In beboun7 's collection
1970 - Corto Maltese
Ink
Feuillages au style bic
36 x 47 cm (14.17 x 18.5 in.)
Added on 3/26/15
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Description
Corto Maltese - planche 4 du 3° épisode "Rendez-vous à Bahia" - Pif 59 du 6/04/1970
Comment
Traduction Anne Frognier - Lettrage André Schwartz.
Exposition Lignes d'Horizons - Musée d'Aquitaine - Bordeaux 2021-2022
Hugo Pratt dans Pif Gadget (1970) et l’arrivée de Corto Maltese
Au tournant des années 1970, Pif engage une ouverture éditoriale ambitieuse en accueillant des auteurs de bande dessinée internationaux au ton plus littéraire et adulte. C’est dans ce contexte que Hugo Pratt (1927 1995), auteur italien déjà reconnu dans le monde anglo saxon et latino américain, fait son entrée au sein du journal. La rencontre décisive a lieu fin 1969, lorsque Georges Rieu, rédacteur en chef de Pif Gadget, lui propose de travailler pour la revue. Cette proposition, avec la reprise par Pratt du personnage de Corto Maltese marque le début d’une collaboration qui s’étendra de 1970 à 1973, et jouera un rôle majeur dans la reconnaissance de Pratt auprès du public francophone.
La première aventure de Corto Maltese publiée dans Pif paraît dans le numéro 58, daté du 3 avril 1970, sous le titre Le Secret de Tristan Bantam. Contrairement à La Ballade de la mer salée (1967), récit fondateur dans lequel Corto n’était qu’un protagoniste parmi d’autres, ces épisodes placent le marin maltais au centre du récit. Pratt y stabilise progressivement l’apparence graphique et la personnalité du personnage : silhouette élancée, regard ironique, parole rare mais incisive, et distance volontaire vis à vis des idéologies et des appartenances nationales.
Un personnage en rupture avec la tradition de la BD jeunesse
L’arrivée de Corto Maltese dans un hebdomadaire majoritairement destiné à la jeunesse constitue un choix audacieux. Les récits de Pratt se distinguent par un rythme lent, des silences narratifs fréquents, des dialogues allusifs et une forte dimension historique, politique et ésotérique.
Les premières réactions des jeunes lecteurs de Pif sont contrastées, certains étant déroutés par ce ton inhabituel, éloigné de l’humour et de l’action immédiate dominants dans le journal. Toutefois, la série trouve progressivement son public et s’impose comme une œuvre à part, lue aussi bien par les adolescents que par les adultes. À travers Pif, Pratt contribue également à faire évoluer l’image de la bande dessinée en France, en la rapprochant d’une littérature graphique adulte, nourrie de références historiques, de poésie, et de romantisme libertaire.
Entre 1970 et 1973, Pif Gadget publie 21 épisodes qui correspondent aux cycles majeurs de Corto Maltese (Sous le signe du Capricorne, Corto toujours un peu plus loin, Les Celtiques, Les Éthiopiques). Ces récits fondent définitivement le mythe du marin maltais : un aventurier mélancolique, témoin lucide des bouleversements du premier quart du XXᵉ siècle, et figure emblématique de la bande dessinée européenne.
Ainsi, l’arrivée de Hugo Pratt dans Pif en 1970 ne constitue pas seulement un épisode éditorial marquant, mais l’un des moments fondateurs de la reconnaissance culturelle de la bande dessinée moderne en France.
Une économie du trait pleinement assumée
Le dessin repose sur un encrage nerveux, des lignes rapides, parfois volontairement approximatives, une absence quasi totale de modelé classique.
Le noir n’est pas utilisé pour décrire, mais pour structurer l’espace visuel : silhouettes en contre jour, masses sombres isolant les figures, contours parfois ouverts, comme « laissés en suspens ». Le dessin ne cherche pas la précision anatomique mais l’évocation.
Le blanc domine largement la planche : ciels inexistants, arrière plans suggérés par quelques traits, décors souvent réduits à un arbre, une berge, un ponton. Ce blanc agit comme un silence visuel, un ralentisseur de lecture, un espace mental plutôt qu’un décor réaliste. Le monde de Corto n’est pas un monde descriptif, mais un monde intérieur, vu à travers son regard détaché.
Corto Maltese : figure stable et lisible
Corto est souvent immobile ou en position d’observation, presque jamais excessivement expressif. Même lorsqu’il court ou marche, son corps reste économe en gestes. Pratt installe visuellement un personnage qui agit peu mais voit beaucoup. À l’inverse, Cayenne est plus caricatural, plus chargé graphiquement. Cette opposition renforce la position de Corto comme point d’équilibre graphique et narratif.
La majorité des visages sont montrés de profil, ou de trois quarts. Cela crée une impression de distance, de retenue, presque de pudeur graphique. La planche alterne subtilement des cases de marche, d’approche, et des cases presque immobiles (dialogue, attente, réflexion). Pratt découpe moins l’action que le temps qui l’entoure.
Dans le contexte de Pif Gadget en 1970, une telle planche ne peut qu’apparaître comme un objet atypique. Là où le journal privilégie traditionnellement l’action, l’humour et la lisibilité immédiate, Pratt introduit une narration lente, fondée sur l’ellipse, l’allusion et la respiration graphique. Cette planche ne cherche pas à séduire un lectorat par des effets ; elle l’oblige à changer de rythme, à accepter le silence, à combler les vides.
Par cette économie du trait et du récit, Hugo Pratt affirme déjà ce qui deviendra l’une des marques majeures de Corto Maltese : une bande dessinée qui ne raconte pas seulement des aventures, mais qui met en scène le temps, l’attente et la distance. En ce sens, cette planche de 1970 apparaît rétrospectivement comme un moment décisif : celui où, au cœur même de la presse jeunesse, s’invente une forme de bande dessinée résolument moderne, littéraire et contemplative.
Exposition Lignes d'Horizons - Musée d'Aquitaine - Bordeaux 2021-2022
Hugo Pratt dans Pif Gadget (1970) et l’arrivée de Corto Maltese
Au tournant des années 1970, Pif engage une ouverture éditoriale ambitieuse en accueillant des auteurs de bande dessinée internationaux au ton plus littéraire et adulte. C’est dans ce contexte que Hugo Pratt (1927 1995), auteur italien déjà reconnu dans le monde anglo saxon et latino américain, fait son entrée au sein du journal. La rencontre décisive a lieu fin 1969, lorsque Georges Rieu, rédacteur en chef de Pif Gadget, lui propose de travailler pour la revue. Cette proposition, avec la reprise par Pratt du personnage de Corto Maltese marque le début d’une collaboration qui s’étendra de 1970 à 1973, et jouera un rôle majeur dans la reconnaissance de Pratt auprès du public francophone.
La première aventure de Corto Maltese publiée dans Pif paraît dans le numéro 58, daté du 3 avril 1970, sous le titre Le Secret de Tristan Bantam. Contrairement à La Ballade de la mer salée (1967), récit fondateur dans lequel Corto n’était qu’un protagoniste parmi d’autres, ces épisodes placent le marin maltais au centre du récit. Pratt y stabilise progressivement l’apparence graphique et la personnalité du personnage : silhouette élancée, regard ironique, parole rare mais incisive, et distance volontaire vis à vis des idéologies et des appartenances nationales.
Un personnage en rupture avec la tradition de la BD jeunesse
L’arrivée de Corto Maltese dans un hebdomadaire majoritairement destiné à la jeunesse constitue un choix audacieux. Les récits de Pratt se distinguent par un rythme lent, des silences narratifs fréquents, des dialogues allusifs et une forte dimension historique, politique et ésotérique.
Les premières réactions des jeunes lecteurs de Pif sont contrastées, certains étant déroutés par ce ton inhabituel, éloigné de l’humour et de l’action immédiate dominants dans le journal. Toutefois, la série trouve progressivement son public et s’impose comme une œuvre à part, lue aussi bien par les adolescents que par les adultes. À travers Pif, Pratt contribue également à faire évoluer l’image de la bande dessinée en France, en la rapprochant d’une littérature graphique adulte, nourrie de références historiques, de poésie, et de romantisme libertaire.
Entre 1970 et 1973, Pif Gadget publie 21 épisodes qui correspondent aux cycles majeurs de Corto Maltese (Sous le signe du Capricorne, Corto toujours un peu plus loin, Les Celtiques, Les Éthiopiques). Ces récits fondent définitivement le mythe du marin maltais : un aventurier mélancolique, témoin lucide des bouleversements du premier quart du XXᵉ siècle, et figure emblématique de la bande dessinée européenne.
Ainsi, l’arrivée de Hugo Pratt dans Pif en 1970 ne constitue pas seulement un épisode éditorial marquant, mais l’un des moments fondateurs de la reconnaissance culturelle de la bande dessinée moderne en France.
Une économie du trait pleinement assumée
Le dessin repose sur un encrage nerveux, des lignes rapides, parfois volontairement approximatives, une absence quasi totale de modelé classique.
Le noir n’est pas utilisé pour décrire, mais pour structurer l’espace visuel : silhouettes en contre jour, masses sombres isolant les figures, contours parfois ouverts, comme « laissés en suspens ». Le dessin ne cherche pas la précision anatomique mais l’évocation.
Le blanc domine largement la planche : ciels inexistants, arrière plans suggérés par quelques traits, décors souvent réduits à un arbre, une berge, un ponton. Ce blanc agit comme un silence visuel, un ralentisseur de lecture, un espace mental plutôt qu’un décor réaliste. Le monde de Corto n’est pas un monde descriptif, mais un monde intérieur, vu à travers son regard détaché.
Corto Maltese : figure stable et lisible
Corto est souvent immobile ou en position d’observation, presque jamais excessivement expressif. Même lorsqu’il court ou marche, son corps reste économe en gestes. Pratt installe visuellement un personnage qui agit peu mais voit beaucoup. À l’inverse, Cayenne est plus caricatural, plus chargé graphiquement. Cette opposition renforce la position de Corto comme point d’équilibre graphique et narratif.
La majorité des visages sont montrés de profil, ou de trois quarts. Cela crée une impression de distance, de retenue, presque de pudeur graphique. La planche alterne subtilement des cases de marche, d’approche, et des cases presque immobiles (dialogue, attente, réflexion). Pratt découpe moins l’action que le temps qui l’entoure.
Dans le contexte de Pif Gadget en 1970, une telle planche ne peut qu’apparaître comme un objet atypique. Là où le journal privilégie traditionnellement l’action, l’humour et la lisibilité immédiate, Pratt introduit une narration lente, fondée sur l’ellipse, l’allusion et la respiration graphique. Cette planche ne cherche pas à séduire un lectorat par des effets ; elle l’oblige à changer de rythme, à accepter le silence, à combler les vides.
Par cette économie du trait et du récit, Hugo Pratt affirme déjà ce qui deviendra l’une des marques majeures de Corto Maltese : une bande dessinée qui ne raconte pas seulement des aventures, mais qui met en scène le temps, l’attente et la distance. En ce sens, cette planche de 1970 apparaît rétrospectivement comme un moment décisif : celui où, au cœur même de la presse jeunesse, s’invente une forme de bande dessinée résolument moderne, littéraire et contemplative.
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About Hugo Pratt
Hugo Pratt is considered to be one of the greatest among comic artists for his versatile fantasy and use of graphic freedom, and the combination of these factors resulted in very strange stories. In his tales, reality can change into dream and vice-versa, and in this way he took his readers into the strangest lands and even through time. He is thought to be one of the first comic artists to mix literature with adventure. Hugo Pratt has been a great inspiration to comic artists all over the world.