opéra.
"Celui qui est assis pour lire son journal, c’est Jacques Van Melkebeke »
Jacques Van Melkebeke était le meilleur ami de Jacobs, rédacteur en chef caché du premier journal de tintin, collaborateur (mot choisi) d’Hergé et Jacobs pour leurs scénarios, encreur des premières pages parues du Secret de l’Espadon, et modèle physique de Mortimer comme on peut le constater ici (en lui imaginant un petit collier de barbe).
« L’homme debout à l’extrême droite avec un chapeau en papier et qui se prend pour Napoléon, c’est encore moi. »
A noter encore sur cette case en particulier comment l’encrage marque les différents plans de l'image, plus gras sur les avant plans, intermédiaire pour le diable et très fin pour les personnages d’arrière plan.

Jacobs a la rancune tenace envers Quitellier/Olrik et le représente sur la case suivante (ce n'est pas Olrik dans l'histoire), comme quelqu’un qui lui est passé devant, lui a barré la route et face à qui il a dû s’effacer :« Dans la case 5, le peintre Henri Quittelier tels qu’il était, lorsqu’il m’a salué le jour où je l’ai croisé en traversant une rue dans le centre de Bruxelles. En dessous de son chapeau tu peux apercevoir mon ombre. »
Jacobs qui se réduit à l’état d’une ombre sous la coupe de son rival : tout cela a l’air un peu fumeux, mais pourquoi pas?
« J’ai dessiné le reste dans la case 8: un de mes gants en cuir, mon chapeau, mon calepin, et une dernière lettre adressée à Ninie qui s’éloigne à l’arrière du bus. Elle est assise à gauche et son compagnon tient la barre à deux mains. »
Au sujet de cette case, Jacobs dit encore « on se croirait à la Libération »
On peut encore remarquer comment Jacobs module la finesse de l’encrage dans ses différents plans.
Sur tout ce fond référentiel personnel, Viviane commente dans son livre: « Edgar se décarcasse pour intégrer dans son oeuvre des faits de sa vie privée, jusqu’aux moindres détails, dût-il y consacrer un temps fou! S’il travaille lentement, c’est qu’il vise la perfection en permanence. »

La case juste à droite sert à poser un pavé de texte dont il a le secret (textes qui ont plutôt épargné le reste de la planche)…

Même constat de la variété d’encrages de Jacobs sur la case qui voit le bus arriver. Un premier plan très net dans le rétroviseur qui théâtralise la stupeur du conducteur. Un regard hypnotisé, renforcé par un énorme point d’exclamation, et le bus tout en hachures à l’arrière plan, qui montre que la palette de Jacobs est bien plus complexe que de la simple ligne claire.

Reste pour finir un strip typiquement Jacobsien, mais pas tout à fait symétrique, encadré par Pradier, la Renault Frégate bien en vue au milieu. Tellement bien en vue que c’est l’image qui a servi pour la collection des véhicules de Blake et Mortimer chez Hachette.

C’est évidemment un régal supplémentaire de pouvoir poser devant la planche un objet 3D dont il est issu (voir visuels additionnels).

Publication

  • S.O.S. météores
  • Blake Et Mortimer
  • 01/1989
  • Page 53

48 comments
To leave a comment on that piece, please log in

About Edgar Pierre Jacobs

Edgar Pierre Jacobs is one of the masters of Belgian comics, despite his small body of work. His signature series, 'Blake and Mortimer' (1946), only counts 11 albums by his own hand. Together with just one other stand-alone comic book, 'Le Rayon U' (1943), they form his entire oeuvre. All his other artwork was done in function of Hergé's 'Tintin' series, for which he contributed backgrounds, colouring and occasional plot suggestions in the mid 1940s. Yet all his comics are unanimously regarded as masterpieces of European comic book art. 'Blake and Mortimer' follows the suspenseful adventures of two Englishmen, a secret agent and a scientist. The duo gets involved in all kinds of atmospheric mystery thrillers with more fantastical elements like mad science, mind control, time travel, UFO's, Atlantis and the Third World War. A notorious perfectionist, Jacobs spent months preparing himself for each story. Every drawing and every plot element had to be realistic and believable. His obsessive research, beautifully detailed art work and suspenseful narratives made his comics timeless classics. One of them, 'Le Marque Jaune' ('The Yellow "M" ', 1954) has risen to iconic status in the Franco-Belgian comics scene. Text (c) Lambiek