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Raymond Poïvet, Roger Lécureux, 1973 - Les pionniers de l'espérance - Comic Strip
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1973 - Les pionniers de l'espérance

Comic Strip
1973
Ink
Feutre
32 x 50 cm (12.6 x 19.69 in.)
Added on 5/19/26
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Page publiée
Teaser - Pif 227

Description

Planche de l'épisode "La chute d'un tyran" dans Pif 228 du 9/7/1973

Comment

Les Pionniers de l’Espérance est l’une des grandes séries fondatrices de la bande dessinée de science-fiction française d’après-guerre. Créée par Roger Lécureux et Raymond Poïvet, elle s’inscrit durablement dans l’histoire de Vaillant, puis de Pif Gadget jusqu'en 1973, où elle incarne une vision humaniste, progressiste et résolument moderne de la SF. .

La série suit les aventures d’un groupe d’hommes et de femmes unis au sein d’une organisation internationale puis interplanétaire, chargée de défendre la paix, la justice et la coopération entre les peuples — sur Terre comme dans l’espace. Loin du simple récit d’aventures spatiales, la série développe des thèmes structurants : la solidarité entre les peuples, la critique de l’impérialisme et du militarisme, la foi dans le progrès scientifique maîtrisé et la responsabilité morale de l’humanité face à l’espace et à l’altérité. Les Pionniers de l’Espérance privilégie la coopération, la diplomatie et l’intelligence collective à la force brute, se distinguant nettement des récits anglo-saxons contemporains souvent centrés sur la conquête ou la domination.

Le graphisme de Raymond Poïvet joue un rôle essentiel dans l’impact de la série. Issu de l’illustration réaliste et virtuose dans la représentation du mouvement et des corps, Poïvet, reconnu comme un maitre dans le milieu dès la fin de la guerre, propose dès le début de la série une mise en scène spectaculaire, marquée par un dessin réaliste et précis, des décors futuristes détaillés et une composition dynamique héritée de l’illustration de presse et du cinéma. Son trait confère à la série une crédibilité visuelle rare pour l’époque, faisant des vaisseaux, cités spatiales et planètes exotiques de véritables espaces habités et plausibles.

Une évolution graphique audacieuse mais contraignante

Parallèlement aux transformations narratives (passage des grands récits à des épisodes de 20 planches), le dessin de Raymond Poïvet connaît, dans les dernières années de la série, une évolution notable vers davantage d’épure et de stylisation.
« Vous passez beaucoup de temps sur une planche ?
- R.P. : De plus en plus. Une page blanche représente pour moi des milliers de problèmes. Pendant certaines périodes de sa vie, le dessinateur croit savoir, alors là ça va. Si ça dure longtemps, s'il est toujours content de lui, c'est vraiment navrant. C'est grave d'être toujours content de soi. Pendant une période des « Pionniers de l'Espérance » où je donnais l'impression d'être satisfait. C'est parce que j'avais des problèmes d'argent que je n'avais pas le luxe de me poser des problèmes de dessin. Quand ma situation s'est éclaircie je me suis de nouveau remis en question.
»

Cette planche tardive (avant-dernier épisod réalisé en 1973) témoigne d’un état très avancé d’épuration graphique, Poïvet privilégie ici une lisibilité tranquille, posée, loin de toute virtuosité démonstrative. Le trait est immédiatement reconnaissable. Dessiné au feutre sec, il se distingue par sa sécheresse, sa nervosité contenue, ses variations d’épaisseur parfois infimes. Les contours sont francs mais jamais rigides, légèrement vibrants. Les noirs sont posés sans recherche de lissage, parfois en aplats irréguliers, parfois en hachures ouvertes qui suggèrent les volumes sans les enfermer. Le dessin ne cherche plus à décrire minutieusement : il suggère, il laisse respirer le blanc de la page, il simplifie. A la limite de l’esquisse.
« Depuis une quinzaine d'années je travaille au feutre, je ne prends plus jamais de pinceau. J'ai d'ailleurs appris que peu à peu beaucoup de confrères font ça. J'ai été un précurseur, au début on m'a regardé de travers. C'est d'ailleurs avec « Guy Lebleu » que j'ai commencé à utiliser le feutre et aussi le stylo à bille. J'avais tout de même une notoriété qui me permettait de faire des trucs comme ça. Si j'avais été un dessinateur débutant à l'époque on m'aurait viré. »

Cette planche, par son dépouillement et sa rigueur, agit comme une forme de conclusion graphique : un dessin à la fois discret, maîtrisé, profondément personnel, qui marque la fin d’une aventure commencée près de trente ans plus tôt. J’adore cette planche pour ce type de trait, extrêmement novateur à cette époque. Un trait, qui comme celui de Pratt, a pu rebuter un certain nombre de jeunes lecteurs. Si ce type de graphisme est aujourd’hui largement reconnu pour sa qualité plastique, il se heurte alors aux contraintes techniques de l’impression : les traits fins, les noirs parfois brossés ou irréguliers et les subtilités du feutre se reproduisent difficilement sur le papier d’un journal comme Pif.

A la fin de la période rouge en septembre 1973, la nouvelle rédaction fait le choix d’arrêter la série sans réellement donner d’explications à Poivet …

Publication

  • Le sarbacolt
  • Vaillant
  • 07/1973
  • Page 45

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About Raymond Poïvet

Educated at the School of Fine Arts in Raymond Poïvet began his career as a decorator and a designer before he started his comics career in 1941 at the publishing house Éditions Mondiales. His first work was doing cover illustrations and some historical comic strips such as 'Christophe Colomb', 'Marion Delorme', and 'La Reine Margot' in Grandes Aventures. He succeeded Auguste Liquois on 'Vers les Mondes Inconnus' in Le Téméraire in 1944. In the following year, he began a collaboration with the publishing house Vaillant and created his masterpiece together with writer Roger Lécureux: the science fiction comic 'Les Pionniers de l'Espérance' ('The Pioniers of Hope'). This series, considered one of the best in its genre, was published in the magazine Vaillant and later in Pif Gadget until 1973. While working on his successful series, Poïvet also produced independent stories for Vaillant. But he was also present in other magazines. From 1953 to 1956 he was also active for the female press. For magazines like Nous Deux, Bonnes Soirées, Femmes d'Aujourd'hui, La Vie en Fleurs, he created several stories and comic adaptations. Poïvet remained active throughout the 1980s.