Dans la collection de mariol
Adèle Blanc-Sec - Le Mystère des Profondeurs planche 24
Encre de Chine
Sur papier épais
32.5 x 44 cm (12.8 x 17.32 in.)
Ajoutée le 04/07/2020
Lien copié dans le presse-papier !













Description
Planche 24 de l’album Le Mystère des Profondeurs, issu des Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, créé par le génialissime et géantissime Jacques Tardi et édité par les éditions Casterman en octobre 1998
Planche également publiée ou plutôt prépubliée dans le journal Libération du 15 août 1998 (épisode 12 sur 23). L’été 1998 était ainsi annoncé et animé : « Adèle Blanc-Sec et le Mystère des Profondeurs… un feuilleton quotidien signé Tardi à suivre du 3 au 27 août dans Libération » (en fait jusqu’au 28 août… ils ne sont pas très forts en Maths au Libé !)
A noter que le portrait d’Adèle a été utilisé pour la couverture du tirage de tête. Egalement édité par les éditions Casterman en octobre 1998, numéroté à 550 exemplaires et signé par Jacques Tardi, cet ouvrage est de plus grand format (30 par 40 cm au lieu de 23 par 30 cm pour l’édition normale) et présente l’avantage de reproduire l’ensemble des planches de l’album en noir et blanc, le premier du genre pour cette série (le second étant celui de l’éditeur Laurent Hennebelle pour le premier tome Adèle et la Bête en 2017)
Planche également publiée ou plutôt prépubliée dans le journal Libération du 15 août 1998 (épisode 12 sur 23). L’été 1998 était ainsi annoncé et animé : « Adèle Blanc-Sec et le Mystère des Profondeurs… un feuilleton quotidien signé Tardi à suivre du 3 au 27 août dans Libération » (en fait jusqu’au 28 août… ils ne sont pas très forts en Maths au Libé !)
A noter que le portrait d’Adèle a été utilisé pour la couverture du tirage de tête. Egalement édité par les éditions Casterman en octobre 1998, numéroté à 550 exemplaires et signé par Jacques Tardi, cet ouvrage est de plus grand format (30 par 40 cm au lieu de 23 par 30 cm pour l’édition normale) et présente l’avantage de reproduire l’ensemble des planches de l’album en noir et blanc, le premier du genre pour cette série (le second étant celui de l’éditeur Laurent Hennebelle pour le premier tome Adèle et la Bête en 2017)
Inscriptions / Signatures
Signé en bas à droite depuis le 6 novembre 2021 - merci Monsieur Tardi - un grand moment avec un grand Monsieur
Commentaire
Bon sang de bon sang ! Quelle histoire !
J’aimais je n’aurais imaginé trouver une telle merveille… une Aventure Extraordinaire en quelque sorte où il est question de Mystère et de Profondeurs et que je vais m’empresser de vous (ra)conter…
L’interminable Aventure
Je recherchais depuis un bon moment déjà une jolie pièce de Jacques Tardi. Je n’avais pas d’idée précise : une Burma, une Adèle Blanc-Sec, une planche, une illustration ou un de ces petits dessins dont il a le talent, notamment ceux du Voyage au bout de la nuit de Céline. Une seule certitude, je voulais du noir et blanc et surtout une pièce très caractéristique. Jacques Tardi a un style et sait donner une ambiance inimitable et c’est avant tout cela que je recherchais.
L’Extraordinaire découverte
Les années passèrent et se ressemblèrent. Jacques Tardi se maintenait tout en haut de ma liste. Quelques hésitations mais sans plus. Je voulais vraiment quelque-chose de très évocateur. Puis, par grand beau temps, on me proposa cette planche (un grand merci à toi). Apprenant qu’elle rentrait dans mon budget, non sans quelques sacrifices, je n’ai pas trop hésité et je suis immédiatement allé la voir pour dire à peine arrivé : « je la prends ». Des occasions comme celle-là, il faut savoir les saisir et vite. Jacques Tardi, je l’associe avant tout à un style graphique reconnaissable entre tous, à la guerre et à ma terre d’accueil Paris. Et là, j’y suis pleinement, le tout accompagné d’une Adèle Blanc-Sec qui m’a fait découvrir et apprécier l’univers de cet incroyable auteur. J’avoue avoir un certain attachement pour cette héroïne qui ne ressemble à aucune autre depuis ma découverte de cette série empruntée à l’époque dans une des médiathèques de Paris alors que je n’y vivais pas encore ! La boucle est bouclée semble-t-il !
Le Mystère de l’hésitation
Certains diraient : « Argh ! Pas de grande case, de pluie, de joli portrait d’Adèle et c’est Tardif ! ».
Ce à quoi je répondrais : « C’est vrai et pour tout dire, j’ai hésité quelques secondes pour une de ces raisons, mais elle s’est vite dissipée.
Les yeux rivés sur mon écran de téléphone, j’ai aussitôt été conquis… avec toutefois une légère sensation qu’il manquait un petit quelque-chose. Ce n’était pas une affaire de grande case, de pluie ou d’album car je trouve cette planche particulièrement bien équilibrée et harmonieuse avec ce découpage minutieux et millimétré comme Tardi sait si bien le faire, bien trempée et je préfère ce style arrondi au style plus anguleux des débuts. On est de plus au cœur du mythe : Paris avec les Invalides, le Grand Palais (et le petit), le pont Alexandre III et la Tour Eiffel (enfin un étage seulement, quel taquin ce Jacques !), la guerre en toile de fond, des pavés, mouillés de surcroit, de l’architecture, des bâtiments parisiens, une sculpture, des gueules caractéristiques, des dialogues savoureux, riches et subtils et une Adèle, son personnage emblématique créé de toute pièce, omniprésente sur les strips du haut et du bas et qui pourtant ne se révèle vraiment que sur une seule case, mais quelle case ! Ce portrait, je le trouve particulièrement bien mis en valeur au milieu de toutes ces autres cases. Je le trouve même Extraordinaire (c’est le mot qui me vient en premier lorsque je le regarde, étrange non ?).
Pourtant, ce portrait m’a quelque peu troublé. Je ne le trouvais pas suffisamment joli, dans les canons de beauté on va dire. Bien que merveilleusement exécuté et expressif, se tenir la mâchoire et faire la grimace pour une histoire de dent n’est pas des plus glamours. Puis, je me suis rappelé que Tardi, le spécialiste des gueules amochées ou tout du moins bien typées, a créé une Adèle qui n’apparaît jamais très attrayante au fil des pages qui se tournent. Elle n’est jamais moche et en même temps jamais jolie, sans doute du fait de son côté intrépide et garçon manqué… je ne saurai dire. Un joli portrait d’Adèle, cela n’existe donc pas vraiment (enfin pour moi) ou alors si et c’est justement vers une représentation emblématique qu’il faut s’orienter, le mot joli pouvant prendre différentes significations. Alors, l’hésitation s’est estompée et j’ai craqué ! Et quel plaisir le lendemain de ma conquête, lorsqu’en surfant sur la toile, je suis tombé au gré de mes recherches sur ce portrait en couverture du tirage de tête. Ce portrait, je le trouvais topissime - je ne suis pas le seul apparemment - et c’est sans doute parce que j’avais oublié cette reprise que j’ai eu cette légère hésitation et sensation de manque. Cela devait inconsciemment me tarauder, mais rassurez-vous cette sensation est bien derrière moi dorénavant ! »
Les cerises des Profondeurs
Des cerises sur le gâteau. Des petites, des grosses, des rondes, des difformes, mais aussi des véreuses telles des caries attablées sur une dent. Jacques Tardi, c’est l’épicier généreux de la bande dessinée. Pas de blouse grise mais une gitane au bec et un rotring à la main et une chose est sure, il tient bien une petite boutique indépendante de proximité et te sert bien des surprises sur ses planches. Des cerises objectives, mais aussi subjectives et c’est bien là une de ses grandes forces. Avec tous ces petits détails, il arrive à te happer en allant au plus profond de toi et avec une facilité assez déconcertante. Vraiment impressionnant !
Mais commençons par les objectives (ou tout du moins les moins subjectives). La première, c’est le sujet en toile de fond. Quand on pense à Tardi, on pense à la guerre, la mort, la paix. Avoir une planche au mur de Putain de guerre ou issue du Stalag IIB, peu pour moi. En revanche, avoir ce thème récurrent sur une planche d’Adèle, là je dis oui et sans aucune hésitation. La référence la plus (dé)flagrante, c’est bien évidemment les Invalides et la fumée qui s’en échappe ainsi que cette case en bas à gauche dans laquelle Adèle divague. Adèle divague, oui et au côté de la Défense du Foyer de Boisseau représentant un de nos ancêtres gaulois défendant sa famille, mais pas Jacques car c’est bien au travers de son personnage qu’il nous distille son souhait qu’il n’y ait plus d’armées pour qu’il n’y ait plus de guerre. Ce souhait, il l’avait déjà esquissé dès la case précédente avec les grosses fesses de Dalou qui font référence au personnage féminin du Triomphe de la République situé place de la Nation. Cette femme, positionnée à l’arrière de la sculpture, a effectivement les fesses à l’air, mais elle représente avant tout la Paix jetant des fleurs sur son passage. Dernière petite référence, la guillotine qui n’est pas sans rappeler son engagement sur le sujet de la peine de mort.
Une autre cerise, la subtilité linguistique que l’on peut apprécier dans le 2e strip. Tout tourne autour de deux thématiques : l’opulence avec les mots gros, énorme, des pas minces, grosses, grossier et une partie du corps bien précise que je vous laisse deviner avec trou, constipe, sentie, fesses, malpropre. Et quand on associe les deux, on trouve étrangement le mot corpulence qui colle parfaitement aux deux protagonistes. J’adore et d’autant plus que la qualité de ce strip ne se limite pas au dialogue. Les personnages sont très évocateurs graphiquement parlant et je trouve le découpage rondement bien mené. Ce personnage moustachu, on le voit tourner autour du commissaire Laumanne de case en case et ses positionnements font que l’ensemble se révèle savamment orchestré, harmonieux et qu’un point de fuite se localise étrangement et naturellement au milieu du strip. Associé aux deux autres strips aux décors parisiens placés dans chacun des angles, tout est fait pour nous ramener inexorablement vers le centre de cette planche, le point d’équilibre autour duquel tout le reste se dessine, et je trouve cela d’autant plus remarquable que les trois strips sont déconnectés les uns des autres, mais une fois ensemble ils forment un tout cohérent et suffisant à lui-même.
Dernière cerise objective, cette aventure commence sur les chapeaux de roue et se termine au frein à main avec cette dernière case et cette pose façon carte postale, ces petites guibolles et cette ambiance tellement tardiesques. Quelle construction ! Tout est millimétré. Un vrai travail d’orfèvre. On sent que rien n’est laissé au hasard et c’est exactement ce que j’aime chez Tardi. Un style inimitable et je trouve cela tout simplement mag(n)i(fi)que.
En guise de dessert, voici pêle-mêle quelques cerises bien subjectives. Le Grand Palais, mon lieu préféré de Paris. Comment oublier notre première rencontre. Je me vois encore arrivant pour la première fois dans son antre et rester immobile dès mon entrée en regardant cette gargantuesque verrière de métal en commençant par son milieu, puis en balayant de gauche à droite et de droite à gauche tout en me disant « Ouahhh ! ». J’en ai encore les yeux qui brillent et le palpitant rien que d’y penser. Ce lieu est pour moi le lieu créatif et artistique par excellence.
Ce lieu, il me fait toujours penser à l’exposition universelle de 1900 et à la création de la première ligne de métro. La station Champs-Elysées Clémenceau que je distingue en ligne de fuite de la 2e case, je l’utilise quotidiennement pour ma correspondance entre le Fort de Châtillon et La Défense lorsque nous ne sommes pas en état de guerre (tiens tiens quelle drôle de coïncidence) et même si elle n’existait pas encore, je m’imagine dans une rame de la ligne 13 qui se dessine sous le sillage des traces laissées par Adèle, Brindavoine et Chalazion. Je me vois également descendre à Varenne, la station juste avant, et passer devant le square des Invalides où se déroule le 3e strip. J’y descends quelques-fois pour parler Défense (encore une coïncidence). A compter de ce jour, je le regarderai différemment ce square. C’est certain.
Des références à ma vie professionnelle, j’en vois beaucoup d’autres. Les mots ministre et armées me font penser au ministère des armées. Toute une histoire depuis mon embauche. Le mot ministre seul me rappelle quant à lui mon actualité. Comment ne pas oublier que durant ce quinquennat et en ce temps de crise, enfin en ce temps de guerre pour l’un d’entre nous, des ministres (tré)passent. Et de quatre ! Une autre page d’histoire, la mienne en tout cas, se tourne. Et comment oublier cette soirée clubbing improbable organisée par ma boite au Showcase qui était niché sous le pont Alexandre III, mon pont préféré de Paris. Avec tous ces gogos danceurs et danceuses, l’ambiance n’était pas vraiment raccord avec l’ambiance du parti. Un décalage certain à l’image de ce qui fait le charme de ces Aventures Extraordinaires et d’Adèle Blanc-Sec.
Pour revenir un peu sur ma vie perso et après je vous laisse tranquille, cette planche m’évoque également mes deux grands-mères, celle que tout le monde m’enviait et celle qui est toujours là et que je n’aurai jamais présenté même à mon pire assaillant. La première était polonaise et elle est partie beaucoup trop tôt. Quand on a quelqu’un de précieux, on ne veut jamais le voir disparaitre et cette ambassade polonaise que je distingue sur la dernière case derrière les arbres à droite me fait penser à elle et me donne du baume au cœur. Quant à cette histoire de dent, comment passer à côté de mon autre grand-mère. Elle est tenace et toujours là, à l’image de son increvable dentition ! Mon héritage : il semblerait qu’elle m’ait bien plombé. Je ne vois jamais de dentiste ! Aucun risque donc que je finisse avec un plombage fait d’un alliage très résistant convoité par le Dentiste et toute son équipe. Me voilà donc rassuré.
Dans cette planche, j’y vois donc une forme de patrimoine personnel, mais pas que ! J’y vois avant tout une partie du patrimoine de la bande dessinée et j’ai pour la première fois l’impression d’avoir ramené chez moi un morceau d’histoire et je n’en suis pas peu fier. Merci Monsieur Tardi.
J’aimais je n’aurais imaginé trouver une telle merveille… une Aventure Extraordinaire en quelque sorte où il est question de Mystère et de Profondeurs et que je vais m’empresser de vous (ra)conter…
L’interminable Aventure
Je recherchais depuis un bon moment déjà une jolie pièce de Jacques Tardi. Je n’avais pas d’idée précise : une Burma, une Adèle Blanc-Sec, une planche, une illustration ou un de ces petits dessins dont il a le talent, notamment ceux du Voyage au bout de la nuit de Céline. Une seule certitude, je voulais du noir et blanc et surtout une pièce très caractéristique. Jacques Tardi a un style et sait donner une ambiance inimitable et c’est avant tout cela que je recherchais.
L’Extraordinaire découverte
Les années passèrent et se ressemblèrent. Jacques Tardi se maintenait tout en haut de ma liste. Quelques hésitations mais sans plus. Je voulais vraiment quelque-chose de très évocateur. Puis, par grand beau temps, on me proposa cette planche (un grand merci à toi). Apprenant qu’elle rentrait dans mon budget, non sans quelques sacrifices, je n’ai pas trop hésité et je suis immédiatement allé la voir pour dire à peine arrivé : « je la prends ». Des occasions comme celle-là, il faut savoir les saisir et vite. Jacques Tardi, je l’associe avant tout à un style graphique reconnaissable entre tous, à la guerre et à ma terre d’accueil Paris. Et là, j’y suis pleinement, le tout accompagné d’une Adèle Blanc-Sec qui m’a fait découvrir et apprécier l’univers de cet incroyable auteur. J’avoue avoir un certain attachement pour cette héroïne qui ne ressemble à aucune autre depuis ma découverte de cette série empruntée à l’époque dans une des médiathèques de Paris alors que je n’y vivais pas encore ! La boucle est bouclée semble-t-il !
Le Mystère de l’hésitation
Certains diraient : « Argh ! Pas de grande case, de pluie, de joli portrait d’Adèle et c’est Tardif ! ».
Ce à quoi je répondrais : « C’est vrai et pour tout dire, j’ai hésité quelques secondes pour une de ces raisons, mais elle s’est vite dissipée.
Les yeux rivés sur mon écran de téléphone, j’ai aussitôt été conquis… avec toutefois une légère sensation qu’il manquait un petit quelque-chose. Ce n’était pas une affaire de grande case, de pluie ou d’album car je trouve cette planche particulièrement bien équilibrée et harmonieuse avec ce découpage minutieux et millimétré comme Tardi sait si bien le faire, bien trempée et je préfère ce style arrondi au style plus anguleux des débuts. On est de plus au cœur du mythe : Paris avec les Invalides, le Grand Palais (et le petit), le pont Alexandre III et la Tour Eiffel (enfin un étage seulement, quel taquin ce Jacques !), la guerre en toile de fond, des pavés, mouillés de surcroit, de l’architecture, des bâtiments parisiens, une sculpture, des gueules caractéristiques, des dialogues savoureux, riches et subtils et une Adèle, son personnage emblématique créé de toute pièce, omniprésente sur les strips du haut et du bas et qui pourtant ne se révèle vraiment que sur une seule case, mais quelle case ! Ce portrait, je le trouve particulièrement bien mis en valeur au milieu de toutes ces autres cases. Je le trouve même Extraordinaire (c’est le mot qui me vient en premier lorsque je le regarde, étrange non ?).
Pourtant, ce portrait m’a quelque peu troublé. Je ne le trouvais pas suffisamment joli, dans les canons de beauté on va dire. Bien que merveilleusement exécuté et expressif, se tenir la mâchoire et faire la grimace pour une histoire de dent n’est pas des plus glamours. Puis, je me suis rappelé que Tardi, le spécialiste des gueules amochées ou tout du moins bien typées, a créé une Adèle qui n’apparaît jamais très attrayante au fil des pages qui se tournent. Elle n’est jamais moche et en même temps jamais jolie, sans doute du fait de son côté intrépide et garçon manqué… je ne saurai dire. Un joli portrait d’Adèle, cela n’existe donc pas vraiment (enfin pour moi) ou alors si et c’est justement vers une représentation emblématique qu’il faut s’orienter, le mot joli pouvant prendre différentes significations. Alors, l’hésitation s’est estompée et j’ai craqué ! Et quel plaisir le lendemain de ma conquête, lorsqu’en surfant sur la toile, je suis tombé au gré de mes recherches sur ce portrait en couverture du tirage de tête. Ce portrait, je le trouvais topissime - je ne suis pas le seul apparemment - et c’est sans doute parce que j’avais oublié cette reprise que j’ai eu cette légère hésitation et sensation de manque. Cela devait inconsciemment me tarauder, mais rassurez-vous cette sensation est bien derrière moi dorénavant ! »
Les cerises des Profondeurs
Des cerises sur le gâteau. Des petites, des grosses, des rondes, des difformes, mais aussi des véreuses telles des caries attablées sur une dent. Jacques Tardi, c’est l’épicier généreux de la bande dessinée. Pas de blouse grise mais une gitane au bec et un rotring à la main et une chose est sure, il tient bien une petite boutique indépendante de proximité et te sert bien des surprises sur ses planches. Des cerises objectives, mais aussi subjectives et c’est bien là une de ses grandes forces. Avec tous ces petits détails, il arrive à te happer en allant au plus profond de toi et avec une facilité assez déconcertante. Vraiment impressionnant !
Mais commençons par les objectives (ou tout du moins les moins subjectives). La première, c’est le sujet en toile de fond. Quand on pense à Tardi, on pense à la guerre, la mort, la paix. Avoir une planche au mur de Putain de guerre ou issue du Stalag IIB, peu pour moi. En revanche, avoir ce thème récurrent sur une planche d’Adèle, là je dis oui et sans aucune hésitation. La référence la plus (dé)flagrante, c’est bien évidemment les Invalides et la fumée qui s’en échappe ainsi que cette case en bas à gauche dans laquelle Adèle divague. Adèle divague, oui et au côté de la Défense du Foyer de Boisseau représentant un de nos ancêtres gaulois défendant sa famille, mais pas Jacques car c’est bien au travers de son personnage qu’il nous distille son souhait qu’il n’y ait plus d’armées pour qu’il n’y ait plus de guerre. Ce souhait, il l’avait déjà esquissé dès la case précédente avec les grosses fesses de Dalou qui font référence au personnage féminin du Triomphe de la République situé place de la Nation. Cette femme, positionnée à l’arrière de la sculpture, a effectivement les fesses à l’air, mais elle représente avant tout la Paix jetant des fleurs sur son passage. Dernière petite référence, la guillotine qui n’est pas sans rappeler son engagement sur le sujet de la peine de mort.
Une autre cerise, la subtilité linguistique que l’on peut apprécier dans le 2e strip. Tout tourne autour de deux thématiques : l’opulence avec les mots gros, énorme, des pas minces, grosses, grossier et une partie du corps bien précise que je vous laisse deviner avec trou, constipe, sentie, fesses, malpropre. Et quand on associe les deux, on trouve étrangement le mot corpulence qui colle parfaitement aux deux protagonistes. J’adore et d’autant plus que la qualité de ce strip ne se limite pas au dialogue. Les personnages sont très évocateurs graphiquement parlant et je trouve le découpage rondement bien mené. Ce personnage moustachu, on le voit tourner autour du commissaire Laumanne de case en case et ses positionnements font que l’ensemble se révèle savamment orchestré, harmonieux et qu’un point de fuite se localise étrangement et naturellement au milieu du strip. Associé aux deux autres strips aux décors parisiens placés dans chacun des angles, tout est fait pour nous ramener inexorablement vers le centre de cette planche, le point d’équilibre autour duquel tout le reste se dessine, et je trouve cela d’autant plus remarquable que les trois strips sont déconnectés les uns des autres, mais une fois ensemble ils forment un tout cohérent et suffisant à lui-même.
Dernière cerise objective, cette aventure commence sur les chapeaux de roue et se termine au frein à main avec cette dernière case et cette pose façon carte postale, ces petites guibolles et cette ambiance tellement tardiesques. Quelle construction ! Tout est millimétré. Un vrai travail d’orfèvre. On sent que rien n’est laissé au hasard et c’est exactement ce que j’aime chez Tardi. Un style inimitable et je trouve cela tout simplement mag(n)i(fi)que.
En guise de dessert, voici pêle-mêle quelques cerises bien subjectives. Le Grand Palais, mon lieu préféré de Paris. Comment oublier notre première rencontre. Je me vois encore arrivant pour la première fois dans son antre et rester immobile dès mon entrée en regardant cette gargantuesque verrière de métal en commençant par son milieu, puis en balayant de gauche à droite et de droite à gauche tout en me disant « Ouahhh ! ». J’en ai encore les yeux qui brillent et le palpitant rien que d’y penser. Ce lieu est pour moi le lieu créatif et artistique par excellence.
Ce lieu, il me fait toujours penser à l’exposition universelle de 1900 et à la création de la première ligne de métro. La station Champs-Elysées Clémenceau que je distingue en ligne de fuite de la 2e case, je l’utilise quotidiennement pour ma correspondance entre le Fort de Châtillon et La Défense lorsque nous ne sommes pas en état de guerre (tiens tiens quelle drôle de coïncidence) et même si elle n’existait pas encore, je m’imagine dans une rame de la ligne 13 qui se dessine sous le sillage des traces laissées par Adèle, Brindavoine et Chalazion. Je me vois également descendre à Varenne, la station juste avant, et passer devant le square des Invalides où se déroule le 3e strip. J’y descends quelques-fois pour parler Défense (encore une coïncidence). A compter de ce jour, je le regarderai différemment ce square. C’est certain.
Des références à ma vie professionnelle, j’en vois beaucoup d’autres. Les mots ministre et armées me font penser au ministère des armées. Toute une histoire depuis mon embauche. Le mot ministre seul me rappelle quant à lui mon actualité. Comment ne pas oublier que durant ce quinquennat et en ce temps de crise, enfin en ce temps de guerre pour l’un d’entre nous, des ministres (tré)passent. Et de quatre ! Une autre page d’histoire, la mienne en tout cas, se tourne. Et comment oublier cette soirée clubbing improbable organisée par ma boite au Showcase qui était niché sous le pont Alexandre III, mon pont préféré de Paris. Avec tous ces gogos danceurs et danceuses, l’ambiance n’était pas vraiment raccord avec l’ambiance du parti. Un décalage certain à l’image de ce qui fait le charme de ces Aventures Extraordinaires et d’Adèle Blanc-Sec.
Pour revenir un peu sur ma vie perso et après je vous laisse tranquille, cette planche m’évoque également mes deux grands-mères, celle que tout le monde m’enviait et celle qui est toujours là et que je n’aurai jamais présenté même à mon pire assaillant. La première était polonaise et elle est partie beaucoup trop tôt. Quand on a quelqu’un de précieux, on ne veut jamais le voir disparaitre et cette ambassade polonaise que je distingue sur la dernière case derrière les arbres à droite me fait penser à elle et me donne du baume au cœur. Quant à cette histoire de dent, comment passer à côté de mon autre grand-mère. Elle est tenace et toujours là, à l’image de son increvable dentition ! Mon héritage : il semblerait qu’elle m’ait bien plombé. Je ne vois jamais de dentiste ! Aucun risque donc que je finisse avec un plombage fait d’un alliage très résistant convoité par le Dentiste et toute son équipe. Me voilà donc rassuré.
Dans cette planche, j’y vois donc une forme de patrimoine personnel, mais pas que ! J’y vois avant tout une partie du patrimoine de la bande dessinée et j’ai pour la première fois l’impression d’avoir ramené chez moi un morceau d’histoire et je n’en suis pas peu fier. Merci Monsieur Tardi.
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A propos de Jacques Tardi
Jacques Tardi est un auteur de bande dessinée et illustrateur français. Tardi est surtout connu pour Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, ses adaptations des romans de Nestor Burma et sa représentation directe et réaliste de la guerre.