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Tatsuo Yoshida, Human Torpedoes Kaiten - Planche originale
41 

Human Torpedoes Kaiten

Planche originale
1967
Encre de Chine
25.5 x 36 cm (10.04 x 14.17 in.)
Ajoutée le 05/01/2026
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Weekly Shonen Sunday (週刊 少年サンデー) 50号
Publication

Description

Kaiten, la torpille humaine (人間魚雷 回天)
Couverture
Première publication dans Weekly Shonen Sunday (週刊 少年サンデー) 50号 de Shogakukan (小学館) - Février 1967

Commentaire

Tatsuo Yoshida (吉田竜夫 – 1932-1977) connait une enfance difficile suite à la disparition de ses parents, tués à la fin de la seconde guerre mondiale. Orphelin, il doit apprendre le dessin en autodidacte pour survivre, gagnant sa vie en réalisant des illustrations pour journaux et magazines, ainsi que des esquisses pour kamishibai (spectacles de théâtre d'images). Influencé par les illustrateurs Sentarō Iwata et Gōichi Yanagawa, le jeune homme nourrit l'ambition de devenir illustrateur professionnel et se rend à Tokyo après avoir travaillé pour un journal local de Kyoto.

Dans les années 1950, il publie des illustrations dans le Kyoto Shinbun et le Miyako Shinbun, cherchant d'abord à s'établir comme auteur d'histoires illustrées (emonogatari). Mais constatant rapidement le déclin du genre, il se tourne vers la bande dessinée. Son véritable début professionnel a lieu en 1954 avec l'histoire illustrée Tekwan Rikiya (鉄腕力也), sur un scénario d'Ikki Kajiwara, dans le magazine Bōken-ō. À partir de 1955, il forme un tandem fructueux avec Ikki Kajiwara, collaborant sur de nombreuses œuvres qui posent les fondations de sa carrière.

L’étape cruciale dans la carrière de Yoshida survient grâce à son lien avec l'entourage d'Osamu Tezuka. Hiroshi Sasagawa, qui avait été l'assistant d'Osamu Tezuka vers 1957 et avait travaillé sur les storyboards d'Astro Boy, était un ami proche de Yoshida. Après son expérience auprès de Tezuka, Sasagawa persuada Yoshida de se lancer dans l'animation. En novembre 1962, lorsque Tezuka et Mushi Production annoncèrent Astro Boy avec son épisode pilote, toute l'industrie de l'animation et du manga se rassembla pour le regarder. Yoshida s'intéressa alors à la production d'anime après avoir rencontré Sasagawa, marquant ainsi le début de la carrière anime de Tatsunoko.

L'année 1962 est un second moment clé puisqu’il fonde avec ses deux frères cadets, Kenji Yoshida (吉田健二) et Ippei Kuri (九里一平), la Tatsunoko Production (竜の子プロダクション), futur Tatsunoko Pro (タツノコプロ), studio d'animation dont il devient le premier président. Cette création coïncide avec la publication de Champion Tai dans le Weekly Shōnen Magazine de Kōdansha, dont l'adaptation télévisée fut diffusée la même année sur Fuji Television. Yoshida incarne une vision particulière du métier, celle d'un créateur refusant d'adapter des œuvres existantes et privilégiant systématiquement les créations originales pour la télévision.

En 1964, il publie Space Ace (宇宙エース) dans le Shōnen Book, qu'il adapte lui-même en animation l'année suivante au sein de son propre studio. Cette série était clairement inspirée d'Astro Boy. Il souhaite produire des animations dans un style américain, avec des designs inspirés des comics, s'aventurant sur des terrains que les autres studios évitent. En 1967, Mach GoGoGo (マッハGoGoGo) rencontre un énorme succès, confirmant la pertinence de sa ligne artistique. Au-delà de l'animation destinée à la jeunesse, Yoshida s'illustre aussi dans des récits plus sombres et historiques.

En février 1967, dans le numéro 50 du Weekly Shōnen Sunday, il livre Kaiten, la torpille humaine, un manga long format consacré aux torpilles humaines utilisées par la marine impériale japonaise en fin de guerre. Ce récit s'inscrit dans une série de bandes dessinées de guerre qui marquent les années 1960, période où la mémoire du conflit restait vive dans la société japonaise. Ce manga se distingue par une approche graphique nourrie de l'expérience de Yoshida dans l'animation, influencée par les codes visuels américains, et par un ton résolument grave, en contraste avec les productions plus légères de l'époque. Le trait, souple et dynamique, s'accompagne d'une mise en page d'une modernité remarquable. Quand beaucoup d'auteurs introduisent des éléments caricaturaux ou comiques pour atténuer la dureté du propos, Yoshida choisit de maintenir un style réaliste, sans échappatoire humoristique.

Dans cette œuvre, il met en scène le sacrifice de jeunes soldats embarqués dans des engins suicides, avec une volonté manifeste de transmettre la mémoire d'une génération brisée. Son regard sur les conséquences humaines de la guerre est lucide. Le style graphique, fidèle à sa rigueur habituelle, accentue la tension dramatique et témoigne d'un engagement personnel dans la narration. Cette facette plus introspective et critique de son œuvre révèle un créateur capable de naviguer entre l'optimisme éclatant de ses séries animées et la gravité des traumatismes historiques, prouvant ainsi l'amplitude de son talent narratif.

Les années 1970 consacrent définitivement le génie de Yoshida avec des séries devenues légendaires dans l'histoire de l'animation japonaise, dont Minashigo Hatch (みなしごハッチ), Le Génial Hakkushon (ハクション大魔王), Gatchaman le puissant (科学忍者隊ガッチャマン) et la série Yattāman. En 1971, Minashigo Hatch lui vaut le 17ème prix Shōgakukan de la bande dessinée, reconnaissance officielle de son apport à la culture populaire japonaise. Sa devise, qu'il érigea en philosophie d'entreprise, était simple mais ambitieuse, Donner des rêves aux enfants du monde entier. Cette phrase était non seulement son credo personnel, mais aussi la devise officielle de Tatsunoko Production.

Tatsuo Yoshida s'éteint le 5 septembre 1977 des suites de son cancer du foie, à l'âge de 45 ans seulement, laissant derrière lui un héritage considérable qui allait influencer durablement l'industrie de l'animation japonaise. Son œuvre entre émerveillement enfantin et conscience historique, demeure un témoignage précieux de la richesse du média dessiné et animé japonais.

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