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1947 - Eugène GIRE Alice au pays des merveilles - Planche originale
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1947 - Eugène GIRE Alice au pays des merveilles

Planche originale
1947
Encre de Chine
26.5 x 39 cm (10.43 x 15.35 in.)
Ajoutée le 24/02/2026
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Description

Planche 16 - Alice aux Pays des merveilles

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Commentaire

Eugène Gire : une figure fondatrice de l’esthétique de Vaillant
Eugène Gire compte parmi les dessinateurs présents dès les débuts officiels du journal Vaillant. Dès le premier numéro, il propose le premier épisode des Aventures de R.Hudi Junior et de Nitrate. Son trait expressif, lisible et vivant permet de donner une identité visuelle forte à un hebdomadaire qui cherche à se distinguer dans un paysage de presse pour la jeunesse en pleine reconstruction.
En novembre 1946, Vaillant créée Vaillante, le journal des fillettes un périodique spécifiquement destiné aux filles. Ce nouvel hebdomadaire de 8 pages, mêlant petites histoires illustrées, bandes dessinées originales, pages pratiques et adaptations littéraires, s’inscrit dans la même dynamique éditoriale que Vaillant, mais avec un contenu orienté vers un lectorat féminin trop souvent négligé dans la presse enfantine.
Il était donc naturel que les responsables éditoriaux confient certaines des premières adaptations littéraires à des dessinateurs fiables, déjà intégrés à la maison d’édition : parmi eux, Eugène Gire.

L’adaptation d’Alice au pays des merveilles
« Alice au pays des merveilles » parait dès le premier numéro de Vaillante en novembre 1946 jusqu’au numéro 26 (17/07/47). Ce récit confirme l’importance de Gire dans la stratégie initiale du journal : il apporte son trait clair, dynamique et expressif ainsi que sa maîtrise du rythme visuel à une œuvre littéraire majeure, dont la fantaisie et le potentiel graphique en font un choix idéal pour une publication destinée aux jeunes lectrices. Dans le contexte de 1946-47, adapter Alice pour Vaillante permettait d’associer le prestige d’un grand classique de la littérature britannique à la volonté éducative du groupe Vaillant.
Dans un environnement éditorial ancrée dans une culture républicaine, antifasciste et progressiste, l’imaginaire d’Alice au pays des merveilles occupe une place intéressante : Alice interroge l’autorité (la Reine de Cœur et son arbitraire), déjoue la logique oppressive des figures d’ordre et incarne une héroïne active, curieuse, autonome. Pour un journal qui s’adresse aux jeunes filles dans une perspective émancipatrice, le choix d’une héroïne littéraire voyageuse, intelligente et indépendante s’aligne parfaitement avec l’idéologie éducative et égalitaire de Vaillant.
Le dessin clair d’Eugène Gire, son humour visuel et son sens de la mise en scène rendaient possible une adaptation fidèle à l’esprit du roman, tout en restant parfaitement lisible pour les jeunes lectrices. Gire devient ainsi un passeur culturel, offrant aux enfants un classique littéraire dans un langage graphique moderne — une démarche parfaitement cohérente avec la vocation éducative, internationaliste et humaniste du groupe Vaillant.

Le style graphique d’Eugène Gire dans cette planche d’Alice au Pays des Merveilles
Cette planche présente un très bel exemple du style d’Eugène Gire dans les années 1950, à un moment où son travail oscille entre illustration jeunesse, humour et une veine “fantaisiste” héritée autant de l’illustration française que de certaines bandes dessinées anglo saxonnes.
Gire utilise un trait rond, nerveux et légèrement caricatural, qui donne une grande vivacité aux personnages. Les contours sont souvent épais mais modulés, ce qui leur donne du rythme et évite toute rigidité. Les personnages animaux, en particulier, montrent une expressivité presque théâtrale, faite de gestes amples et de poses très lisibles. Cette expressivité est typique de son travail pour la jeunesse : Gire cherche avant tout la clarté narrative et la fantaisie.
Contrairement aux dessinateurs réalistes de la même époque (comme Gillon ou Forton au sein du groupe Vaillant), Gire travaille ici dans un registre délibérément stylisé, les proportions varient selon l’effet dramatique ou humoristique recherché, les créatures animales sont dessinées avec une liberté anatomique assumée. Cette liberté rappelle les illustrateurs de contes du début du XXᵉ siècle ou certaines influences britanniques, ce qui convient parfaitement à l’univers de Lewis Carroll.
L’encrage de Gire est léger, aéré. il privilégie des hachures fines, des textures douces pour les volumes (coquille, écailles, tissus), et un décor souvent esquissé, mais toujours suffisant pour installer l’action.
Ce choix donne à la page un aspect lumineux, presque “respirant”, très différent du noir profond et dramatique que l’on trouve chez d’autres auteurs Vaillant.
Enfin, la planche alterne formats de cases et intègre avec audace des vignettes circulaires, qui créent un rythme visuel inhabituel et apportent une dimension presque onirique, très appropriée au thème d’Alice. Chaque case semble conçue pour être immédiatement compréhensible par un jeune lecteur.
Le style de Gire cherche moins à “adapter” Carroll qu’à retrouver sa fantaisie, sa logique absurde et son humour. Cette approche fait de lui l’un des illustrateurs qui ont su capturer le mieux la dimension ludique et carnavalesque du monde d’Alice.

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A propos de Eugène Gire

Eu.Gire commence sa carrière de dessinateur et illustrateur humoristique en 1937 à la Société parisienne d'édition, dans L'Épatant (1937-1939) et L'Almanach Vermot (1940). Il travaille aussi pour diverses revues avant guerre, et au Téméraire sous l'Occupation mais c'est à la libération que sa carrière décolle. En 1941, il se lance dans la bande dessinée avec Toto Tourbillon, puis en 1943, il figure au sommaire d'Hardi Les Gars. Il entre chez Vaillant dès 1945, pour qui il réalise entre autres Les Aventures de R. Hudi Junior puis La Pension Radicelle très inspirée par Pim Pam Poum, Kam et Rah, et A. Bâbord et Père O.K.. En 1946, il participe à Vaillante le Journal des Fillettes, où il adapte Alice au Pays des Merveilles, mais il entreprend aussi diverses histoires pour la S.A.E.T.L. (Société anonyme d'éditions techniques et littéraires). En 1947, il dessine le Corsaire volant et Poste 304 dans Bob et Bobette. De 1948 à 1951, il travaille avec la "Collection Hurrah !" (des aventures de Zorro et de western), puis en 1952, il reprend le Maître des corsaires et anime le Premier Exploit du jeune Tourville dans le Corsaire. En 1954, il réalise Jim Ouragan, publié dans Red Canyon et Ouragan. Il travaille aussi dans les petits formats de Mon journal avec Capt'ain Vir de Bor qu'il transmet à son fils Michel-Paul Giroud, Jean Tambour ou Le messager du Roy Henri.

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