Dans la collection de beboun7
1954 - Yves le Loup
Encre de Chine
36 x 49 cm (14.17 x 19.29 in.)
Ajoutée le 10/03/2026
Lien copié dans le presse-papier !

Description
Planche publiée dans Vaillant 499 du 5/12/1954
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Signée
Commentaire
René Bastard et Yves le Loup dans Vaillant
René Bastard (1900 1975) rejoint l’équipe du journal Vaillant en 1946, où il commence par illustrer quelques épisodes de Nasdine Hodja, écrits par Roger Lécureux. Son style réaliste, robuste et appliqué s’adapte parfaitement à la ligne graphique du journal, alors en pleine structuration dans l’immédiat après guerre.
En 1947, Bastard entame ce qui deviendra sa collaboration la plus longue et la plus marquante : la série Yves le Loup , écrite par le scénariste Jean Ollivier. Cette aventure constitue un tournant décisif dans sa carrière, puisqu’il travaillera sur la série durant quatorze ans avant de céder la main à Edurado Coelho en 1960.
« Oui, nous le crions bien fort : nous avons le culte du héros ! (…) Les héros de chez nous ne sont pas des hommes surnaturels. Tout le monde peut être un héros. Celui qui sent battre son cœur lorsqu’il est témoin d’une injustice, celui qui ai ému au spectacle de la misère, celui qui fait de grands efforts à l’école ou à l’atelier pour améliorer son travail, celui qui respecte et vénère ses parents, celui qui pense à faire le bien, toujours, et se refuse à faire le mal, celui-là à les qualités d’un héros…il se conduit en homme ». Yves le Loup s’inscrit pleinement dans cette profession de foi écrite en 1947 par René Moreu, Roger Lévureux, Pierre Olivier et Jean Ollivier, piliers de Vaillant.
Jean Olivier, breton d’origine et impressionné par le travail de Bastard sur Nasdine Hodja, lui propose cette série autour du roi Artus, des chevaliers de la table ronde et de la forêt de Brocéliande, mais Yves le loup, à l’instar d’un Robin des bois, se situe clairement du côté du peuple contre les puissants et cherche à défendre les opprimés ainsi qu’à lutter contre les croyances aberrantes.
Une mise en scène naturaliste et héroïque : l’art narratif de René Bastard dans Yves le Loup
Cette planche, typique du travail de René Bastard illustre parfaitement son style réaliste, narratif et structuré, ainsi que son goût pour les ambiances historiques et les décors naturels étendus.
La planche adopte une structure en bandes horizontales, alternant grandes cases panoramiques et cases verticales plus resserrées. Cette organisation aère la narration, renforce les changements de rythme entre scènes d’action, dialogues et moments contemplatifs et permet d’alterner plans larges et plans rapprochés pour maintenir le dynamisme du récit.
La première case, (magnifique !), installe l’environnement médiéval : un château en ruines parfaitement détaillé. Cette ouverture donne immédiatement le décor et la tonalité. Le traitement du décor est vraiment minutieux et rend compte du relief et de la profondeur. Dans cette planche, la nature est omniprésente. Les arbres sont dessinés avec un soin remarquable : écorce texturée, embranchements tortueux, feuillage dense. Les perspectives sont profondes : les lointains, souvent brumeux ou simplifiés, contrastent avec les détails du premier plan. Le sol est traité par hachures fines et variations de gris, donnant du modelé au terrain. Bastard ne conçoit pas les décors comme des arrière plans passifs : ils participent à l’atmosphère et au rythme du récit. Le grand arbre occupant le centre de la planche agit presque comme un élément scénographique, autour duquel les personnages se déplacent et dialoguent.
Le traitement des personnages : ils sont traités avec des silhouettes claires, élégantes mais réalistes ; portent des vêtements médiévaux simples, sans excès d’ornementation mais suffisamment détaillés pour inscrire le récit dans son époque et sont souvent vus en pied, intégrés aux paysages, ce qui renforce le caractère aventureux de la série. René Bastard privilégie ici les poses narratives : marche, observation, mouvement dans la nature. Les attitudes sont dynamiques mais jamais caricaturales : le réalisme prime.
L’encrage, fin et régulier, repose sur de nombreuses hachures croisées, quelques aplats modérés et des dégradés obtenus uniquement par densification du trait. Ce choix donne une planche lumineuse, avec des noirs limités mais efficaces, et une large gamme de gris. L’ensemble rappelle une approche presque illustrative, proche du dessin des gravures anciennes.
La planche démontre également le savoir faire de Bastard dans la narration graphique. Les cadrages varient : contre plongées depuis les branches, plongées sur des silhouettes dans la plaine, panoramas larges. Chaque case contient un point focal lisible : un geste, un dialogue, une direction du regard. Les transitions entre les cases s’effectuent de manière logique, soutenues par les textes. Même sans lire les phylactères, on comprend la progression de l’intrigue et l’enchaînement des actions.
Un autre élément essentiel pour comprendre l’esthétique de René Bastard dans Yves le Loup est l’influence très nette de Hal Foster et de son Prince Valiant. On retrouve chez Bastard la même ambition graphique : un dessin réaliste, héroïque, solidement documenté, où chaque décor devient un acteur du récit. Comme Foster, Bastard privilégie les grandes compositions panoramiques, les paysages majestueux, les perspectives profondes et une mise en scène qui mêle souffle épique et précision quasi illustrative. La parenté se voit aussi dans le traitement des personnages : silhouettes élégantes, attitudes naturelles, visages expressifs mais jamais caricaturaux, exactement comme dans les planches de Prince Valiant. Enfin, l’usage intensif des hachures fines, des dégradés au trait et d’un encrage lumineux rapproche Bastard de l’esthétique fosterienne, où la lisibilité narrative prime toujours sur l’effet spectaculaire. Cette filiation n’est jamais une imitation servile : Bastard adapte l’héritage de Foster à l’esprit Vaillant, donnant à Yves le Loup une identité visuelle à la fois moderne, européenne et profondément ancrée dans la tradition de la grande bande dessinée d’aventure.
La série Yves le Loup repose précisément sur cette alliance entre aventure humaine et immersion dans une nature omniprésente.
René Bastard (1900 1975) rejoint l’équipe du journal Vaillant en 1946, où il commence par illustrer quelques épisodes de Nasdine Hodja, écrits par Roger Lécureux. Son style réaliste, robuste et appliqué s’adapte parfaitement à la ligne graphique du journal, alors en pleine structuration dans l’immédiat après guerre.
En 1947, Bastard entame ce qui deviendra sa collaboration la plus longue et la plus marquante : la série Yves le Loup , écrite par le scénariste Jean Ollivier. Cette aventure constitue un tournant décisif dans sa carrière, puisqu’il travaillera sur la série durant quatorze ans avant de céder la main à Edurado Coelho en 1960.
« Oui, nous le crions bien fort : nous avons le culte du héros ! (…) Les héros de chez nous ne sont pas des hommes surnaturels. Tout le monde peut être un héros. Celui qui sent battre son cœur lorsqu’il est témoin d’une injustice, celui qui ai ému au spectacle de la misère, celui qui fait de grands efforts à l’école ou à l’atelier pour améliorer son travail, celui qui respecte et vénère ses parents, celui qui pense à faire le bien, toujours, et se refuse à faire le mal, celui-là à les qualités d’un héros…il se conduit en homme ». Yves le Loup s’inscrit pleinement dans cette profession de foi écrite en 1947 par René Moreu, Roger Lévureux, Pierre Olivier et Jean Ollivier, piliers de Vaillant.
Jean Olivier, breton d’origine et impressionné par le travail de Bastard sur Nasdine Hodja, lui propose cette série autour du roi Artus, des chevaliers de la table ronde et de la forêt de Brocéliande, mais Yves le loup, à l’instar d’un Robin des bois, se situe clairement du côté du peuple contre les puissants et cherche à défendre les opprimés ainsi qu’à lutter contre les croyances aberrantes.
Une mise en scène naturaliste et héroïque : l’art narratif de René Bastard dans Yves le Loup
Cette planche, typique du travail de René Bastard illustre parfaitement son style réaliste, narratif et structuré, ainsi que son goût pour les ambiances historiques et les décors naturels étendus.
La planche adopte une structure en bandes horizontales, alternant grandes cases panoramiques et cases verticales plus resserrées. Cette organisation aère la narration, renforce les changements de rythme entre scènes d’action, dialogues et moments contemplatifs et permet d’alterner plans larges et plans rapprochés pour maintenir le dynamisme du récit.
La première case, (magnifique !), installe l’environnement médiéval : un château en ruines parfaitement détaillé. Cette ouverture donne immédiatement le décor et la tonalité. Le traitement du décor est vraiment minutieux et rend compte du relief et de la profondeur. Dans cette planche, la nature est omniprésente. Les arbres sont dessinés avec un soin remarquable : écorce texturée, embranchements tortueux, feuillage dense. Les perspectives sont profondes : les lointains, souvent brumeux ou simplifiés, contrastent avec les détails du premier plan. Le sol est traité par hachures fines et variations de gris, donnant du modelé au terrain. Bastard ne conçoit pas les décors comme des arrière plans passifs : ils participent à l’atmosphère et au rythme du récit. Le grand arbre occupant le centre de la planche agit presque comme un élément scénographique, autour duquel les personnages se déplacent et dialoguent.
Le traitement des personnages : ils sont traités avec des silhouettes claires, élégantes mais réalistes ; portent des vêtements médiévaux simples, sans excès d’ornementation mais suffisamment détaillés pour inscrire le récit dans son époque et sont souvent vus en pied, intégrés aux paysages, ce qui renforce le caractère aventureux de la série. René Bastard privilégie ici les poses narratives : marche, observation, mouvement dans la nature. Les attitudes sont dynamiques mais jamais caricaturales : le réalisme prime.
L’encrage, fin et régulier, repose sur de nombreuses hachures croisées, quelques aplats modérés et des dégradés obtenus uniquement par densification du trait. Ce choix donne une planche lumineuse, avec des noirs limités mais efficaces, et une large gamme de gris. L’ensemble rappelle une approche presque illustrative, proche du dessin des gravures anciennes.
La planche démontre également le savoir faire de Bastard dans la narration graphique. Les cadrages varient : contre plongées depuis les branches, plongées sur des silhouettes dans la plaine, panoramas larges. Chaque case contient un point focal lisible : un geste, un dialogue, une direction du regard. Les transitions entre les cases s’effectuent de manière logique, soutenues par les textes. Même sans lire les phylactères, on comprend la progression de l’intrigue et l’enchaînement des actions.
Un autre élément essentiel pour comprendre l’esthétique de René Bastard dans Yves le Loup est l’influence très nette de Hal Foster et de son Prince Valiant. On retrouve chez Bastard la même ambition graphique : un dessin réaliste, héroïque, solidement documenté, où chaque décor devient un acteur du récit. Comme Foster, Bastard privilégie les grandes compositions panoramiques, les paysages majestueux, les perspectives profondes et une mise en scène qui mêle souffle épique et précision quasi illustrative. La parenté se voit aussi dans le traitement des personnages : silhouettes élégantes, attitudes naturelles, visages expressifs mais jamais caricaturaux, exactement comme dans les planches de Prince Valiant. Enfin, l’usage intensif des hachures fines, des dégradés au trait et d’un encrage lumineux rapproche Bastard de l’esthétique fosterienne, où la lisibilité narrative prime toujours sur l’effet spectaculaire. Cette filiation n’est jamais une imitation servile : Bastard adapte l’héritage de Foster à l’esprit Vaillant, donnant à Yves le Loup une identité visuelle à la fois moderne, européenne et profondément ancrée dans la tradition de la grande bande dessinée d’aventure.
La série Yves le Loup repose précisément sur cette alliance entre aventure humaine et immersion dans une nature omniprésente.
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A propos de René Bastard
Il entre à Vaillant en 1946. Il dessine d'abord quelques épisode de Nasdine Hodja, scénarisé par Roger Lécureux. C'est en 1947 qu'il entame une collaboration de quatorze ans avec Jean Ollivier sur la série Yves le Loup. A Vaillante il dessine Arkya la fille des dunes, sur des textes d'Henri Bourdens. En 1960 il interrompt la série, qui est reprise par E.T. Coelho. Il reprendra en 1964 pour arrêter deux ans plus tard.