Dans la collection de SupHermann
Description
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Couverture
Monthly Manga Garo en 1968
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Monthly Manga Garo en 1968
Commentaire
A l’instar de Yoshiharu Tsuge (つげ義春 - 1937), Yū Takita (滝田ゆう - 1931-1990) appartient à cette génération d’auteurs qui ont donné au manga une profondeur nouvelle en l’ouvrant à l’intime. Orphelin de mère dès la naissance, il est adopté par son oncle et grandit à Terajima-chō, quartier populaire marqué par ses maisons closes et ses ruelles animées. Cette enfance dans un Tokyo des années trente et quarante, fait de bars, d’estaminets et de petites échoppes, imprègne durablement son imaginaire. Les atmosphères de ce monde populaire, les silhouettes des habitants et les décors du quotidien deviendront la matière première de son œuvre.
En 1949, Takita devient l’apprenti de Suihō Tagawa (田河 水泡 - 1899-1989), créateur du célèbre Norakuro. Cette formation auprès d’un maître reconnu lui donne les bases d’un métier qu’il aborde avec l’ambition de marquer l’univers du manga. Ses débuts officiels datent de 1952 avec Quiz Manga, publié dans Manga Shōnen. En 1956, grâce au soutien de Suihō Tagawa, il commence à travailler pour Tokyo Manga Publishing où il officie comme mangaka à plein temps. Il explore alors divers registres, y compris le shōjo, et connaît son premier succès avec Père Kakkun en 1959. La série Danmari Kanta confirme sa popularité et lui permet de s’installer dans le paysage éditorial.
Sa collaboration avec la revue Garo, dès 1967, marque un tournant décisif dans son approche de la bande dessinée. Fondée par Katsuichi Nagai (長井勝一 - 1921-1996) cette publication devient le lieu d’expérimentation de nombreux mangaka novateurs. Il y publie Ashigaru et se rapproche de Yoshiharu Tsuge, dont l’influence sur son travail sera déterminante. Au cours de ses années Garo, il invente un langage graphique original avec des personnages aux yeux placés haut sur le front. Il traduit leurs émotions par des bulles où objets et images remplacent le texte. Il utilise également des onomatopées fantaisistes, telles que ケーン ケーン (le son d’un passage à niveau) ou コシコシコ (le son de la bonite séchée râpée), qui se trouvent être sans rapport avec le bruit de l’objet animé dessiné. Ce jeu de sons deviendra sa signature.
À partir de décembre 1968, il entreprend la sérialisation de Histoires singulières du quartier de Terajima (寺島町奇譚) dans Garo. Ce récit semi-autobiographique, inspiré de son enfance dans le quartier de Terajima, est considéré comme son chef-d’œuvre. Chronique intimiste de la maison close Tamanoi où a grandi l'auteur, ce récit sera publié en France chez Seuil en 2006. L’action se déroule dans les années quarante, au sein de la maison close Tamanoi, et restitue avec délicatesse la vie quotidienne des gens ordinaires. Le trait de Takita, à la fois naïf et émouvant, dépeint parfaitement ces atmosphères de l’intime. En 1970, il prolonge cette veine avec Introduction à l’étude de l’indignation, publié dans le premier numéro de Gendai Comics chez Futabasha, il y côtoie alors Tsuge et Shinji Nagashima (永島慎二 - 1937-2005), un numéro resté culte dans l’histoire du manga d’auteur.
Au fil des années, Takita déploie une œuvre variée, ses récits comme My Shōwa Rhapsody, Dokuinan Kanwa ou Grudge Theater témoignent de son attachement à une mémoire collective et à une époque révolue. Son style évolue vers une plus grande densité graphique, avec un usage marqué des ombres et une attention au détail qui confère à ses planches une qualité presque littéraire. Il publie également des livres d’art et des illustrations dans des magazines, élargissant son champ d’expression.
En 1982, il est victime d’une thrombose cérébrale qui le laisse partiellement paralysé. Il poursuit alors une activité réduite, se consacrant à des essais et illustrations, mais sans produire de nouvelles bandes dessinées. Il s’éteint en 1990, à l’âge de cinquante-huit ans, des suites d’une insuffisance hépatique.
Son œuvre a été reconnue de son vivant par plusieurs distinctions, dont le Prix Bungeishunju Manga en 1974 et le Grand Prix de l’Association Japonaise des Auteurs de Bande Dessinée en 1987. Après sa mort, Futabasha publie My Tokyo Rhapsody, recueil de manuscrits posthumes annotés par l’auteur lui-même depuis son lit d’hôpital. En 2018, une grande rétrospective au Yayoi Museum de Tokyo a permis de redécouvrir l’ampleur et la subtilité de son travail. Yū Takita demeure aujourd’hui une figure essentielle du gekiga, dont il a incarné la dimension la plus intime et la plus poétique, en donnant voix aux existences modestes et aux souvenirs d’une époque disparue.
En 1949, Takita devient l’apprenti de Suihō Tagawa (田河 水泡 - 1899-1989), créateur du célèbre Norakuro. Cette formation auprès d’un maître reconnu lui donne les bases d’un métier qu’il aborde avec l’ambition de marquer l’univers du manga. Ses débuts officiels datent de 1952 avec Quiz Manga, publié dans Manga Shōnen. En 1956, grâce au soutien de Suihō Tagawa, il commence à travailler pour Tokyo Manga Publishing où il officie comme mangaka à plein temps. Il explore alors divers registres, y compris le shōjo, et connaît son premier succès avec Père Kakkun en 1959. La série Danmari Kanta confirme sa popularité et lui permet de s’installer dans le paysage éditorial.
Sa collaboration avec la revue Garo, dès 1967, marque un tournant décisif dans son approche de la bande dessinée. Fondée par Katsuichi Nagai (長井勝一 - 1921-1996) cette publication devient le lieu d’expérimentation de nombreux mangaka novateurs. Il y publie Ashigaru et se rapproche de Yoshiharu Tsuge, dont l’influence sur son travail sera déterminante. Au cours de ses années Garo, il invente un langage graphique original avec des personnages aux yeux placés haut sur le front. Il traduit leurs émotions par des bulles où objets et images remplacent le texte. Il utilise également des onomatopées fantaisistes, telles que ケーン ケーン (le son d’un passage à niveau) ou コシコシコ (le son de la bonite séchée râpée), qui se trouvent être sans rapport avec le bruit de l’objet animé dessiné. Ce jeu de sons deviendra sa signature.
À partir de décembre 1968, il entreprend la sérialisation de Histoires singulières du quartier de Terajima (寺島町奇譚) dans Garo. Ce récit semi-autobiographique, inspiré de son enfance dans le quartier de Terajima, est considéré comme son chef-d’œuvre. Chronique intimiste de la maison close Tamanoi où a grandi l'auteur, ce récit sera publié en France chez Seuil en 2006. L’action se déroule dans les années quarante, au sein de la maison close Tamanoi, et restitue avec délicatesse la vie quotidienne des gens ordinaires. Le trait de Takita, à la fois naïf et émouvant, dépeint parfaitement ces atmosphères de l’intime. En 1970, il prolonge cette veine avec Introduction à l’étude de l’indignation, publié dans le premier numéro de Gendai Comics chez Futabasha, il y côtoie alors Tsuge et Shinji Nagashima (永島慎二 - 1937-2005), un numéro resté culte dans l’histoire du manga d’auteur.
Au fil des années, Takita déploie une œuvre variée, ses récits comme My Shōwa Rhapsody, Dokuinan Kanwa ou Grudge Theater témoignent de son attachement à une mémoire collective et à une époque révolue. Son style évolue vers une plus grande densité graphique, avec un usage marqué des ombres et une attention au détail qui confère à ses planches une qualité presque littéraire. Il publie également des livres d’art et des illustrations dans des magazines, élargissant son champ d’expression.
En 1982, il est victime d’une thrombose cérébrale qui le laisse partiellement paralysé. Il poursuit alors une activité réduite, se consacrant à des essais et illustrations, mais sans produire de nouvelles bandes dessinées. Il s’éteint en 1990, à l’âge de cinquante-huit ans, des suites d’une insuffisance hépatique.
Son œuvre a été reconnue de son vivant par plusieurs distinctions, dont le Prix Bungeishunju Manga en 1974 et le Grand Prix de l’Association Japonaise des Auteurs de Bande Dessinée en 1987. Après sa mort, Futabasha publie My Tokyo Rhapsody, recueil de manuscrits posthumes annotés par l’auteur lui-même depuis son lit d’hôpital. En 2018, une grande rétrospective au Yayoi Museum de Tokyo a permis de redécouvrir l’ampleur et la subtilité de son travail. Yū Takita demeure aujourd’hui une figure essentielle du gekiga, dont il a incarné la dimension la plus intime et la plus poétique, en donnant voix aux existences modestes et aux souvenirs d’une époque disparue.
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