Dans la collection de beboun7
1972 - Corinne et Jeannot
Encre de Chine
38 x 46 cm (14.96 x 18.11 in.)
Ajoutée le 31/03/2024
Lien copié dans le presse-papier !


Description
Gag de Corinne et Jeannot par Tabary paru dans Pif 162 le 27/03/1972
Inscriptions / Signatures
Signée
Commentaire
L’œuvre de Jean Tabary occupe une place essentielle dans l’histoire de Vaillant puis de Pif, où elle contribue, dès les années 1950, à renouveler en profondeur la bande dessinée humoristique destinée à la jeunesse. Avant d’être associé à Iznogoud, Tabary forge son langage graphique et narratif dans un cadre où la vivacité du dessin et l’efficacité comique priment sur le spectaculaire.
C’est dans Vaillant qu’apparaît en 1959 la série Totoche, avec ses amis Corinne et Jeannot, première œuvre de longue durée de Tabary et véritable laboratoire de son art. La planche hebdomadaire comique de Corinne et Jeannot, apparait plus tard, en 1965. La série met en scène Corinne, une fillette énergique, imaginative et un rien sadique avec Jeannot, son compagnon souffre-douleur.
Graphiquement, Corinne et Jeannot marque une rupture sensible avec le style encore rigide de nombreuses productions contemporaines. Le trait de Tabary y est déjà nerveux, souple, expressif, privilégiant la déformation et le mouvement à l’exactitude anatomique. Les personnages sont construits par quelques lignes essentielles, mais animés d’une mobilité constante qui donne à la série une énergie visuelle immédiatement reconnaissable. Cette liberté graphique, encore rare dans Vaillant, annonce les grandes orientations du dessin humoristique français des décennies suivantes.
La série Corinne et Jeannot peut être analysée comme une œuvre relevant d’un féminisme implicite et précoce, non formulé comme tel, mais inscrit dans sa structure narrative, ses choix graphiques et la répartition des rôles entre ses personnages.
Le premier élément déterminant réside dans la position centrale du personnage de Corinne. Contrairement à la plupart des figures féminines enfantines contemporaines, généralement cantonnées à des rôles secondaires ou passifs, Corinne constitue le principal moteur de l’action. Elle initie les situations, provoque les enchaînements narratifs et engage l’essentiel des décisions. Cette assignation du rôle actif à un personnage féminin introduit un renversement discret mais constant des hiérarchies traditionnelles du récit d’aventure pour enfants. La dynamique du duo formé par Corinne et Jeannot renforce cette orientation. Jeannot n’exerce aucune autorité narrative ou symbolique dominante ; il n’est ni chef, ni guide, ni protecteur. Leur relation repose sur une complémentarité sans hiérarchisation affirmée, dans laquelle l’initiative revient le plus souvent à Corinne. La série évite ainsi de reconduire les schémas genrés habituels, sans pour autant inverser caricaturalement les rôles.
Sur le plan graphique et comportemental, Corinne se distingue également par son éloignement des modèles de féminité normative. Elle est représentée dans l’action, le mouvement, l’excès et l’expérimentation. Le dessin de Tabary, volontairement expressif et déformant, refuse toute idéalisation du corps ; il privilégie l’énergie, la mobilité et la liberté gestuelle. Le personnage n’est jamais défini par des critères esthétiques ou comportementaux associés à un devenir féminin traditionnel. Corinne occupe pleinement cet espace d’autonomie, sans restriction liée à son genre. L’accès à l’initiative, à l’erreur et à l’expérimentation ne lui est jamais contesté.
Enfin, l’un des aspects essentiels de la portée féministe de la série réside dans son caractère implicite. Corinne et Jeannot ne se présente jamais comme une œuvre revendicative ; elle normalise la présence d’une héroïne active sans la désigner comme exceptionnelle. Par ce choix, Tabary installe une représentation durablement égalitaire, intégrée à la lecture ordinaire du jeune public. Cette approche discrète, mais structurelle, explique la modernité persistante de la série et sa place singulière dans l’histoire de la bande dessinée jeunesse.
Cette planche illustre de façon exemplaire le style graphique développé par Jean Tabary. La composition repose sur une grille régulière de 8 cases, parfaitement lisible. Le rythme du récit est assuré par la succession continue des cases plutôt que par des ruptures de mise en page.
Le dessin se caractérise par une absence volontaire de décors qui concentre l’attention sur les personnages et leurs gestes. Les silhouettes sont construites par des formes simplifiées et déformables, dominées par un trait souple, vif et expressif. Le mouvement constitue l’élément central du comique graphique : postures instables, déplacements suggérés par des lignes de vitesse et petits nuages de poussière, visages soumis à des déformations expressives.
La différenciation graphique entre les deux personnages est nette. Jeannot est fréquemment représenté dans une agitation corporelle marquée, tandis que Corinne adopte des postures plus maîtrisées, ce contraste établissant visuellement la dynamique narrative du duo. Le texte, limité à des dialogues courts et fonctionnels, accompagne l’image sans jamais s’y substituer ; l’essentiel de l’effet comique naît du dessin lui-même.
Par son refus du réalisme, son traitement élastique du corps et la primauté accordée au geste sur le décor, cette planche témoigne d’un langage graphique moderne, fondé sur l’efficacité du signe et la mobilité permanente. Elle illustre le rôle de Corinne et Jeannot comme laboratoire du dessin humoristique de Tabary, et comme contribution importante au renouvellement graphique de la bande dessinée dans Vaillant et dans Pif .
C’est dans Vaillant qu’apparaît en 1959 la série Totoche, avec ses amis Corinne et Jeannot, première œuvre de longue durée de Tabary et véritable laboratoire de son art. La planche hebdomadaire comique de Corinne et Jeannot, apparait plus tard, en 1965. La série met en scène Corinne, une fillette énergique, imaginative et un rien sadique avec Jeannot, son compagnon souffre-douleur.
Graphiquement, Corinne et Jeannot marque une rupture sensible avec le style encore rigide de nombreuses productions contemporaines. Le trait de Tabary y est déjà nerveux, souple, expressif, privilégiant la déformation et le mouvement à l’exactitude anatomique. Les personnages sont construits par quelques lignes essentielles, mais animés d’une mobilité constante qui donne à la série une énergie visuelle immédiatement reconnaissable. Cette liberté graphique, encore rare dans Vaillant, annonce les grandes orientations du dessin humoristique français des décennies suivantes.
La série Corinne et Jeannot peut être analysée comme une œuvre relevant d’un féminisme implicite et précoce, non formulé comme tel, mais inscrit dans sa structure narrative, ses choix graphiques et la répartition des rôles entre ses personnages.
Le premier élément déterminant réside dans la position centrale du personnage de Corinne. Contrairement à la plupart des figures féminines enfantines contemporaines, généralement cantonnées à des rôles secondaires ou passifs, Corinne constitue le principal moteur de l’action. Elle initie les situations, provoque les enchaînements narratifs et engage l’essentiel des décisions. Cette assignation du rôle actif à un personnage féminin introduit un renversement discret mais constant des hiérarchies traditionnelles du récit d’aventure pour enfants. La dynamique du duo formé par Corinne et Jeannot renforce cette orientation. Jeannot n’exerce aucune autorité narrative ou symbolique dominante ; il n’est ni chef, ni guide, ni protecteur. Leur relation repose sur une complémentarité sans hiérarchisation affirmée, dans laquelle l’initiative revient le plus souvent à Corinne. La série évite ainsi de reconduire les schémas genrés habituels, sans pour autant inverser caricaturalement les rôles.
Sur le plan graphique et comportemental, Corinne se distingue également par son éloignement des modèles de féminité normative. Elle est représentée dans l’action, le mouvement, l’excès et l’expérimentation. Le dessin de Tabary, volontairement expressif et déformant, refuse toute idéalisation du corps ; il privilégie l’énergie, la mobilité et la liberté gestuelle. Le personnage n’est jamais défini par des critères esthétiques ou comportementaux associés à un devenir féminin traditionnel. Corinne occupe pleinement cet espace d’autonomie, sans restriction liée à son genre. L’accès à l’initiative, à l’erreur et à l’expérimentation ne lui est jamais contesté.
Enfin, l’un des aspects essentiels de la portée féministe de la série réside dans son caractère implicite. Corinne et Jeannot ne se présente jamais comme une œuvre revendicative ; elle normalise la présence d’une héroïne active sans la désigner comme exceptionnelle. Par ce choix, Tabary installe une représentation durablement égalitaire, intégrée à la lecture ordinaire du jeune public. Cette approche discrète, mais structurelle, explique la modernité persistante de la série et sa place singulière dans l’histoire de la bande dessinée jeunesse.
Cette planche illustre de façon exemplaire le style graphique développé par Jean Tabary. La composition repose sur une grille régulière de 8 cases, parfaitement lisible. Le rythme du récit est assuré par la succession continue des cases plutôt que par des ruptures de mise en page.
Le dessin se caractérise par une absence volontaire de décors qui concentre l’attention sur les personnages et leurs gestes. Les silhouettes sont construites par des formes simplifiées et déformables, dominées par un trait souple, vif et expressif. Le mouvement constitue l’élément central du comique graphique : postures instables, déplacements suggérés par des lignes de vitesse et petits nuages de poussière, visages soumis à des déformations expressives.
La différenciation graphique entre les deux personnages est nette. Jeannot est fréquemment représenté dans une agitation corporelle marquée, tandis que Corinne adopte des postures plus maîtrisées, ce contraste établissant visuellement la dynamique narrative du duo. Le texte, limité à des dialogues courts et fonctionnels, accompagne l’image sans jamais s’y substituer ; l’essentiel de l’effet comique naît du dessin lui-même.
Par son refus du réalisme, son traitement élastique du corps et la primauté accordée au geste sur le décor, cette planche témoigne d’un langage graphique moderne, fondé sur l’efficacité du signe et la mobilité permanente. Elle illustre le rôle de Corinne et Jeannot comme laboratoire du dessin humoristique de Tabary, et comme contribution importante au renouvellement graphique de la bande dessinée dans Vaillant et dans Pif .
4 commentaires
Pour laisser un commentaire sur cette œuvre, veuillez vous connecter
A propos de Jean Tabary
Jean Tabary est un dessinateur français de bande dessinée. Il est notamment connu pour être l'auteur d'Iznogoud avec René Goscinny.