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1947 - Gire - Les Mille et Une Nuits - Planche originale
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1947 - Gire - Les Mille et Une Nuits

Planche originale
1947
Encre de Chine
26.5 x 39 cm (10.43 x 15.35 in.)
Ajoutée le 27/02/2026
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Planche publiée
Planche de Gire et planche de Pratt (signée), glissée pour le plaisir ...

Description

Planche 11 de l'histoire - Simbad le Marin

Inscriptions / Signatures

Signée

Commentaire

Eugène Gire et son adaptation des « Mille et Une Nuits » dans Vaillante, le journal des fillettes
Après avoir inauguré en 1946-47 une politique éditoriale ambitieuse qui inclut l’adaptation illustrée de grands récits littéraires (Alice au pays des merveilles, notamment), Vaillante, le journal des fillettes continue sur cette lancée en proposant de nouvelles œuvres prestigieuses.
L’objectif demeure d’offrir aux jeunes lectrices une presse de qualité, nourrie de culture, d’imaginaire et d’ouverture au monde.
La publication des Mille et Une Nuits, nouveau cycle illustré par Eugène Gire dans Vaillante démarre à la suite d’Alice au pays des merveilles. Elle commence au numéro 27 (24/07/47) et s’arrête, inachevée, au numéro 58, le dernier de Vaillante le 58, le 26/02/48.
L’univers des Mille et Une Nuits — fabuleux, métissé, riche en récits d’intelligence, de ruse et de justice — s’accorde parfaitement avec l’idéologie éducative héritée de Vaillant. Dans cette perspective, faire découvrir aux jeunes lectrices l’univers oriental des Mille et Une Nuits permettait d’encourager une curiosité pour les autres cultures, d’élargir les horizons imaginaires, et d’incarner un message pédagogique fondé sur la rencontre des peuples et l’échange des récits.

Le style graphique d’Eugène Gire dans Les Mille et Une Nuits
Cette planche témoigne d’une autre facette du travail d’Eugène Gire, plus proche de l’illustration d’aventure classique que de la fantaisie humoristique. Plusieurs caractéristiques se distinguent nettement. Contrairement à son trait souple et caricatural dans Alice, Gire adopte ici un réalisme plus appuyé. Les personnages humains sont représentés avec des proportions proches du naturalisme. Les vêtements orientalisants, turbans, étoffes et armes sont rendus avec soin. La musculature et les poses du protagoniste rappellent l’iconographie héroïque des récits d’aventure. Ce style évoque davantage l’illustration populaire des années 1930-50 que la bande dessinée humoristique, soulignant la polyvalence de Gire.
Le décor joue un rôle structurant. Les paysages rocheux, végétaux ou marins sont traités avec beaucoup de textures : hachures, traits parallèles, masses d’ombre. Les environnements naturels (falaises, feuillage, plage) créent un cadre immersif qui renforce la dimension épique du récit. Ici, Gire semble puiser dans la tradition illustrée des contes orientaux, où l’espace est aussi important que l’action.
Cette planche utilise un encrage très différent de celui d’Alice. Les aplats noirs sont larges et profonds, donnant un caractère dramatique aux scènes. Les volumes, obtenus par des jeux d’ombre portées et de hachures serrées, évoquent un style presque gravé.
Avec une mise en scène spectaculaire, Eugène Gire privilégie l’action au cœur de la planche : l’oiseau traverse plusieurs cases avec un sens du mouvement remarquable, les affrontements sont représentés dans des compositions dynamiques où les diagonales dominent (ailes déployées, serpent qui s’enroule), le personnage principal est souvent placé en contre plongée ou isolé dans un geste héroïque.
Ainsi, Gire parvient à maintenir un équilibre entre réalisme et merveilleux, rendant ces planches à la fois crédibles et envoûtantes.


L’adaptation des récits des Mille et Une Nuits dans Vaillante s’inscrit dans une tendance beaucoup plus large qui traverse la bande dessinée européenne dans l’immédiat après guerre : l’attrait pour l’Orient, ses mythes, ses voyageurs et ses figures littéraires. Ce goût renouvelé pour les univers exotiques, les civilisations lointaines et les grandes légendes s’exprime aussi bien en France qu’en Italie, où plusieurs journaux pour enfants exploitent ce filon comme l’atteste Le avventure di Simbad il marinaio, une adaptation dynamique et très libre de Hugo Pratt dans Il Corriere dei Piccoli en 1963. Ce travail de commande réalisé par Pratt s’inscrit dans la même effervescence culturelle que celle que l’on observe chez Vaillant : un désir d’ouvrir la bande dessinée jeunesse à des classiques internationaux et à des récits fondateurs venus d’autres horizons, tout en redéfinissant la figure du héros voyageur.
Ainsi, l’adaptation par Gire des Mille et Une Nuits dans Vaillante ne se présente pas comme une initiative isolée, mais bien comme l’un des maillons d’un mouvement transnational plus vaste, qui voit les éditeurs pour la jeunesse mobiliser l’imaginaire oriental pour nourrir les rêveries, les curiosités culturelles et l’ouverture au monde des jeunes lecteurs et lectrices. En illustrant ces œuvres, Gire aide à façonner un imaginaire féminin cultivé, aventureux, ouvert à la diversité des mondes, et résolument moderne.

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A propos de Eugène Gire

Eu.Gire commence sa carrière de dessinateur et illustrateur humoristique en 1937 à la Société parisienne d'édition, dans L'Épatant (1937-1939) et L'Almanach Vermot (1940). Il travaille aussi pour diverses revues avant guerre, et au Téméraire sous l'Occupation mais c'est à la libération que sa carrière décolle. En 1941, il se lance dans la bande dessinée avec Toto Tourbillon, puis en 1943, il figure au sommaire d'Hardi Les Gars. Il entre chez Vaillant dès 1945, pour qui il réalise entre autres Les Aventures de R. Hudi Junior puis La Pension Radicelle très inspirée par Pim Pam Poum, Kam et Rah, et A. Bâbord et Père O.K.. En 1946, il participe à Vaillante le Journal des Fillettes, où il adapte Alice au Pays des Merveilles, mais il entreprend aussi diverses histoires pour la S.A.E.T.L. (Société anonyme d'éditions techniques et littéraires). En 1947, il dessine le Corsaire volant et Poste 304 dans Bob et Bobette. De 1948 à 1951, il travaille avec la "Collection Hurrah !" (des aventures de Zorro et de western), puis en 1952, il reprend le Maître des corsaires et anime le Premier Exploit du jeune Tourville dans le Corsaire. En 1954, il réalise Jim Ouragan, publié dans Red Canyon et Ouragan. Il travaille aussi dans les petits formats de Mon journal avec Capt'ain Vir de Bor qu'il transmet à son fils Michel-Paul Giroud, Jean Tambour ou Le messager du Roy Henri.

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