In MV9957  's collection
Incognito - Project Overkill by Sean Phillips, Ed Brubaker - Comic Strip
256 

Incognito - Project Overkill

Comic Strip
2009
Ink
33 x 22 cm (12.99 x 8.66 in.)
Incognito  -Project Overkill
Incognito 1 - Edition française
Incognito 2 - Edition française
Incognito vol 3 - Edtion USA
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Comment

La lecture de « Fondu au Noir », œuvre que BDGest a qualifiée « d’INDISPENSABLE » (Prix Album-Comics 2017 BDGest'Arts), a eu le même effet sur moi qu’une madeleine de Proust. Tout Raymond Chandler, que j’avais tellement lu et aimé, m’est revenu d’un coup. Son esprit s’est réincarné par la magie d’Ed Brubaker et Sean Phillips et je n’ai pas grand-chose à ajouter au commentaire de BDGest (si ce n’est pour être en désaccord sur l’influence de Dashiell Hammett, mais c’est marginal). Ce livre est magistral. Le scénario est d’une intelligence lumineuse et percutante. Le dessin est d’un grand classicisme (dans l’univers comics), à la fois dans le trait et la construction ; il révèle surtout un grand maître du N & B. Seule la mise en couleurs m’a laissé parfois dubitatif, hésitant entre critique et admiration, mais en tout cas obligé de reconnaître une grande originalité.

Sauf que, sauf que…. il n’existe pas de planches de « Fondu au Noir » !!! Sean Phillips a avoué lors d’un entretien avec Bodoï à l’occasion du dernier Festival d’Angoulême, que les 350 pages de l’album avaient été dessinées à l’ordinateur ! On dit chez nous que « faute de grives on mange des merles », donc lorsque j’ai vu passer ces deux magnifiques travaux de Sean Phillips, la planche de « Incognito #1 – Projet Overkill » et la couverture de « Uncanny – Season of Hungry Ghosts #6 » j’ai sauté sur l’occasion. Ces travaux ont été réalisés quelques années avant « Fondu au Noir », mais on y retrouve tout Sean Phillips de la même façon. Et en particulier, outre son trait d’un grand classicisme qui me fait penser à celui de Dave Gibbons, britannique comme lui (et de façon plus étonnante à celui de Julio Ribera), c’est surtout sa maîtrise du N& B qui m’a sidéré. Je le place à l’égal des plus grands dans ce domaine, les Pratt, Jijé, Bernet, …Son jeu sur les ombres et les lumières, très expressionniste, offre au lecteur une vision brutale de l’histoire écrite par Brubaker. Les dialogues deviennent presque superflus. Noir c’est noir ! Et il faut hélas bien reconnaître que la mise en couleur ne lui rend pas service. Toute la magie de son dessin est mise sous l’éteignoir par Val Staples, au lieu d’être magnifiée comme y réussit parfois/souvent (chacun jugera) Bettie Breitweiser dans « Fondu au Noir ».

La planche de « Incognito » est une des plus belles de l’album car c’est celle où le héros Zack Overkill rencontre l’héroïne Zoe Zeppelin.

« Incognito » n’est pas une « classique » histoire noire comme « Fondu au Noir ». Ed Brubaker et Sean Phillips tentent de fusionner leurs influences, les deux univers spécifiquement américains : la série noire et les super-héros. Dieu sait que quand j’étais gamin, j’en ai lu des histoires de héros et de super-héros en provenance de « gringoland », mais les années ont passé et je suis depuis longtemps totalement étranger et imperméable à cet univers que je ne comprends plus…. sauf l’indispensable « Watchmen (Les Gardiens) », une superbe tentative de distanciation et d’intellectualisation de cet univers, en jouant en particulier sur la culpabilité et la rédemption enchevêtrées dans la trame d’un nouveau complot. Justement, il me paraît évident que le duo infernal Ed Brubaker / Sean Phillips s’est inscrit dans les pas du duo non moins génial Alan Moore / Dave Gibbons, et que « Incognito » s’inspire ouvertement des « Watchmen ». Je ne dis pas qu’ils atteignent les mêmes sommets, très loin de là, mais ce que je viens de dire à propos du scénario de « Watchmen » peut s’appliquer tel que à « Incognito ». Brubaker est même allé jusqu’à donner le prénom Zack à son héros, le même prénom que celui du réalisateur du film tiré des « Watchmen » : Zack Snyder ! Et je ne crois pas aux coïncidences.

Ce duo Ed Brubaker / Sean Phillips semble être abonné aux récompenses américaines puisqu’ils raflent presque tous les ans les prix Harvey et Eisner (pour « Fondu au Noir » en 2016 d’ailleurs). Tout n’est donc pas perdu, cet univers des comics tellement lointain du nôtre, est pourtant capable de jeter des ponts en produisant des œuvres admirables pour les deux rives de l’Atlantique.

About Sean Phillips

While still following art studies, Sean Philllips began working for the British Fleetway agency, illustrating stories with 'Judge Dredd' for 2000AD. At the beginning of the 1990s, he went to work for the US market, where he started out working extesively on DC/Vertigo's 'Hellblazer' title. For the Vertigo imprint, Phillips has also illustrated some issues of Peter Milligan's 'Shade, the Changing Man', the regular 'Kid Eternity' series, as well as the graphic novels 'The Heart of the Beast' (co-written by Dean Motter) and the Peter Milligan scripted 'Vertigo Verité: Hell Eternal' and 'The Minx'. In 2001, he cooperated with fellow artist John Bolton on the miniseries 'User'. While working for Vertigo, Phillips also cooperated on more commercial titles, such as 'Batman' and its fellow titles 'Legends of the Dark Knight', 'Gotham Knights' and, most notably, 'Gotham Noir'. The latter was scripted by Ed Brubaker, with whom Phillips began the 'Sleeper' title at DC/Wildstorm in 2003. He also cooperated on Marvel's 'Webspinners: Tales of Spider-Man', 'X-Patrol' and 'Wildcats'. With Bruce Jones, he created the maffia title 'Kingpin'. With Ed Brubaker, he has worked on 'Criminal' for Icon Comics. Text (c) Lambiek

3 comments
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fazo Top
Feb 23, 2019, 1:02 AM
Difool Très belle planche en effet, et belle invitation pour moi à découvrir cet auteur dont j'ai déjà pu admirer d'autres oeuvres sur 2dg !
Dec 22, 2018, 9:01 AM
Trystan superbe encrage !
Oct 1, 2018, 9:26 AM