Dans la collection de Jan
El Viajero de Gris - Vera Magia
Techniques mixtes
Crayon, encre et lavis
28 x 40 cm (11.02 x 15.75 in.)
Ajoutée le 21/04/2026
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Description
El Viajero de Gris - Les aventures de Cornelius Dark
Commentaire
Vera magia s’ouvre sur une image simple et forte : Cornelius Dark est assis dans sa cellule, un livre à la main, Till Ulenspiegel. Un sourire apparaît déjà sur son visage. Ce détail suffit. Avec Ulenspiegel, quelque chose entre dans la cellule avant même que Cornelius ne la quitte : l’insolence, la ruse, la possibilité d’un renversement.
Breccia construit cette première planche avec une extrême sobriété. Un homme, un livre, quelques barreaux. Il n’en faut pas davantage. Pourtant, pendant que Cornelius lit, l’espace se transforme. Les barreaux restent visibles, mais ils perdent de leur dureté. La cellule est toujours là, sans avoir tout à fait la même évidence. Au milieu de la page, on lit : « Por un instante, el hombre intenta ahuyentar a la muerte… » Le livre ouvre alors un passage dans un monde qui paraissait clos.
À partir de là, Cornelius disparaît dans le monde d’Ulenspiegel. Avec Tijl, il traverse la farce d’un bourgeois riche et triste qui se laisse convaincre, par un faux magicien, qu’il pourra retourner dans le ventre maternel et ainsi échapper à ses soucis. La femme en question est une serveuse de l’auberge. Très vite, l’homme comprend qu’il a été dupé, tandis que Tijl et ses compagnons s’enfuient avec sa bourse bien remplie.
Après cette farce, Cornelius Dark éclate de rire. Les gardiens l’entendent et pensent qu’il est devenu fou. Mais ce rire ramène dans la prison tout ce que l’univers d’Ulenspiegel contient de liberté, de dérision et de renversement. Le sourire de la première planche prend alors, rétrospectivement, tout son poids.
Dans l’œuvre de Breccia, Viajero de gris occupe une place à part. Réalisée entre 1977 et 1981, la série appartient à une période où son dessin devient plus ouvert et plus libre. Cette planche le montre très bien. Au crayon, à l’encre et au lavis sur papier, Breccia ne construit pas un décor fermé, mais une image faite d’ombres, de taches et de formes à demi dissoutes. Tout y demeure mobile. Cela convient parfaitement à une série où les livres et les récits cessent d’être de simples objets pour devenir de véritables seuils.
Un fil littéraire traverse aussi cette page. Jack London avait déjà utilisé, dans Le Vagabond des étoiles, l’idée d’un prisonnier qui s’arrache depuis sa cellule à la réalité immédiate. On retrouve quelque chose de proche dans un épisode de Mort Cinder. Dans Vera magia, ce motif prend une forme très singulière : il ne s’agit pas seulement d’échapper à la cellule, mais d’entrer dans le récit de Tijl Ulenspiegel, c’est-à-dire dans un monde où l’ironie se montre plus forte que l’autorité.
Mais ce motif n’est pas seulement littéraire. Viajero de gris naît aussi dans l’Argentine des années de plomb. Breccia et Trillo eux-mêmes travaillent alors dans une réalité qu’ils n’ont pas choisie. La figure de Cornelius Dark en prend un relief particulier : celui d’un homme enfermé qui trouve dans les livres une issue. Nous vivons, nous aussi, dans une réalité que nous n’avons pas choisie et qui se fait de plus en plus dure : guerres, menaces de guerre, dérèglement climatique, incertitude face à l’avenir. Comme lui, nous cherchons parfois dans les livres, dans l’imagination, dans l’humour ou dans l’ironie une manière de nous y soustraire un instant. En cela, Cornelius Dark nous est proche. Quant à Tijl Ulenspiegel, il demeure immortel, parce qu’il continue d’introduire la ruse et le rire dans un monde qui menace sans cesse de se refermer.
Breccia construit cette première planche avec une extrême sobriété. Un homme, un livre, quelques barreaux. Il n’en faut pas davantage. Pourtant, pendant que Cornelius lit, l’espace se transforme. Les barreaux restent visibles, mais ils perdent de leur dureté. La cellule est toujours là, sans avoir tout à fait la même évidence. Au milieu de la page, on lit : « Por un instante, el hombre intenta ahuyentar a la muerte… » Le livre ouvre alors un passage dans un monde qui paraissait clos.
À partir de là, Cornelius disparaît dans le monde d’Ulenspiegel. Avec Tijl, il traverse la farce d’un bourgeois riche et triste qui se laisse convaincre, par un faux magicien, qu’il pourra retourner dans le ventre maternel et ainsi échapper à ses soucis. La femme en question est une serveuse de l’auberge. Très vite, l’homme comprend qu’il a été dupé, tandis que Tijl et ses compagnons s’enfuient avec sa bourse bien remplie.
Après cette farce, Cornelius Dark éclate de rire. Les gardiens l’entendent et pensent qu’il est devenu fou. Mais ce rire ramène dans la prison tout ce que l’univers d’Ulenspiegel contient de liberté, de dérision et de renversement. Le sourire de la première planche prend alors, rétrospectivement, tout son poids.
Dans l’œuvre de Breccia, Viajero de gris occupe une place à part. Réalisée entre 1977 et 1981, la série appartient à une période où son dessin devient plus ouvert et plus libre. Cette planche le montre très bien. Au crayon, à l’encre et au lavis sur papier, Breccia ne construit pas un décor fermé, mais une image faite d’ombres, de taches et de formes à demi dissoutes. Tout y demeure mobile. Cela convient parfaitement à une série où les livres et les récits cessent d’être de simples objets pour devenir de véritables seuils.
Un fil littéraire traverse aussi cette page. Jack London avait déjà utilisé, dans Le Vagabond des étoiles, l’idée d’un prisonnier qui s’arrache depuis sa cellule à la réalité immédiate. On retrouve quelque chose de proche dans un épisode de Mort Cinder. Dans Vera magia, ce motif prend une forme très singulière : il ne s’agit pas seulement d’échapper à la cellule, mais d’entrer dans le récit de Tijl Ulenspiegel, c’est-à-dire dans un monde où l’ironie se montre plus forte que l’autorité.
Mais ce motif n’est pas seulement littéraire. Viajero de gris naît aussi dans l’Argentine des années de plomb. Breccia et Trillo eux-mêmes travaillent alors dans une réalité qu’ils n’ont pas choisie. La figure de Cornelius Dark en prend un relief particulier : celui d’un homme enfermé qui trouve dans les livres une issue. Nous vivons, nous aussi, dans une réalité que nous n’avons pas choisie et qui se fait de plus en plus dure : guerres, menaces de guerre, dérèglement climatique, incertitude face à l’avenir. Comme lui, nous cherchons parfois dans les livres, dans l’imagination, dans l’humour ou dans l’ironie une manière de nous y soustraire un instant. En cela, Cornelius Dark nous est proche. Quant à Tijl Ulenspiegel, il demeure immortel, parce qu’il continue d’introduire la ruse et le rire dans un monde qui menace sans cesse de se refermer.
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A propos de Alberto Breccia
Alberto Breccia est un auteur de bande dessinée argentin. D'abord influencé par la bande dessinée d'aventures nord-américaine (Milton Caniff), il se forge un style très personnel et en constante évolution, qui emprunte à l'art grotesque, à l'expressionnisme et au clair-obscur.